NOUVELLES
07/02/2012 17:02 EST | Actualisé 08/04/2012 01:12 EDT

Équateur: des journalistes condamnés à 1 M$ chacun pour diffamation

QUITO, Équateur - Une juge de l'Équateur a condamné deux journalistes à verser 1 million $ chacun au président Rafael Correa, les déclarant coupables de diffamation pour avoir rapporté que le président était au courant des contrats qu'avait signés son frère aîné avec l'État.

La juge de Quito Mercedes Portilla a imposé les amendes contre Juan Carlos Calderon et Cristian Zurita lundi dans un procès intenté par le président Correa contre leur livre publié en 2010, «The Big Brother».

Les deux journalistes ont déclaré qu'ils interjetteront appel de la décision de la juge Portilla. M. Calderon a affirmé que le jugement était une «façon de punir le métier de journaliste».

Les défenseurs de la liberté de presse ont accusé le président Correa d'avoir eu recours à une cour lui étant favorable dans une tentative de faire taire les critiques dans les médias.

Dans une affaire semblable largement médiatisée, le président avait remporté, en juillet dernier, son procès pour diffamation criminelle contre trois directeurs et un chroniqueur du journal El Universo. Les quatre accusés ont écopé une peine de trois ans de prison, en plus d'amendes totalisant 42 millions $. Le jugement a été porté en appel devant le plus haut tribunal de l'Équateur.

La juge Portilla a indiqué dans son arrêt, dont l'Associated Press a obtenu copie mardi, que les journalistes Calderon et Zurita avaient porté «atteinte à l'honneur, la dignité, la réputation personnelle et au prestige professionnel du président à l'intérieur du pays et à l'étranger». Les journalistes ont rapporté que M. Correa était au courant des contrats de 600 millions $ conclus entre l'État et des compagnies liées à son frère aîné, Fabricio.

M. Correa a nié avoir eu connaissance de ces ententes avant que les journalistes n'en fassent mention pour une première fois dans le journal El Expreso, en 2009.

Il avait par la suite fait annuler tous les contrats, qui concernaient principalement le secteur de la construction routière. Les lois équatoriennes interdisent à un proche du président d'avoir de tels intérêts commerciaux.

M. Calderon a qualifié les amendes ordonnées par la juge Portilla «d'absurdes et d'irrationnelles», compte tenu du fait que le président Correa «n'a pas soumis une seule preuve».

M. Zurita a de son côté souligné en conférence de presse que le président devrait comprendre que s'il croyait avoir gagné, il se trompait.

L'avocat du président Correa, Me Alembert Vera, a été cité par l'agence de presse officielle Andes en qualifiant le jugement de «triomphe de la démocratie, du respect de la dignité et de l'honneur».

Il a ajouté que cela démontrait que les reporters «mentaient et propageaient des faussetés par appât du gain».