NOUVELLES
27/01/2012 07:54 EST | Actualisé 28/03/2012 05:12 EDT

L'ex-premier ministre tunisien Caïd Essebsi appelle à s'unir contre l'extrémisme

TUNISIA, Tunisie - L'ancien premier ministre tunisien Béji Caïd Essebsi, qui a cédé le pouvoir il y a deux mois après avoir organisé les premières élections post-Ben Ali, a appelé vendredi acteurs politiques et intellectuels à s'unir pour lutter contre l'extrémisme notamment religieux et la violence.

M. Caïd Essebsi explique dans une déclaration transmise à l'Associated Press qu'il souhaite la création d'«une alternative capable de renforcer l'équilibre politique et d'activer les mécanismes d'une alternance pacifique, sans laquelle la démocratie ne peut s'accomplir».

Un an après la fin de 23 ans de régime autoritaire du président Zine el Abidine ben Ali, parti en exil en Arabie saoudite le 14 janvier 2011, la situation en Tunisie est «marquée par l'émergence de manifestations d'éléments extrémistes violents qui menacent les fondements des libertés publiques et individuelles», estime l'ex-chef de gouvernement.

Il fait allusion à la multiplication des agressions commises par des «groupes salafistes» — des islamistes radicaux — contre des journalistes, des avocats et des défenseurs des droits de l'Homme et des libertés.

Lundi dernier, M. Caïd Essebsi, âgé de 85 ans, avait revêtu sa robe d'avocat pour «apporter un soutien moral à la liberté d'expression» à l'occasion du procès de la chaîne privée Nessma TV, poursuivie pour avoir diffusé le film franco-iranien «Persepolis» jugé «blasphématoire» en raison d'une scène représentant Dieu.

À leur sortie du palais de justice, un journaliste, Zied Krichène, un universitaire, Hamadi Redissi, et plusieurs avocats avaient été violemment pris à parti par des islamistes radicaux.

Pour l'ex-premier ministre, il existe actuellement en Tunisie une «crise de confiance politique» qui risque d'aggraver les menaces qui pèsent sur la sécurité, l'économie et le climat social. Il en attribue la cause «au flou et à la confusion des tâches» qui ont imprégné l'action de l'Assemblée nationale constituante (ANC) élue en octobre 2011, à «la perte de temps» enregistrée dans l'examen de textes qui lui étaient soumis et au «partage des postes entre les partenaires au pouvoir».

L'ANC issue des premières élections libres et démocratiques de l'histoire de la Tunisie est dominée par le mouvement islamiste Ennahdha, grand vainqueur du scrutin, et deux formations de centre-gauche alliées: le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol, ou Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL).

M. Caïd Essebsi presse l'ANC d'adopter «une feuille de route claire» en fixant la durée de son mandat et celui du gouvernement à une année conformément aux engagements pris avant les élections. Il suggère aussi la réactivation «immédiate» de l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) et la promulgation d'une nouvelle loi électorale pour organiser des élections générales «dans un délai ne devant pas excéder le 23 octobre 2012».