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22/01/2012 01:43 EST | Actualisé 23/03/2012 05:12 EDT

François Hollande s'attaque à la finance, mais n'oublie pas Sarkozy

LE BOURGET, France - Dans un hall des expositions bondé, à l'ambiance chauffée par Yannick Noah, le candidat socialiste à l'Elysée, François Hollande, a désigné dimanche "le monde de la finance" comme son véritable adversaire, lors de son premier grand meeting de campagne.

A trois mois jour pour jour du premier tour de la présidentielle, le député de Corrèze a endossé le costume d'homme d'Etat devant les milliers de sympathisants de gauche venus l'applaudir au Bourget, dans la proche banlieue nord de Paris.

Avant de détailler son programme jeudi, François Hollande a prononcé un discours fleuve d'une heure et demie pour présenter sa vision de la France, en tentant de se hisser au-dessus des partis. "L'enjeu de cette campagne qui commence, n'allez pas le chercher dans un affrontement partisan. L'enjeu de cette campagne va bien au-delà de nous, de la gauche", a-t-il déclaré. "L'enjeu, c'est la France, c'est la France toujours!"

Le candidat PS a dévoilé un peu sa personnalité, racontant avoir grandi dans une famille plutôt conservatrice en Normandie. "La gauche, je l'ai choisie", a-t-il noté.

Devant les ténors socialistes, de Lionel Jospin à Martine Aubry, François Hollande a évoqué son rôle de premier secrétaire du PS lorsque Lionel Jospin était premier ministre. Cette période de la gauche plurielle, "j'en revendique les avancées", a-t-il déclaré.

Puis, s'adressant aux 10 000 sympathisants rassemblés dans le hall 2 du Parc des Expositions du Bourget, il a présenté son "véritable adversaire". "Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera donc pas élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance".

Contre cet adversaire, le candidat socialiste s'engage à faire voter une loi obligeant les banques à séparer activités de dépôt et opérations spéculatives. Il promet d'interdire aux banques françaises d'avoir des filiales dans les paradis fiscaux, d'interdire aussi "les produits financiers toxiques, c'est-à-dire sans lien avec les nécessités de l'économie réelle", de supprimer les stock-options, "sauf pour les entreprises naissantes", et d'encadrer les bonis. Il propose "une véritable taxe sur les transactions financières avec ceux en Europe qui voudront la mettre en oeuvre avec nous". Et il suggère de créer au niveau européen une agence publique de notation. Selon lui, "l'argent sera remis à sa place, qui est celle d'un serviteur et non d'un maître".

François Hollande a également critiqué son adversaire non encore déclaré, le président Nicolas Sarkozy - sans jamais citer son nom. Il a fait allusion au scandale des fadettes, affaire dans laquelle est mis en examen le procureur Philippe Courroye, réputé proche du chef de l'Etat. Le candidat socialiste a aussi fait référence au discours de Dakar - où Nicolas Sarkozy avait estimé que l'homme africain n'était pas entré dans l'Histoire - et à la visite en grande pompe de Moammar Kadhafi à Paris, fin décembre 2007.

Devant un drapeau européen et une bannière tricolore, le candidat socialiste a dit qu'il serait "le président de la fin des privilèges". Parlant longuement d'égalité et de justice, il a détaillé sa réforme fiscale. Il entend porter à 45 pour cent le taux de l'impôt sur le revenu pour les ménages gagnant plus de 150 000 euros par an. Il souhaite aussi "que nul ne puisse tirer avantage de niches fiscales au-delà d'une somme de 10 000 euros de diminution d'impôts par an".

Pour donner l'exemple, il promet de réduire de 30 pour cent les salaires du président et des membres du gouvernement.

Se déclarant "viscéralement attaché à la laïcité", il entend inscrire dans la Constitution la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat.

Se présentant comme un "Européen de coeur", François Hollande a dit vouloir proposer aux partenaires européens de la France "un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance" et répété qu'il renégocierait le traité européen issu de l'accord du 9 décembre. Il a prôné une "nouvelle relation de vérité et d'égalité" avec l'Allemagne, ajoutant qu'il proposerait en janvier 2013 "un nouveau traité franco-allemand".