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23/01/2012 03:06 EST | Actualisé 24/03/2012 05:12 EDT

Sommet avec les autochtones: Harper veut éviter un nouvel accord de Kelowna

OTTAWA - Lorsqu'il rencontrera les leaders autochtones mardi, le premier ministre Stephen Harper cherchera plus que tout à éviter une répétition de l'accord de Kelowna.

Cet accord, qui avait nécessité 18 mois de négociations, a été conclu en 2005 lors du plus récent face à face entre des leaders autochtones et un premier ministre canadien — à l'époque le libéral Paul Martin.

Cette entente complexe entre les provinces, le gouvernement fédéral et de multiples organisations autochtones prévoyait des investissements d'envergure, sur cinq ans, pour s'attaquer aux causes sous-jacentes de la pauvreté. Des fonds devaient notamment être mis de côté pour financer le logement, l'éducation, la santé et le développement économique.

Mais quand le gouvernement conservateur a pris le pouvoir quelques mois plus tard, en 2006, il n'a pas jugé bon de financer cette entente de 5 milliards $, la jugeant bâclée. Le document a pourri sur les tablettes, au grand désespoir de plusieurs chefs autochtones.

Le premier ministre Harper a promis de trouver une meilleure solution. Il a présenté des excuses formelles pour les sévices subis dans les pensionnats, et a finalement signé la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

À la veille de cette nouvelle rencontre entre les leaders autochtones et le gouvernement fédéral, les objectifs ambitieux et les bonnes intentions se multiplient. Mais personne ne promet l'éradication de la pauvreté ou des dépenses de 5 milliards $ pour soulager les problèmes auxquels font face quotidiennement les autochtones.

M. Harper promet plutôt une approche graduelle. Il s'est déjà engagé sur cette voie en adoptant plusieurs lois très ciblées et en créant un groupe de travail sur l'éducation chez les autochtones. D'autres groupes de travail seront probablement annoncés cette semaine.

De nouvelles lois sont aussi attendues cette année, notamment en ce qui touche l'éducation, l'eau potable et la propriété des terres. Le budget 2012 pourrait aussi contenir quelques fonds pour des initiatives ciblées, et possiblement pour un ou deux projets pilotes.

Plusieurs conservateurs jurent que M. Harper est sérieux lorsqu'il parle de collaboration avec les Premières Nations, mais que pour lui, ce n'est pas une question de charité. À ses yeux, il en irait plutôt de l'intérêt national: mettre fin à la relation de dépendance, développer une main-d'oeuvre dont l'économie canadienne aura bientôt désespérément besoin, et trouver un moyen de collaborer pour l'exploitation des ressources naturelles.

Des responsables des Premières Nations ont trimé dur pour préparer les chefs à cette rencontre de mardi, prévenant notamment que Kelowna ne fait pas partie du vocabulaire du premier ministre. Plusieurs reconnaissent aussi éviter volontairement toute mention de cet accord, de peur de nuire aux discussions.

«Nous avons gaspillé huit ans», déplore la porte-parole libérale pour les affaires autochtones, Carolyn Bennett. Elle croit toutefois que M. Harper pourra réaliser des progrès réels avec les autochtones s'il évite de gérer les différentes questions en «vases clos», et s'il désire vraiment développer une relation respectueuse avec les chefs et leur peuple. «Si la mention du mot 'Kelowna' est trop irritante, alors il faut regarder vers l'avenir», a-t-elle dit.

Les leaders autochtones rappellent d'ailleurs qu'il est difficile d'intervenir dans le secteur de l'éducation si on ne s'attaque pas en même temps à la pénurie chronique de logements, au sous-financement des soins à l'enfance, et à la pauvreté généralisée — une pauvreté qui, elle, est liée étroitement au financement du logement, de l'éducation, de la santé et du développement économique.

Et si le gouvernement fédéral est le seul responsable des relations avec les autochtones, les provinces doivent de plus en plus fréquemment offrir des services sociaux aux communautés autochtones, ou venir en aide aux autochtones qui vivent dans les grandes villes.

Les leaders provinciaux ont souvent réclamé une rencontre des premiers ministres sur la question autochtone, mais sans succès. L'opinion qu'a M. Harper des conférences fédérales-provinciales des premiers ministres est identique à son opinion de l'approche de Paul Martin face aux questions autochtones.

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