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07/02/2012 04:49 EST | Actualisé 08/04/2012 01:12 EDT

Le "défi sécuritaire" au menu d'un périple maghrébin du président tunisien

TUNISIA, Tunisia - Les problèmes sécuritaires au Maghreb, accentués par la prolifération des armes issue de la guerre civile en Libye, seront au centre d'un périple qu'entame mercredi le président tunisien Moncef Marzouki dans trois pays de la région.

Au cours de ce voyage, la Tunisie proposera d'accueillir au printemps prochain un sommet pour relancer l'Union du Maghreb arabe (UMA) en panne notamment depuis les attentats de Marrakech en 1994.

M. Marzouki se rendra d'abord au Maroc, avant de s'envoler deux jours après pour la Mauritanie et clore sa tournée par une importante étape algérienne. "Les discussions seront axées sur la situation au Maghreb et surtout les défis sécuritaires et économiques auxquels est confrontée la région", a confié à l'Associated Press le porte-parole de la présidence tunisienne, Adnène Mancer.

Selon lui, "les dirigeants maghrébins sont convaincus qu'aucun pays n'est en mesure à lui seul de faire face à ces défis qui nécessitent impérativement une action commune pour y parer". "Le défi sécuritaire exige des pays de la région d'agir de concert pour enrayer le trafic d'armes et la menace terroriste", a martelé M. Mancer.

Pour lui, le problème dépasse le cadre maghrébin et constitue un sujet de préoccupation à l'échelle continentale. Aussi, a-t-il été l'un des principaux sujets débattus lors du sommet de l'Union africaine tenu fin janvier dernier à Addis Abeba en présence du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

Aux yeux de Tunis, le danger ne se limite pas au réseau d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), mais englobe également le trafic d'armes et de stupéfiants et les opérations d'enlèvements. M. Mancer a avancé un "besoin pressant d'instaurer une coopération sécuritaire entre les pays du sud et ceux du nord du Sahara qui sont confrontés aux mêmes menaces".

"Nous préférons que les pays concernés assument eux-mêmes ce rôle pour ne pas donner lieu à des interventions étrangères sous prétexte de lutte contre le terrorisme", a-t-il fait valoir.

Au niveau maghrébin, le porte-parole a estimé que "les menaces sécuritaires ont pris plus d'ampleur encore après le violent conflit en Libye", faisant état de "craintes de voir une partie de l'armement qui circule dans ce pays infiltrée dans les pays voisins (dont la Tunisie, l'Algérie et le Mali) et utilisée par des bandes de trafiquants professionnels et dans des actes terroristes".

Ces derniers mois, les incidents provoqués par des Libyens armés se sont multipliés la frontière tuniso-libyenne. Le dernier en date a opposé la semaine dernière les forces tunisiennes à un groupe non identifié composé de trois individus munis de fusils Kalachnikov, faisant deux tués parmi les membres du groupe et quatre blessés, dont trois militaires et un agent de la Garde nationale, côté tunisien.

"Le danger terroriste est bien réel et il persistera encore plus avec l'instabilité qui prévaut chez le voisin libyen", a mis en garde Adnène Mancer.

Il a estimé néanmoins qu'il n'y avait "pas lieu de verser dans l'alarmisme et la paranoïa", en évoquant des mesures prises pour renforcer le système sécuritaire au niveau des frontières tunisiennes et doter l'armée et les forces de sécurité des moyens nécessaires.

Au-delà de l'aspect sécuritaire, M. Mancer juge impératif de s'attaquer aux "causes objectives" qui favorisent la propagation des réseaux de trafiquants et de terroristes, en l'occurrence "la fragilité socio-économique" des zones frontalières.

"D'où la nécessité pour les pays de la région de lancer des projets de développement durable dans ces zones", suggère-t-il.

La relance de l'UMA sera un "axe majeur" au programme du voyage du président tunisien. Entravée déjà par le problème du Sahara-Occidental, cet ensemble maghrébin créé en 1985 regroupe la Tunisie, l'Algérie, le Maroc, la Libye et la Mauritanie. Il n'a pas tenu de sommet depuis près de vingt ans.

"Aujourd'hui, le contexte est favorable pour un nouveau départ de l'UMA après l'amélioration des relations entre le Maroc et l'Algérie et que le nuage qui a assombri les rapports entre la Libye et l'Algérie commence à se dissiper", a relevé M. Mancer en mettant l'accent sur "l'aspiration de la Tunisie de jouer un rôle actif" pour aplanir les différends inter-maghrébins.

"Quels que soient les différends, ils ne doivent pas nous détourner de l'essentiel, à savoir que nos intérêts et notre destin sont communs", a insisté le responsable tunisien. AP

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