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24/01/2012 01:40 EST | Actualisé 25/03/2012 05:12 EDT

Les indignés et la neige s'invitent au Forum économique mondial de Davos

DAVOS, Suisse - Un camp retranché dans un beau paysage grison. Voilà ce qu'on peut voir ces jours-ci à Davos, où des milliers de militaires et de policiers armés de pelles ont érigé une barrière de 18 kilomètres de long, censée tenir à distance les indésirables au Forum économique mondial (FEM), qui ouvre ses portes mercredi.

Quelque 3500 militaires sont appelés à assurer la sécurité des 2600 personnalités qui, à l'instar de la chancelière allemande Angela Merkel, du premier ministre britannique David Cameron ainsi que de nombreux dirigeants d'entreprise, se rendront au FEM d'ici à dimanche prochain. Le président français Nicolas Sarkozy, candidat présumé mais pas déclaré à sa propre succession à l'élection de ce printemps, n'a pas prévu de se rendre à Davos mais son ministre de l'Économie, François Baroin, y est attendu jeudi et vendredi.

L'érection d'une barrière de sécurité de 18 kilomètres de long a été une tâche ardue en raison des fortes chutes de neige des deux dernières semaines, a expliqué mardi à l'Associated Press Stefan Hofer, porte-parole de l'armée suisse. Il a fallu beaucoup pelleter car la clôture doit être solidement ancrée dans le sol, notamment pour résister au poids de la neige.

Davos s'est en effet réveillée mardi avec 40 centimètres de poudreuse. La couche blanche avoisine les 2,50 mètres en bord de route. «Nous ne savons plus où la mettre», a confié le porte-parole de la police cantonale grisonne, Thomas Hobi.

Les forces de l'ordre espèrent une édition calme du Forum cette année, avec une seule manifestation prévue, pour samedi. La nouveauté est un village d'igloos, campement improvisé par des militants dans le sillage du mouvement «Occupy Wall Street» contre les excès de la finance.

L'atmosphère y est paisible jusqu'ici, selon Thomas Hobi. Quelques manifestants ont fait une brève apparition mardi en dehors du périmètre de sécurité, barbouillant la neige de slogans anticapitalistes, et la police s'est contentée de relever les identités.

Le mouvement «Occupy World Economic Forum» nie toute légitimité à la rencontre des principaux dirigeants de l'économie et de la politique internationales à Davos, estimant qu'ils ne représentent les intérêts que d'un pour cent de la population et décident du sort de sept milliards d'êtres humains sur la planète.

Le fondateur des rencontres de Davos a lui-même jugé dans un entretien accordé mardi à l'AP que le capitalisme avait perdu ses repères et que les manifestants pouvaient lui apporter quelque chose.

Klaus Schwab continue à «croire profondément dans l'économie de marché, mais l'économie de marché doit servir la société», a-t-il expliqué, souhaitant que l'accent soit mis sur l'emploi et que les grands de ce monde s'efforcent de gagner la confiance de l'opinion publique. Il a déploré «le manque d'ouverture du système capitaliste». «Nous avons péché», a-t-il jugé, affirmant que le forum mettrait cette année l'accent sur l'éthique et la morale en affaires comme en politique.

Il a ajouté que les Occupy World Economic Forum étaient invités à une réunion en marge du forum sur la réforme du capitalisme. L'organisateur du mouvement, David Roth, a déclaré à l'AP que son groupe n'avait pas encore pris de décision.

La principale menace qui plane pour l'instant sur la réunion au sommet semble donc être... la neige. Des spécialistes de l'Institut fédéral pour l'étude de la neige et des avalanches, sis d'ailleurs à Davos, gardent un oeil sur les pentes enneigées qui entourent la station. Le risque d'avalanche était considéré mardi comme élevé, a précisé Benjamin Zweifel, du SLF. Davos est toutefois bien protégée depuis la dernière coulée mortelle en 1968.

Si les conditions météorologiques devaient rester mauvaises, l'armée pourrait limiter le nombre de vols d'hélicoptères servant à acheminer les invités de marque depuis l'aéroport de Zurich, note Stefan Hofer. Mais les avions de chasse F/A-18 ne craindront quant à eux pas les flocons.