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03/02/2012 01:57 EST | Actualisé 04/04/2012 05:12 EDT

Des procédures seront intentées contre le consortium CIMA-Dessau-SNC Lavalin

Mario Beauregard, PC
MONTRÉAL - Le ministère québécois des Transports demande au Procureur général d'intenter des poursuites contre le consortium de génie Cima+/Dessau/SNC-Lavalin qui a conçu les travaux de réfection du tunnel Viger, où une poutre s'est effondrée, le 31 juillet dernier.

La réclamation a été estimée à «plusieurs millions de dollars», vendredi, par le ministre des Transports, Pierre Moreau.

Il ne s'agit pas de poursuites criminelles, mais bien de réclamations au civil. Le ministère veut ainsi récupérer les dépenses directes qui ont été encourues, comme le nettoyage des lieux, les réparations d'urgence, les salaires des ouvriers et autres.

«Il nous apparaît très clair qu'une faute a été commise lors de la conception des travaux et qu'elle est à la base même de l'accident survenu le 31 juillet dernier, a affirmé le ministre Moreau. Les responsables devront en supporter les conséquences. En tant que donneur d'ouvrage, le ministère des Transports et, par le fait même, l'ensemble des contribuables, ont subi des dommages très importants, qui restent par ailleurs à être déterminés avec plus de précision.»

Le ministre a rencontré la presse pour présenter le rapport d'experts commandé à la suite de l'effondrement d'une poutre à l'entrée du tunnel Viger sur l'autoroute 720 est, au centre-ville de Montréal. Des travaux d'hydro-démolition du béton étaient réalisés par une entreprise privée au moment de l'effondrement de la poutre P2.

Dans sa chute, la poutre a entraîné les paralumes, d'énormes pièces de béton ajourées, qui facilitent la transition entre une zone sombre et une zone éclairée, évitant d'éblouir les conducteurs. Personne n'avait été blessé; les automobilistes qui circulaient à proximité avaient pu freiner à temps.

Les deux experts de l'École polytechnique et de l'École de technologie supérieure retiennent deux des quatre hypothèses qu'ils ont étudiées.

D'abord, les spécifications des plans et devis de 2011 pour les travaux à faire ne respectent pas le Code canadien sur le calcul des ponts routiers pour ce qui est des dimensions de la zone à ne pas démolir sous les poutres. «Cette situation a contribué à obtenir une console de capacité structurale insuffisante», concluent les experts Marie-José Nollet et Jean-Philippe Charron.

Ensuite, les conditions réelles de la console de béton formée par la démolition partielle du mur auraient contribué à l'effondrement. «La capacité structurale de la console sous la poutre P2 repose uniquement sur la contribution du béton (armatures supérieures à l'extérieur de la console) et est inférieure à l'effet des charges appliquées sur la poutre P2», ajoutent les experts.

Dans les jours qui ont suivi l'effondrement, certains avaient été prompts à blâmer l'entreprise privée de construction qui effectuait les travaux de démolition. Celle-ci n'est toutefois pas blâmée, a admis le ministre Moreau.

Les experts concluent que «les travaux d'hydro-démolition ont conduit à des épaisseurs de console moyenne en surface et en profondeur conformes aux plans et devis». Ils ajoutent toutefois que la technique d'hydro-démolition utilisée est imprécise et «peut conduire à des non-conformités localisées», d'où l'importance «de bien délimiter la zone à ne pas démolir sous les poutres en considérant l'effet de sur-démolition dû à l'angle du jet d'eau».

En plus d'avoir demandé au Procureur général d'intenter des poursuites, le ministère des Transports a demandé au syndic de l'Ordre des ingénieurs du Québec de faire enquête sur le ou les ingénieurs concernés, a fait savoir le ministre Moreau.

Bien que le rapport critique les travaux de conception réalisés par le consortium de génie, le ministère des Transports continuera de faire affaires avec ces firmes pour d'autres chantiers. «S'il y a une erreur médicale qui est commise dans un centre hospitalier, on ne ferme pas l'hôpital pour autant. Les responsabilités sont déterminées sur la base de ceux qui sont intervenus et qui ont eu un rôle à jouer dans le cas de ces dossiers-là», a justifié le ministre Moreau.

Il a également estimé que le ministère n'a rien à se reprocher dans ce grave incident. «La faute première appartient à celui qui obtient un mandat. Si vous demandez à un ingénieur ou à un architecte de construire votre maison, vous n'avez pas, vous comme propriétaire, la responsabilité de refaire le travail de l'architecte que vous avez mandaté pour construire votre maison. Il y a une responsabilité inhérente à celui qui reçoit un mandat», a-t-il soutenu.

De son côté, l'une des firmes de génie visées, CIMA+, s'est faite avare de commentaires. Le vice-président du groupe transport, François Plourde, a dit préférer ne pas commenter «pour l'instant». «On a pleinement collaboré avec le ministère. On prend connaissance en même temps que vous du rapport. On va l'éplucher et on pourra voir par la suite», a-t-il affirmé.