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24/01/2012 04:39 EST | Actualisé 24/03/2012 05:12 EDT

Bernard Landry dit ne pas vouloir miner l'autorité de Pauline Marois

QUÉBEC - Bernard Landry a assuré mardi ne pas avoir voulu miner l'autorité de Pauline Marois en prodiguant ses conseils aux militants dans une lettre publiée dans les journaux.

La sortie épistolaire de M. Landry, survenue quelques jours après une nouvelle contestation du leadership de Mme Marois et le recul inattendu de Gilles Duceppe, a reçu un accueil plutôt froid au Parti québécois.

Dans sa lettre intitulée «Le désarroi des souverainistes est facile à comprendre», M. Landry impute les déboires du PQ _ troisième dans les sondages sur les intentions de vote _ à la «gouvernance souverainiste» que propose Mme Marois.

Basée sur la revendication de pouvoirs à la pièce, cette doctrine «envoie le message que si l'on peut agir en État souverain sans l'être, la souveraineté n'est donc pas indispensable», écrit-il.

«On ne peut pas faire comme si on était souverain quand on est une simple province, ni agir comme si on était aux Nations unies quand on siège tout bêtement au Conseil de la fédération», ajoute l'ancien leader péquiste.

M. Landry souhaite que le PQ renoue avec l'esprit du programme adopté en 2005 en mettant le pied sur l'accélérateur pour réaliser «l'indépendance nationale».

Quant à Mme Marois, l'ex-leader du Parti québécois n'en souffle pas mot dans sa lettre mais y va d'allusions à peine voilées.

«Les personnes qui dirigent le PQ, soulève-t-il, ont un devoir crucial et impérieux: mettre l'intérêt national avant toute forme d'ambitions personnelles.»

Joint par La Presse Canadienne mardi, M. Landry s'est défendu d'avoir voulu, dans sa lettre, remettre en cause le leadership de Mme Marois.

«Cela fait des mois que je dis que je ne veux pas personnaliser le débat et je ne l'ai pas fait. Mais j'ai critiqué délicatement à quelques reprises la gouvernance souverainiste et c'est de cela dont je parle. Je suis sur le fond des choses et non sur les personnes», a insisté M. Landry.

L'ex-premier ministre avait déjà rédigé sa lettre lorsque Gilles Duceppe a pris tout le monde par surprise dimanche en annonçant sa décision d'exclure un retour en politique.

Attaqué à propos de sa gestion des fonds de la Chambre des communes, l'ancien chef du Bloc a préféré rentrer dans ses terres pour préparer la riposte.

M. Landry s'est dit convaincu que M. Duceppe n'a rien à se reprocher et qu'il a été victime d'un coup fourré.

Ceux qui croient que M. Duceppe était en train d'orchestrer un putsch contre Mme Marois sont aussi dans l'erreur, selon M. Landry.

«Il a eu un comportement impeccable. Il y a des gens qui voulaient qu'il se lance, d'autres qui ne voulaient pas», a-t-il dit.

Dans ce débat, l'ex-député de Verchères a refusé de révéler son camp.

«Moi, j'étais totalement neutre. D'ailleurs j'ai écrit mon texte avant les événements», a-t-il dit.

Réagissant à la sortie de M. Landry au nom des troupes péquistes, le député Sylvain Gaudreault a invité l'ancien chef à tourner la page sur le passé et à accepter les décisions des instances.

Le député de Jonquière a semblé vouloir minimiser l'importance du message livré par l'ancien premier ministre, y voyant tout au plus «une contribution» au débat sur la souveraineté.

«C'est une contribution au débat, mais moi je pense que la gouvernance souverainiste est la bonne façon de faire les choses. C'est d'ailleurs la stratégie adoptée par une très grande majorité des militants. J'invite M. Landry à respecter le choix des militants», a dit M. Gaudreault.

Il a aussi rappelé que Mme Marois avait obtenu un «mandat très fort» de la part des militants au congrès du printemps dernier.

Aux yeux du député, les événements des derniers mois ont amplement démontré que Pauline Marois plaçait l'intérêt national bien au devant de ses ambitions personnelles dans sa liste des priorités.

Du reste, M. Gaudreault soupçonne M. Landry de ne pas s'être pardonné d'avoir démissionné avec fracas en 2005, à la suite d'un vote de confiance décevant.

«Il a pris sa décision en 2005, on est rendu en 2012, il faudrait qu'il en revienne. (...) On ne peut pas revenir en 2005 ou en 2004. Ce qu'il avait choisi dans ces années-là n'a pas été davantage retenu: il a perdu l'élection en 2003, il a eu un appui de 76 pour cent au congrès de 2005, il a choisi de démissionner. Après sept ans, il faut qu'il assume», a-t-il évoqué.

De son côté, le chef d'Option nationale, Jean-Martin Aussant, a accueilli favorablement les propos de M. Landry, partageant l'avis de l'ancien premier ministre sur l'importance de mettre l'accent sur l'indépendance.

«Le Parti québécois, dans son ADN, dans sa raison d'être, c'est de faire la promotion de la souveraineté, a-t-il dit lors d'une entrevue. Donc, il faut que le message redevienne plus clair.»

M. Aussant a jugé que le ton de la lettre de M. Landry est très serein et sans attaques personnelles envers Mme Marois.

«Je pense qu'il critique plus son message qu'elle-même, a-t-il dit. Ce n'est pas impossible pour quelqu'un de changer de façon de livrer un message.»

Selon lui, le message actuel du PQ est confus en cantonnant la souveraineté à une simple hypothèse.

«Si un jour Jean Charest, en campagne électorale, disait: élisez-nous et on verra ensuite si le moment est opportun de rester fédéraliste après les élections, il ferait rire de lui», a-t-il illustré.

M. Aussant a répété que le programme d'Option nationale prévoit une collaboration et même une fusion avec tout parti qui mettrait la priorité sur la souveraineté.