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01/02/2012 10:39 EST | Actualisé 02/04/2012 05:12 EDT

La peine de mort, une idée à reconsidérer pour Boisvenu

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OTTAWA - Le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu a créé une commotion à Ottawa en suggérant que les meurtriers qui peuplent les prisons devraient avoir les moyens de mettre fin à leurs jours.

«Moi, je dis toujours, dans le fond, il faudrait que chaque assassin (ait) le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie», a-t-il lancé lors d'un point de presse impromptu, mercredi matin, à l'entrée de la réunion de son caucus.

Ses propos ont suscité un tel déferlement de critiques que le sénateur a dû publier un communiqué afin de «retirer publiquement» ses paroles.

Les commentaires controversés de M. Boisvenu s'étaient également étendus à la pertinence de rouvrir le débat sur la peine de mort, abolie officiellement au Canada depuis 1976.

Tout en se disant contre la peine de mort, le sénateur Boisvenu avait avancé que la chose devrait être reconsidérée pour certains cas, quand il n'y a aucune possibilité de réhabilitation.

«Dans des cas aussi horribles que (le tueur en série Clifford) Olson, est-ce qu'on peut avoir une réflexion à ce niveau-là? Des gens sur lesquels il n'y a aucune possibilité de réhabilitation, des gens qui ont assassiné des dizaines de femmes? Je n'ai pas beaucoup de pitié pour ça», a tranché le sénateur.

M. Boisvenu a avancé que la peine de mort dans ces cas-là serait alors désirable pour des raisons économiques. Il a souligné, par exemple, que les trois membres de la famille Shafia, reconnus coupables de meurtre cette semaine, coûteront 10 millions $ à l'État canadien.

«Dans certaines circonstances, je pense qu'on pourrait rouvrir le débat», a-t-il résumé, bien qu'il soit le premier à admettre que le premier ministre Stephen Harper a promis que ce débat ne serait pas rouvert, pas plus que celui sur l'avortement.

Quant aux Shafia, il ne croit pas que la peine de mort devrait s'appliquer à eux, mais que d'autres options devraient être envisagées. «Je pense que les retourner dans leur pays, ce serait peut-être une sentence plus grave que les tenir dans une prison ici où le confort est pas mal mieux que dans leur pays», a-t-il suggéré.

«Je suis très loin de dire qu'on ouvre le débat sur la peine de mort. (...) J'ai des interrogations là-dessus comme la majorité des gens en ont», a fait valoir plus tard M. Boisvenu aux journalistes.

«Si j'ai pu blesser quelqu'un dont un proche s'est suicidé, je m'en excuse énormément», a-t-il affirmé, rappelant le drame du meurtre de sa fille et disant avoir lui-même dû affronter le suicide d'un membre de sa famille.

«J'ai tenu ces propos sur le coup de l'émotion. (...) C'est une phrase malheureuse.»

Incitation au suicide

Les partis d'opposition et certains groupes de pression ont rapidement condamné de façon unanime les commentaires du sénateur, particulièrement ceux touchant le suicide. L'Association québécoise de prévention du suicide a notamment publié un communiqué faisant valoir que ces propos étaient «inacceptables de la bouche d'un représentant du peuple», ajoutant y voir un «risque de dérive dangereuse».

Deux suicides fort médiatisés ont eu lieu dans les prisons au cours des dernières semaines au Québec. Paul Laplante, accusé du meurtre de sa femme Diane Grégoire disparue en 2008, a mis fin à ses jours dans sa cellule. Kathrine Dufresne, accusée d'avoir tué sa fille adoptive de 7 ans, s'est également pendue au centre de détention de Hull au début du mois de janvier.

À la période de questions à la Chambre des communes, la chef intérimaire néo-démocrate Nycole Turmel a d'entrée de jeu rappelé au premier ministre que l'incitation au suicide était criminelle en vertu de la loi canadienne. «C'est exactement ce que le sénateur conservateur Boisvenu vient de faire en disant qu'une corde devrait être disponible dans chaque cellule», a-t-elle affirmé.

Le premier ministre a contre-attaqué en évoquant le passé tragique de la famille de M. Boisvenu, dont la fille Julie a été assassinée en 2002.

«Je pense que nous comprenons tous que le sénateur Boisvenu et sa famille ont horriblement souffert par la passé et évidemment nous pouvons comprendre ses émotions à cet égard», a répliqué Stephen Harper, ajoutant que le sénateur s'était de toute façon rétracté.

Mais cet argument n'a pas convaincu le chef libéral intérimaire Bob Rae, qui croit que Stephen Harper devrait retirer à M. Boisvenu le droit de siéger sur le comité sénatorial qui se penche sur le projet de loi C-10 durcissant la justice criminelle.

«C'est difficile pour moi de voir comment quelqu'un peut rester dans sa place, ayant fait un tel commentaire sur le système de justice. Ça montre un manque de compréhension de notre système», a-t-il souligné.

Même s'il n'a pas été élu, M. Boisvenu fait régulièrement office de porte-parole du gouvernement Harper en matière de justice, un rôle qui devrait également lui être retiré, selon M. Rae.

À Québec, l'opposition péquiste est également de cet avis. Quant au ministre québécois de la Justice, Jean-Marc Fournier, il a évité de se prononcer en répétant que seul son homologue fédéral était à son avis porte-parole du gouvernement en la matière.

M. Boisvenu, qui a fondé l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues dans la foulée du meurtre de sa fille, a été nommé sénateur en 2010. Il n'en est pas à sa première controverse. Il a récemment beaucoup fait jaser en soutenant que le Québec était «soft on crime».