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24/01/2012 04:58 EST | Actualisé 25/03/2012 05:12 EDT

Obama plaide pour les réformes fiscales dans son discours à la nation

WASHINGTON - Faisant preuve de ferveur, le président américain Barack Obama a livré un discours à la nation à saveur préélectorale, mardi soir, en s'attaquant à un Congrès «oisif» et en tentant d'attiser la colère populiste liée aux iniquités des revenus, au moment où le temps file en vue de l'élection présidentielle de novembre.

«Nous pouvons nous contenter d'un pays où un nombre de plus en plus petit de gens s'en tirent très bien, alors qu'un nombre grandissant d'Américains peinent à joindre les deux bouts», a déclaré M. Obama, «ou tenter d'instaurer une économie où tout le monde a droit à une chance égale, tout le monde met la main à la pâte et tout le monde joue en fonction des mêmes règles».

Lors de son troisième discours sur l'état de l'Union, qui a duré environ une heure, le président Obama a affirmé que l'enjeu n'était ni les valeurs démocrates, ni les valeurs républicaines, mais les valeurs américaines.

«Nous devons nous les réapproprier», a-t-il lancé.

Au passage, il n'a pas manqué d'écorcher ses rivaux républicains au Congrès.

«Tant et aussi longtemps que je serai le président, je vais travailler avec quiconque dans cette chambre afin de profiter de ce momentum», a annoncé M. Obama, dans une salle bondée de politiciens, juges de la Cour suprême et de ses secrétaires départementaux.

«Mais je compte combattre l'obstruction par l'action, et je vais m'opposer à toute tentative de revenir aux mêmes politiques qui sont à l'origine de cette crise économique», a-t-il aussi déclaré.

Affublé, au cours des derniers mois, du titre de «candidat en campagne présidentielle en chef» par les républicains, M. Obama a en effet passé les récentes semaines à lancer un message semblable lors de sorties dans diverses communautés durement touchées par la piètre situation économique.

Durant ces visites, M. Obama a constamment blâmé les républicains, les accusant d'avoir empêché son administration d'implanter des politiques qui auraient aidé les Américains en difficulté à se relever.

Lors de son discours, mardi soir, le président a également insisté sur une «justice fiscale», une cause qui lui est chère et qui a été stimulée par le mouvement Occupons Wall Street et par Mitt Romney, le rival potentiel de M. Obama en novembre prochain.

Confrontés à d'intenses pressions, les responsables de campagne de M. Romney ont dévoilé les données fiscales du candidat républicain. Il y est révélé que M. Romney a engrangé plus de 42 millions $ US en deux ans, provenant en majeure partie de revenus d'investissement, et versé un taux d'imposition de 14 pour cent.

«Nous devons changer notre code fiscal pour que des gens comme moi, et un important nombre de membres du Congrès, paient leur juste part d'impôts», a suggéré le président.

M. Obama a aussi fait valoir la «norme Buffett», portant le nom du milliardaire démocrate américain Warren Buffett, depuis que celui-ci a déploré que sa secrétaire paie un taux d'imposition supérieur au sien.

Cette employée, Debbie Bosanek, était assise aux côtés de la première dame Michelle Obama durant le discours sur l'état de l'Union. M. Obama l'a d'ailleurs identifiée pendant son allocution.

«Une réforme fiscale devrait respecter les grandes lignes de la 'norme Buffett' : si vous gagnez plus d'un million $ par année, vous ne devriez pas payer moins de 30 pour cent en impôts», a-t-il observé.

«Par contre, si vous gagnez moins de 250 000$, comme 98 pour cent des familles américaines, vous ne devriez pas payer plus d'impôts. Vous êtes ceux qui doivent se battre contre des prix en hausse et des salaires qui stagnants. Vous êtes ceux ayant besoin d'aide.»

M. Obama a rejeté les accusations des républicains à l'effet que de telles propositions divisaient l'opinion publique.

«Vous pouvez prétendre qu'il s'agit de lutte des classes, mais la plupart des Américains diraient que c'est la simple logique qu'un milliardaire verse au moins autant d'impôts que sa secrétaire», a fait remarquer M. Obama.

Avant même que M. Obama ne se présente au Capitole, Mitt Romney a accusé le président de chercher à diviser le pays lors de son discours, plutôt que de rassembler les gens.

«Ce soir, nous entendrons une rhétorique fractionnelle de la part d'un chef désespéré. C'est une honte que le président utilise l'état de l'Union pour diviser notre nation», avait-il lancé, en Floride.

«Il y a trois ans, nous avons évalué le candidat Obama en fonction de ses promesses d'espoir et ses slogans. Aujourd'hui, le président Obama a accumulé un dossier marqué de dettes, de déclin et de déceptions. Le président Obama a bâti un État providence à l'européenne», avait aussi déclaré M. Romney.

Un autre membre du Parti républicain a réjeté le discours de M. Obama.

«Jamais nous n'accepterons être une nation de riches et de pauvres; nous devons former une nation de riches et de gens sur le point de le devenir», a déclaré Mitch Daniels, gouverneur de l'Indiana.

Le choix de M. Daniels pour livrer la réplique au discours de l'état de l'Union en a fait sourciller plus d'un. De nombreux membres de l'establishment républicain souhaitent encore qu'il se lance dans la course à l'investiture républicaine, surtout après la récente poussée de Newt Gingrich dans les sondages. M. Gingrich compte peu de supporters parmi l'élite du Parti républicain.