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24/01/2012 02:31 EST | Actualisé 25/03/2012 05:12 EDT

Haute couture parisienne: les belles Ibères de Lins, les "femmes sculptures" de Rolland

PARIS - Gitanes à l'allure altière chez Gustavo Lins, "femmes sculptures" chez Stéphane Rolland: la haute couture a fait la démonstration mardi sur les podiums parisiens de l'inépuisable registre de ses inspirations, servie par l'éternel féminin.

A la croisée des chemins entre le vêtement et l'architecture, Stéphane Roland poursuit son travail de recherche des équilibres. "Je reste un grand fan du travail du sculpteur Michel Deverne, autant connu pour son sens de la concision que celui de ses volumes, et je lui rends ici une forme d'hommage", a déclaré le couturier à l'Associated Press après le défilé.

Son vestiaire s'appuie sur de savantes constructions tout en volumes ivoire à l'aspect de millefeuilles de gazar ou d'organdi. Des arrondis, des ouvertures, découvrant une seule jambe sur de nouvelles combinaisons pantalons, contribuent au jeu subtil des pleins des vides en clin d'oeil à l'art déco.

Sertie de bijoux dorés tubulaires marquant les tailles, allongeant les cous ou posés comme des virgules sur les hanches ou les épaules, cette mode "a aussi sa muse", sourit Rolland en désirant à son côté Yasmin le Bon, qui portait la robe de mariée rouge sang à traîne tout en volutes et plastron orné de "répétitions articulaires". Une pièce hors du commun de plusieurs dizaines de kilos ayant nécessité des centaines d'heures de travail des "petites mains" de ses ateliers.

"Quand Stéphane m'a proposé de présenter la robe de mariée, j'en tremblais de joie car il incarne toute cette fougue, cette jeunesse que seule la haute couture de Paris se permet dans le monde de la mode", a confié Yasmin Le Bon à l'AP, des trémolos dans la voix.

Une conception de la haute couture à l'inverse du travail de synthèse de Gustavo Lins. "La haute couture qui prend des centaines d'heures, c'était bon pour le XIXe siècle" a dit à l'AP le couturier brésilien, qui présentait sa collection à l'ambassade parisienne de son pays. "Aujourd'hui, il faut faire vite et bien", martèle-t-il. Et le plus étonnant, c'est que le résultat est au rendez-vous.

Le kimono japonais, léger et rigide à la fois, constitue en fait l'ossature de ce vestiaire. Sur cette base viennent s'accrocher d'autres pièces, avec en fil rouge la vitalité et la ferveur de codes empruntés à une autre région du monde que Lins connaît bien: l'Andalousie. "Cette région du monde est unique, non seulement pour sa lumière, mais aussi pour avoir abrité dans l'harmonie les trois religions monothéistes, et tout cela 'vit ensemble' sur les vêtements", ajoute-t-il.

Des robes-foulards au drapés tout en fluidité, des capes hyper coupées et ajourées, des pantalons droits cambrant la silhouette: tout ici sert le propos du styliste qui réussit même à faire cohabiter les chutes de vison, le cuir d'agneau plongé et le taffetas de soie. "J'ai passé un cap. En plus d'être sophistiquée dans sa construction, 'ma femme' est aussi dans l'acceptation de sa propre volupté: elle connaît dorénavant l'orgasme!", conclut le plus sérieusement du monde Gustavo Lins. C'est aussi l'impression qu'ont donnée sur le podium ses sylphides intrépides et ses sombres Gitanes. AP

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