NOUVELLES
25/01/2012 04:26 EST | Actualisé 25/03/2012 05:12 EDT

Premières Nations: Paul Martin critique la stratégie de Stephen Harper

OTTAWA - L'ancien premier ministre libéral Paul Martin reproche au gouvernement conservateur d'avoir laissé se détériorer la relation du gouvernement avec les Premières Nations, et d'avoir gaspillé six années.

Il déplore que son successeur, Stephen Harper, ait renvoyé les Autochtones chez eux les mains vides, mardi, au terme de leur rencontre à Ottawa.

«C'est tellement décevant qu'il (le gouvernement fédéral) ait raté l'occasion de se rapprocher avec les Autochtones», a déploré M. Martin en entrevue mercredi, ajoutant que la rencontre avait seulement donné lieu à «de belles paroles».

En 2005, M. Martin avait été l'architecte de l'«Accord de Kelowna», pourvu d'une enveloppe de 5 milliards $. Des chefs autochtones ont prétendu que cet accord a grandement contribué à élaborer des solutions concrètes aux nombreux problèmes socio-politiques de leurs communautés. Toutefois, M. Harper ne l'a jamais endossé.

Selon l'ancien premier ministre, d'autres pertes de temps sont à prévoir avec de vagues promesses et la mise en place de groupes de travail sur des problématiques qui sont déjà bien connues. «Avec l'Accord de Kelowna, nous avions créé des obligations spécifiques ainsi qu'un échéancier», a expliqué M. Martin. «Tout ça a été mis à la poubelle par les conservateurs.»

Il estime par ailleurs que le premier ministre Harper aurait dû prendre au moins un engagement en matière d'éducation: verser pour chaque enfant autochtone le même montant que pour chaque autre enfant canadien.

«Si vous vous demandez pourquoi le taux de décrochage est terrible dans les réserves, regardez l'état des écoles là-bas», a observé M. Martin. «Aucun Canadien ne voudrait envoyer ses enfants dans ces établissements.»

Lors de leur rencontre à Ottawa, mardi, le gouvernement fédéral et les chefs des Premières Nations ont convenu de changements fondamentaux, sans toutefois apporter des solutions immédiates à la kyrielle de problèmes auxquels font face les communautés autochtones.

«Il s'agit de la population la plus jeune de notre pays et ils (les Autochtones) vivent dans la plupart des cas une situation tragique», déplore M. Martin. «Avec nos valeurs canadiennes, c'est inacceptable d'accepter ça.»

L'ex-premier ministre libéral croit également qu'il ne faut pas minimiser le poids économique des communautés autochtones. «La plupart vivent dans le Grand Nord, où se trouvent la plupart de nos ressources naturelles, et une pénurie de main-d'oeuvre sévit», observe-t-il. «Nous avons les éléments pour réussir comme pays, mais on ne peut rien réussir si on met de côté la population la plus jeune.»

Le document conjoint du gouvernement fédéral et des Autochtones fait état de cinq champs d’action, dont l’élimination des entraves à la gouvernance des Premières Nations sur l’application des traités, et l'établissement de groupes de travail.

Ottawa et les leaders autochtones ont également convenu de soumettre, dans un an, un rapport faisant état de l’avancement des travaux. Quant à la Loi sur les Indiens, qui accorde à Ottawa depuis 1876 la responsabilité exclusive des affaires autochtones, elle ne sera pas abrogée.