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23/01/2012 10:27 EST | Actualisé 24/03/2012 05:12 EDT

RIM: la confiance du PDG, le doute des investisseurs

RIM

TORONTO - Le nouveau patron de Research In Motion a affirmé lundi qu'il redoublerait d'ardeur afin de répondre aux goûts des consommateurs en matière de téléphones intelligents, mais la réaction négative des marchés financiers suggère qu'il devra redresser rapidement la barre pour rassurer les investisseurs.

L'action de RIM a retraité de plus de neuf pour cent à la suite de la réorganisation qui voit Thorsten Heins devenir immédiatement chef de la direction, et les deux cochefs précédents, Jim Balsillie et Mike Lazaridis, tirer leur révérence. Mais si les deux anciens patrons ne font plus partie de la haute direction, ils restent malgré tout membres du conseil d'administration de la société.

M. Heins, qui était jusque-là chef de l'exploitation de RIM, s'est dit convaincu que la société serait appelée à jouer un rôle clé dans la course aux téléphones intelligents, malgré les inquiétudes d'analystes qui jugent qu'elle a cédé beaucoup trop de terrain au profit de la concurrence.

«Je ne crois pas qu'un changement draconien soit nécessaire», a affirmé M. Heins lors d'une conférence téléphonique avec des analystes.

«Nos stratégies, nos tactiques et nos processus évoluent (...) Je veux que nous soyons un peu plus attentifs au marché des consommateurs et que nous comprenions mieux les tendances — et non simplement faire ce que les analystes nous disent de faire», a-t-il ajouté.

Cependant, l'action de Research In Motion (TSX:RIM) a cédé 1,57 $, soit 9,11 pour cent, à 15,67 $ à la Bourse de Toronto, lundi, tandis qu'un important investisseur exprimait sa déception vis-à-vis de la réorganisation.

«Le marché vote avec ses pieds», a affirmé Vic Alboini, président de la firme Jaguar Financial, à Toronto, qui milite en faveur d'un changement de la structure du conseil d'administration de RIM depuis plusieurs mois.

«Le marché dit 'c'est du pareil au même'», a poursuivi M. Alboini, membre d'un groupe d'actionnaires qui partagent ses opinions et qui détiennent ensemble une participation de plus de 10 pour cent dans RIM.

Le changement ne va pas assez loin pour éliminer le besoin d'une révision stratégique des activités, qui s'intéresserait à une éventuelle vente de la société ou de certaines de ses divisions, a-t-il expliqué.

«Le nouveau chef de la direction (...) ne peut fermer la porte à aucune possibilité. Dans l'ensemble, il s'agit d'une nouvelle négative, malheureusement, parce qu'ils laissent les deux cochefs de la direction sur le conseil», a-t-il affirmé.

«La dernière chose que vous voudriez faire, c'est d'entourer le nouveau chef de la direction — à qui vous demandez de penser différemment et d'avoir des initiatives indépendantes — du passé de RIM en la personne des deux cofondateurs qui se retrouvent assis à la table du conseil.»

M. Alboini, qui a été un des critiques les plus virulents de RIM ces derniers temps, avait demandé il y a déjà plusieurs mois la démission de MM. Balsillie et Lazaridis. Il a qualifié le nouveau chef de la direction et les administrateurs d'«équipe de transition», affirmant qu'ils n'auraient que quelques mois pour afficher les résultats attendus.

L'entreprise de Waterloo, en Ontario, a annoncé tard dimanche soir que MM. Balsillie et Lazaridis étaient remplacés par Thorsten Heins, qui s'est joint à RIM il y a quatre ans après un passage chez Siemens AG. La nomination vise à sortir RIM du marasme dans lequel elle se trouve depuis quelques temps et à calmer les investisseurs.

«Ce n'est pas un changement sismique», a admis lundi M. Heins, en réponse à une question lors de la conférence téléphonique.

Plus tôt, dans une allocution préparée, M. Heins a affirmé que la société n'avait pas encore terminé sa «transformation majeure» lui ayant permis de passer du statut de petite entreprise technologique canadienne à celui d'important joueur.

«Comme toutes les entreprises qui grandissent à l'échelle mondiale, on rencontre quelques pépins en cours de route ici et là, mais la clé, c'est d'apprendre de ces erreurs.»

«Il ne fait aucun doute que nous sommes plus forts aujourd'hui en raison de ce que nous avons vécu.»

Autrefois l'une des sociétés canadiennes les plus fortement évaluées, RIM a plongé ces dernières années et a perdu un part du marché aux mains de concurrents comme Apple, avec son iPhone, et Google, avec son système d'exploitation pour téléphone Android.

RIM ne compte maintenant qu'environ 10 pour cent du marché américain, et bien que ses appareils soient connus pour leur niveau élevé de sécurité, les consommateurs se tournent plutôt vers des téléphones leur permettant d'accéder plus facilement à Internet et mettant l'emphase sur les applications.

Les ennuis de RMI ont pris de l'ampleur avec les ventes décevantes de la tablette électronique PlayBook et une panne de service d'une durée de quatre jours, dans le monde entier, qui a affecté un grand nombre d'utilisateurs du BlackBerry.

Le cours des actions de RIM a déjà atteint un niveau tel que la compagnie a brièvement été celle à la valeur la plus élevée au Canada, soit plus de 70 milliards $. La capitalisation boursière de l'entreprise est maintenant d'environ 9 milliards $.

Bien que MM. Balsillie et Lazaradis ne soient plus à la tête des activités quotidiennes de RIM, ils demeurent au sein du conseil de la société et auront de l'influence en raison des actions qu'ils possèdent.

Anil Doradla, analyste chez William Blair & Co., s'est demandé si M. Heins serait vraiment indépendant.

«Y aura-t-il une main invisible? La vision des choses présentée par le nouveau chef de la direction n'était pas très convaincante», a-t-il affirmé.

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