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22/01/2012 08:39 EST | Actualisé 23/03/2012 05:12 EDT

Hollande s'attaque à la finance, mais n'oublie pas Sarkozy

Dans un hall des expositions bondé, à l'ambiance chauffée par Yannick Noah, le candidat socialiste à l'Elysée François Hollande a désigné dimanche "le monde de la finance" comme son véritable adversaire, lors de son premier grand meeting de campagne.

A trois mois jour pour jour du premier tour de la présidentielle, le député de Corrèze a endossé le costume d'homme d'Etat devant les milliers de sympathisants de gauche venus l'applaudir au Bourget, dans la proche banlieue nord de Paris.

Avant de détailler son programme jeudi, François Hollande a prononcé un discours fleuve d'une heure et demie pour présenter sa vision de la France, en tentant de se hisser au-dessus des partis. "L'enjeu de cette campagne qui commence, n'allez pas le chercher dans un affrontement partisan. L'enjeu de cette campagne va bien au-delà de nous, de la gauche", a-t-il déclaré. "L'enjeu, c'est la France, c'est la France toujours!"

Le candidat PS a dévoilé un peu sa personnalité, racontant avoir grandi dans une famille plutôt conservatrice en Normandie. "La gauche, je l'ai choisie", a-t-il noté.

"Je ne m'exhibe pas", a-t-il dit en réponse à ceux qui le trouvent réservé. "Ce que vous voyez ici, c'est ce que je suis". Il a revendiqué "une simplicité qui n'est pas une retenue, mais la marque de l'authentique autorité".

"Je veux conquérir le pouvoir mais je ne suis pas un vorace. Je veux simplement le mettre au service des Français", a-t-il assuré, confiant comme un secret: "J'aime les gens quand d'autres sont fascinés par l'argent".

Devant les ténors socialistes, de Lionel Jospin à Martine Aubry, François Hollande a évoqué ses débuts en politique aux côtés du défunt ancien président François Mitterrand (dont la fille Mazarine Pingeot assistait au meeting) ses attaches corréziennes, mais aussi son rôle de Premier secrétaire du PS lorsque Lionel Jospin était Premier ministre. Cette période de la gauche plurielle, "j'en revendique les avancées", a-t-il déclaré.

Puis, s'adressant aux 10.000 sympathisants rassemblés dans le hall 2 du Parc des Expositions du Bourget, il a martelé: "Aujourd'hui, c'est moi qui vous représente. C'est moi qui porte votre espoir. C'est moi qui porte l'obligation de gagner. C'est moi qui va, dans ce combat, vous conduire à la victoire, celle que vous attendez depuis trop longtemps!"

François Hollande a présenté son "véritable adversaire". "Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera donc pas élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance".

Contre cet adversaire, le candidat socialiste s'engage à faire voter une loi obligeant les banques à séparer activités de dépôt et opérations spéculatives. Il promet d'interdire aux banques françaises d'avoir des filiales dans les paradis fiscaux, d'interdire aussi "les produits financiers toxiques, c'est-à-dire sans lien avec les nécessités de l'économie réelle", de supprimer les stock-options, "sauf pour les entreprises naissantes", et d'encadrer les bonus. Il propose "une véritable taxe sur les transactions financières avec ceux en Europe qui voudront la mettre en oeuvre avec nous". Et il suggère de créer au niveau européen une agence publique de notation. Selon lui, "l'argent sera remis à sa place, qui est celle d'un serviteur et non d'un maître".

François Hollande a également critiqué son adversaire non encore déclaré, le président Nicolas Sarkozy - sans jamais citer son nom. Il a fait allusion au scandale des fadettes, affaire dans laquelle est mis en examen le procureur Philippe Courroye, réputé proche du chef de l'Etat. Le candidat socialiste a aussi fait référence au discours de Dakar - où Nicolas Sarkozy avait estimé que l'homme africain n'était pas entré dans l'Histoire - et à la visite en grande pompe de Moammar Kadhafi à Paris, fin décembre 2007.

Devant un drapeau européen et une bannière tricolore, le candidat socialiste a dit qu'il serait "le président de la fin des privilèges". Parlant longuement d'égalité et de justice, il a détaillé sa réforme fiscale. Il entend porter à 45% le taux de l'impôt sur le revenu pour les ménages gagnant plus de 150.000 euros par an. Il souhaite aussi "que nul ne puisse tirer avantage de niches fiscales au-delà d'une somme de 10.000 euros de diminution d'impôts par an".

Pour donner l'exemple, il promet de réduire de 30% les salaires du président et des membres du gouvernement.

En matière de logement, si François Hollande est élu, l'Etat "mettra immédiatement à la disposition des collectivités locales tous ses terrains disponibles pour leur permettre de construire de nouveaux logements". Le candidat socialiste propose aussi de doubler le plafond du Livret A et de quintupler les sanctions pour les communes qui ne respectent pas leur obligation de 20% de logements sociaux.

Lançant une mise en garde aux "petits caïds", il a proposé de créer des "zones de sécurité prioritaires" dans les endroits où la délinquance est la plus élevée.

Il a une nouvelle fois promis 60.000 postes dans l'Education nationale, 150.000 emplois d'avenir et un "contrat de génération" pour favoriser le maintien des seniors dans l'emploi tout en mettant le pied à l'étrier aux jeunes. Il a répété qu'il voulait que son quinquennat soit jugé sur les progrès accomplis pour la jeunesse.

Se déclarant "viscéralement attaché à la laïcité", il entend inscrire dans la Constitution la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat.

Se présentant comme un "Européen de coeur", François Hollande a dit vouloir proposer aux partenaires européens de la France "un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance" et répété qu'il renégocierait le traité européen issu de l'accord du 9 décembre. Il a prôné une "nouvelle relation de vérité et d'égalité" avec l'Allemagne, ajoutant qu'il proposerait en janvier 2013 "un nouveau traité franco-allemand".

Enfin, François Hollande a défendu "une France du civisme où chacun demandera non pas ce que la République peut faire pour lui mais ce qui lui peut faire pour la République".

Pour conclure son allocution dans le lyrisme, François Hollande a décliné son slogan de campagne: "Le changement, c'est maintenant. Le redressement, c'est maintenant. La justice, c'est maintenant. L'espérance, c'est maintenant. La République, c'est maintenant".

"Le changement, j'y suis prêt. Vive la République et vive la France", a-t-il lancé, avant d'entonner "La Marseillaise". AP

cb/sb