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19/01/2012 02:33 EST | Actualisé 20/03/2012 05:12 EDT

Le capitaine du «Costa Concordia» est vertement condamné par ses collègues

STOCKHOLM - La tradition maritime insiste qu'un capitaine devrait être le dernier à quitter un navire qui coule. Mais peut-on vraiment s'attendre à ce que le chef de bord — qui n'est, après tout, qu'un humain — mette de côté son instinct de survie pendant une telle catastrophe? Peut-on vraiment lui demander de rester sur le pont pendant que l'eau monte, jusqu'à ce que tous les autres aient été sauvés?

Aux yeux des marins qui parcourent les mers du monde, il n'y a qu'une seule réponse possible: oui.

«C'est une question d'honneur que le capitaine soit le dernier à quitter. Il n'y a rien d'autre qui soit acceptable dans cette profession», a lancé Jorgen Loren, le capitaine d'un traversier qui navigue entre la Suède et le Danemark. Il est aussi le président de l'Association des officiers maritimes de Suède.

Les marins de la planète ont exprimé un dégoût presque unanime du capitaine italier Francesco Schettino, qui est accusé de meurtre, d'avoir causé un naufrage et d'avoir abandonné son paquebot au large de la Toscane pendant que des passagers se trouvaient encore à bord. Cette seule dernière accusation pourrait lui valoir 12 ans de prison.

Jim Staples, le capitaine d'un cargo de 300 mètres près de la Nouvelle-Orléans, affirme que le capitaine a le devoir de demeurer à bord tant que tout espoir n'est pas perdu. Quand il quitte prématurément, dit-il, la situation ne fait que s'aggraver.

«Je suis vraiment gêné par ce qu'il a fait, a-t-il lancé. Il donne une mauvaise réputation à toute l'industrie, on paraît tous mal à cause de lui. C'est honteux.»

Schettino aurait dû demeurer à bord «jusqu'à ce que le dernier passager ait été retrouvé», a dit Abelardo Pacheco, un capitaine philippin qui a été retenu en otage pendant cinq mois par des pirates somaliens et qui dirige maintenant un centre de formation à Manille.

«C'est la responsabilité du capitaine. Il reçoit plusieurs privilèges qui sont accompagnés d'une responsabilité toute aussi importante», a-t-il déclaré.

L'enregistrement d'une conversation entre Schettino et la Garde côtière italienne permet de croire qu'il a quitté son navire alors que des passagers se trouvaient à bord. Il a ensuite refusé de remonter à bord, sous prétexte que le navire s'était incliné et qu'il faisait noir. Plus tard, Schettino aurait prétendu s'être retrouvé dans un canot de sauvetage après être tombé à l'eau quand le navire a subitement bougé sous ses pieds.

Il a depuis été assigné à résidence et les chances qu'on lui confie un jour un nouveau navire sont essentiellement inexistantes, a estimé Craig Allen, qui enseigne à l'Académie de la Garde côtière américaine.

«Certains paniquent, puis ils reprennent leurs esprits peu de temps après et agissent correctement, a-t-il dit. Dans ce cas-ci, il y a eu amplement de temps pour laisser passer la panique. C'est une lâcheté sans nom.»

Le devoir du capitaine de demeurer à bord lors d'un naufrage ne fait pas partie de la loi maritime internationale, mais certains pays comme l'Italie l'ont inscrit à leurs lois nationales. Quoi qu'il en soit, l'histoire maritime regorge de capitaines qui ont consenti le sacrifice ultime — le plus célèbre d'entre eux étant possiblement le capitaine du Titanic, E.J. Smith, qui a supervisé l'évacuation de son navire, en commençant par les femmes et les enfants, avant de périr avec lui.

En revanche, en 1965, le capitaine et plusieurs officiers ont été parmi les premiers à abandonner le Yarmouth Castle quand un incendie s'est déclaré à bord, coûtant éventuellement la vie à 90 personnes.

Les capitaines qui quittent prématurément leur navire affirment fréquemment qu'ils peuvent plus efficacement superviser les opérations de secours à bord d'un canot de sauvetage ou de la rive. M. Allen rejette cet argument et fait valoir que la connaissance qu'a un capitaine de son navire est sans prix lors d'un accident.

«On a besoin de quelqu'un à bord pour communiquer avec les secouristes, pour donner des ordres à ceux qui sont à bord, pour aider les passagers à quitter et pour guider les secouristes», a-t-il dit.

Le contre-amiral Richard Guernon, le président de l'Académie maritime du Massachusetts, estime que les gestes de Schettino sont «dégoûtants» et contreviennent à un code non-écrit.

«Ce n'est pas seulement un code maritime, c'est un code de leadership, a-t-il dit. Si vous êtes un leader, vous avez la responsabilité des gens à bord, ils ont mis leurs vies entre vos mains.»