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27/01/2012 04:09 EST | Actualisé 28/03/2012 05:12 EDT

Retraite: les Canadiens prêts à quitter le marché du travail seront épargnés

OTTAWA - Le cabinet du premier ministre Stephen Harper tente d'éviter les contrecoups politiques de l'annonce de compressions dans les pensions fédérales, en plaidant un délai dans la mise en application de cette mesure.

Une note émise par le cabinet du premier ministre indique que les coupes suggérées dans certains programmes, comme celui de la Sécurité de la vieillesse, ne s'appliqueront pas aux prestataires actuels du programme, pas plus qu'aux Canadiens qui s'apprêtent à prendre leur retraite.

La note a été acheminée aux députés conservateurs pour qu'ils s'en servent dans leur défense de la déclaration faite jeudi à Davos par le premier ministre. M. Harper avait alors indiqué qu'il a l'intention de «limiter» la croissance des prestations de la caisse de retraite financée par Ottawa.

Le premier ministre n'a pas précisé davantage ses propos, mais la note envoyée aux députés indique clairement que le programme en question est celui de la Sécurité de la vieillesse, auquel ont droit tous les Canadiens de 65 ans et plus.

Selon les rumeurs circulant sur la colline parlementaire, Ottawa souhaiterait augmenter l'âge du départ à la retraite à 67 ans, au minimum. Le gouvernement conservateur tenterait ainsi d'encourager les aînés à demeurer plus longtemps sur le marché du travail pour réduire les coûts du programme.

La note du cabinet du premier ministre indique aux députés qu'ils peuvent contrer les critiques en plaidant un préavis considérable et une période d'ajustement, de sorte que les prestations des travailleurs qui s'apprêtent à prendre leur retraite ne seront pas touchées par les compressions.

Le document souligne par ailleurs que les autres Canadiens plus jeunes auront le temps de prendre les dispositions nécessaires pour s'ajuster à la situation.

La note d'information précise toutefois que le gouvernement envisage des réformes et le programme de Sécurité de la vieillesse, auxquels ont droit tous les Canadiens âgés de plus de 65 ans, est la cible que le premier ministre Harper a en tête.

«Si nous n'agissons pas, [ce programme] deviendra éventuellement trop dispendieux et impossible à maintenir», est-il précisé à l'intention des députés conservateurs fédéraux.

S'intéresser aux pensions de vieillesse est sans doute la meilleure méthode de s'approcher de la troisième roue du carrosse en politique, ainsi que l'on découvert les prédécesseurs de M. Harper, du conservateur Brian Mulroney au ministre libéral des Finances Paul Martin. Les deux ont dû faire marche arrière sous l'effet d'une féroce opposition de la part d'un nombre toujours plus important d'électeurs.

«Nous avons fait circuler un sondage auprès de nos membres lorsque cette idée a commencé à faire surface en décembre et leur réponse a été "Non" et "Jamais de la vie"», a déclaré Susan Eng, la vice-présidente de l'Association canadienne des personnes retraitées.

«Rappelez-vous que la pension de vieillesse et le Supplément minimum de revenu garanti ne sont versés qu'à des gens qui en ont besoin. Il y a encore un quart de millions de personnes âgées qui vivent aujourd'hui dans la pauvreté.»

Les partis d'opposition se préparent à discuter de la question lundi à la Chambre des communes, lorsque les députés rentreront de la pause du temps des fêtes.

Le Nouveau Parti démocratique et les libéraux ont fustigé M. Harper pour ne pas avoir informé les Canadiens de ce changement de politique lors de la campagne électorale au printemps dernier.

«Il s'agit d'un véritable camouflet infligé aux personnes âgées», a déclaré le porte-parole néodémocrate en matière de finances Peter Julian, dont le parti réclame une augmentation de 700 millions $ pour la Sécurité de la vieillesse.

Des experts ont remis en question l'affirmation conservatrice voulant que le coût des pensions publiques atteigne un niveau ingérable, alors que le gros des baby boomers passe du statut de contribuable à celui de bénéficiaire des fonds de soutien du gouvernement.

Ottawa estime que les coûts des pensions de vieillesse passeront de 36 milliards $ en 2010 à 108 milliards $ en 2030, alors que le nombre de contribuables pour chaque personne âgée diminuera de quatre pour une à deux pour une.

En tant que portion du PIB, toutefois, ce programme demeure relativement peu important. Sa taille passerait simplement de 1,8 à 2,5 pour cent du PIB sur 20 ans. Même en y ajoutant le Supplément minimum de revenu garanti, les deux programmes ne représenteront que 3,2 pour cent du PIB en 2030.