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31/01/2012 05:23 EST | Actualisé 01/04/2012 01:12 EDT

Le quartier londonien East End bénéficie de l'effet des Jeux olympiques

LONDRES - L'East End de Londres était autrefois considéré comme une zone de non-droit, quartier défavorisé de l'ère victorienne où sévissait Jack l'Éventreur et où serpente toujours l'une des rivières les plus polluées du pays, entre chantiers navals depuis longtemps désaffectés et entrepôts. Mais si l'endroit a longtemps été négligé par les touristes, l'organisation des Jeux olympiques en août prochain va changer la donne.

Les visiteurs lui ont ainsi longtemps préféré le West End, avec ses théâtres, ses palais royaux, sa boutique Harrods et sa rue Oxford. Mais avec la tenue des JO d'été dans la capitale britannique, l'East End fait l'objet d'investissements massifs et d'importants travaux de développement qui ont déjà commencé à transformer sa physionomie.

À Stratford, ancien marécage mais surtout l'une des zones les plus pauvres de la ville, un stade olympique immaculé, un gigantesque centre commercial et des lignes de train modernisées sont en place. Dans moins de six mois, il y aura aussi des pistes cyclables, des espaces verts et les rives auront été nettoyées.

Ces changements vont susciter un nouvel intérêt pour une zone de Londres longtemps négligée. Alors, pour ceux qui n'ont jamais dépassé Brick Lane, il est temps d'aller plus à l'Est. Le mieux est de se diriger vers le nord-est jusqu'aux secteurs de Shoreditch et Dalston pour leurs marchés de fin de semaine, leur vie nocturne trépidante, leur cuisine ethnique variée et leurs magasins vintage à la mode.

Les loyers relativement faibles de l'East End attirent depuis longtemps les jeunes artistes et les musiciens, bien qu'un certain embourgeoisement ait fait monter les prix ces dernières années, attirant vedettes et gens branchés. Un phénomène qui a repoussé les artistes encore plus loin vers l'est. L'ambiance reste cependant très bohème: contrairement au West End, le développement des quartiers à l'est de Londres s'est fait de façon inégale et spontanée. Ainsi, des espaces d'art contemporain côtoient les fast-food et autres snacks.

Il ne fait aucun doute que les JO vont amener de nouveaux venus dans le quartier, même si cette idée fait grincer certains des dents. «Je me fiche des Jeux», affirme Speedie Gazelle, propriétaire d'un petit magasin vendant ce qu'il appelle du «kitsch rétro». Il souhaite que son quartier reste «à la mode, mais pas touristique», comme l'était le Lower East Side new-yorkais au milieu des années 1990.

Autrefois, l'absence de toute liaison rapide depuis le centre de Londres constituait l'un des principaux freins à une incursion vers l'est. Ce n'est plus un problème: en plus des rénovations apportées aux stations de métro décrépies, les autorités ont inauguré des trains flambant neufs et confortables qui relient désormais le centre avec les localités de l'East End, avec neuf lignes desservant Stratford, le coeur des Jeux olympiques. Un train à grande vitesse, baptisé le Javelin Shuttle, reliera Stratford à la gare de St. Pancras, le terminal de l'Eurostar.

Les canaux d'East London, longtemps réputés pour leurs eaux peu profondes et boueuses, seront également nettoyés. Colonne vertébrale de l'activité commerciale de la capitale avant l'arrivée du rail, ces canaux négligés étaient un aimant à saletés et criminels. Mais avec les JO, ils seront comme la rivière Lea, près du stade, en pleine lumière. Les organisateurs souhaitent que les spectateurs puissent marcher ou pédaler jusqu'aux sites olympiques. Et les chemins de halage, qui vont de l'ouest à l'est le long de Victoria Park, sont parfaits.

Une vaste campagne de volontariat est en cours pour encourager les Londoniens à nettoyer le réseau d'ici juillet. Une organisation caritative, Thames21, essaie de recruter 4000 bénévoles, dont de nombreux écoliers, pour ramasser les détritus, retirer les mauvaises herbes et planter des fleurs près des canaux.

Les travaux sont encore en cours, tout comme ceux du futur parc olympique, qui ressemble davantage pour l'instant à une flaque géante entourée d'immeubles neufs et vides. Mais d'ici quelques mois, cette friche industrielle deviendra le plus grand parc urbain construit en Europe en 150 ans. Pour les habitants, ce n'est que le début d'un plan ambitieux de restauration et de nombreuses années de perturbations. Selon les promoteurs, le projet olympique devrait en effet avoir des conséquences durant les 25 prochaines années, avec la création de milliers de nouveaux logements et emplois.

Reste à savoir quel impact aura l'«héritage olympique» sur le quartier de Stratford. Certains craignent en effet qu'il ne devienne un nouveau Canary Wharf, un immense complexe de gratte-ciel également situé dans l'East End et parfois critiqué pour son indifférence à l'égard de la pauvreté des communautés environnantes.

En attendant, un projet se fait déjà remarquer: le centre commercial Westfield Stratford City, qui se vante d'être le plus grand d'Europe avec ses 300 magasins, son casino et ses fausses rues. Ce complexe incongru au milieu de rues ternes fait le plein de visiteurs depuis son ouverture en octobre. Pour certains, c'est une monstruosité de mauvais goût. Mais pour les nombreux jeunes qui lorgnent avec envie du côté du West End, c'est une bénédiction.

«Pour être honnête, le West End reste une attraction, mais c'est un bon début», souligne Cicero Fernando, interne en médecine âgé de 29 ans. «On progresse.»