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31/01/2012 12:32 EST | Actualisé 01/04/2012 01:12 EDT

Le succès fulgurant de «Chroniques de Jérusalem» ne se dément pas

MONTRÉAL - Le plus récent carnet de voyage signé par le bédéiste d'origine québécoise Guy Delisle, «Chroniques de Jérusalem», a poursuivi son parcours exceptionnel en remportant dimanche dernier le Fauve d'or du meilleur album au 39e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, en France.

À l'autre bout du fil, depuis Montpellier, Guy Delisle souligne à quel point il a été flatté de recevoir ce prix des mains d'une figure phare de la BD, Art Spiegelman. Ce dernier demeure, à ce jour, le seul bédéiste à avoir remporté le prestigieux prix Pulitzer grâce à son ouvrage «Maus», en 1992.

«J'ai vécu une émotion assez vive, se souvient-il. C'était un grand honneur, surtout que ça m'était donné par Art Spiegelman, pour lequel j'ai une énorme admiration.

«C'est quelqu'un qui a été important pour moi, poursuit Guy Delisle. Quand 'Maus' m'est tombé dans les mains, j'ai compris que la bande dessinée, ça pouvait être beaucoup plus que ce qu'on avait déjà, qu'on pouvait aller beaucoup plus loin.»

Paru en novembre dernier, «Chroniques de Jérusalem» s'est déjà écoulé à plus de 65 000 exemplaires, dont 4000 au Québec, et selon les projections de la maison d'édition Delcourt, il devrait atteindre sans problème les 100 000 copies vendues d'ici la fin 2012.

Jusqu'à présent, les droits de l'ouvrage ont été vendus dans 12 pays, un nombre qui pourrait aisément passer à 20 au final, a précisé le directeur du marketing et de la communication de l'éditeur parisien, François Capuron.

Ce succès fulgurant, l'auteur l'explique notamment par la complicité qui s'est installée entre ses lecteurs et lui au fil des aventures chinoises, birmanes et nord-coréennes qu'il a couchées sur papier.

«Le lecteur me connaît maintenant assez bien, et du coup, il me retrouve dans un autre pays comme il m'avait accompagné dans d'autres pays avant, et il aime bien se balader avec moi. Il vient dans ma voiture ou on se balade dans la vieille ville, je lui raconte des situations un peu cocasses. Il y a ce côté retrouvailles avec un vieux copain», suggère le Français d'adoption.

Guy Delisle a passé un an dans la Ville-Sainte avec sa conjointe Nadège, en mission pour Médecins sans frontières, et ses deux enfants maintenant âgés de cinq et huit ans.

«Le climat était tendu, mais pas comme à l'époque de l'Intifada. C'était beaucoup plus calme, mais c'est quand même une pression de voir des soldats dans la rue avec des fusils d'assaut... C'est pas très rassurant, et au bout d'une année, plus ça va, plus on ressent cette tension.»

Après avoir pondu les «Shenzhen» (2000), «Pyongyang» (2003) et «Chroniques birmanes» (2007), Guy Delisle dit n'avoir plus l'intention de plancher sur des ouvrages d'une telle ampleur.

«Je vais peut-être faire d'autres voyages après que j'aurai envie de mettre en bande dessinée, mais de partir un an, comme ça, en famille, on ne le fera plus. Il n'y aura donc pas d'albums qui vont ressembler à 'Chroniques birmanes' ou à 'Chroniques de Jérusalem'. C'est trop. C'est trop gros à attaquer.»

Reste que pour Guy Delisle, comme pour l'industrie de la BD, le meilleur est à venir. Car jamais ce type de littérature n'a bénéficié d'une telle visibilité et d'une aussi grande crédibilité, estime l'auteur, qui parle même d'un «âge d'or» pour le neuvième art.

«C'est une progression qui se fait depuis une quinzaine d'années. Je crois que la bande dessinée est prise plus au sérieux qu'avant par les médias», croit-il.

Et les prochaines années s'annoncent sans contredit très prometteuses pour les bédéistes qui veulent percer dans le métier, fait valoir M. Delisle.

«À mon époque, il y avait seulement quatre ou cinq grands éditeurs et on devait forcément passer par ces gens-là, alors que maintenant, il y a une multitude de petits éditeurs qui font du noir et blanc et du roman graphique. Et ça, c'est intéressant, car quelqu'un qui débute peut arriver à se faire éditer beaucoup plus facilement.»