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19/01/2012 04:10 EST | Actualisé 20/03/2012 05:12 EDT

Crise au PQ: Duceppe en remet et les députés péquistes sont divisés

QUÉBEC - L'ancien chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a continué jeudi à souffler le chaud et le froid quant à ses intentions de prendre la place de Pauline Marois à la tête du Parti québécois.

Pendant ce temps, les députés péquistes paraissent divisés sur la crise de leadership qui frappe leur parti une fois de plus, quelques jours avant leur conseil national, qui se tient à la fin du mois à Montréal.

Rejoint chez lui en fin de journée par La Presse Canadienne, Gilles Duceppe en a remis, répétant qu'il était confiant de voir Mme Marois prendre les meilleures décisions pour l'avenir du parti.

«C'est fait. C'est fait», a-t-il dit, lors d'un bref entretien téléphonique, ne retirant pas ses paroles équivoques, et en ajoutant qu'il n'était pas responsable des interprétations qu'on pouvait donner à ses déclarations.

Il a confirmé avoir eu la veille une conversation téléphonique avec Pauline Marois, mais n'a pas voulu en dévoiler la teneur. Des médias ont rapporté qu'elle lui aurait demandé de dire publiquement qu'il n'était pas intéressé par le poste et qu'il aurait refusé.

Pour faire taire les rumeurs sur ses ambitions, M. Duceppe affirme n'avoir monté aucune organisation chargée de mousser sa candidature.

«Personne ne travaille sur le terrain en mon nom», a-t-il affirmé, catégorique.

Mais le fait que M. Duceppe ait exprimé son intérêt à prendre la place de Pauline Marois oblige désormais les élus péquistes à se positionner, que cela leur plaise ou non, en public ou non.

Les députés peuvent se diviser en trois camps: les pro-Marois, les pragmatiques qui se disent prêts à travailler avec l'un ou l'autre et, enfin, ceux qui refusent de se prononcer publiquement.

Les députés pro-Duceppe, s'ils existent, ne fonctionnent pas à visage découvert. Tous les députés contactés jeudi ont dit n'avoir reçu aucun appel téléphonique de M. Duceppe.

Le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, farouche défenseur d'une forme d'alliance des forces souverainistes, s'est clairement prononcé en faveur du maintien de Mme Marois à la tête du PQ.

Il a dit espérer que M. Duceppe se joigne au PQ, mais sous la gouverne de la chef actuelle.

«Je pense que la meilleure façon pour M. Duceppe de contribuer à unir le camp souverainiste, c'est de venir nous rejoindre au Parti québécois, sous le leadership de Mme Marois», a-t-il dit, en point de presse.

Cependant, M. Duceppe a déjà décliné une offre de la chef de joindre les rangs du PQ comme responsable du dossier de la promotion de la souveraineté.

M. Drainville estime que «Mme Marois est très bien placée pour faire cette alliance» souhaitée des forces souverainistes, notamment avec Québec solidaire, dans certaines circonscriptions lors du prochain scrutin. Selon ce scénario, le PQ envisagerait de ne pas présenter de candidat dans certains comtés où un candidat de Québec solidaire pourrait l'emporter.

«Actuellement, le camp souverainiste est trop divisé», selon lui.

Parmi les autres députés qui ont renouvelé leur confiance envers leur chef depuis que les rumeurs sur M. Duceppe semblent se confirmer, notons les noms de: Stéphane Bédard (Chicoutimi), Sylvain Gaudreault (Jonquière), Alexandre Cloutier (Lac-Saint-Jean), Yves-François Blanchet (Drummond) et Nicole Léger (Pointe-aux-Trembles).

Dans le camp des non-alignés, on retrouve le député de Verchères, Stéphane Bergeron, qui a refusé jeudi de réaffirmer son appui à Mme Marois. Il se montre accommodant.

«Je n'ai pas de contrôle sur la décision que prendra Mme Marois par rapport à son avenir. Si elle décide de rester, je vais devoir composer avec le fait qu'elle reste. Si elle décide de partir, je vais devoir composer avec le fait qu'elle décide de partir», a-t-il commenté.

«S'il y a des changements, je m'ajusterai», a dit encore M. Bergeron, qui fait partie de ceux qui connaissent bien les deux chefs, puisqu'il a été député aux Communes et whip en chef de l'équipe Duceppe pendant quatre ans, avant de faire le saut à l'Assemblée nationale.

Il n'a pas pour autant exprimé le souhait que Gilles Duceppe devienne son nouveau chef, mais considère qu'il agit «de façon correcte» en exprimant son intérêt pour le poste de chef à ce moment-ci.

Certains députés refusent de se prononcer sur le sujet, dont: Pascal Bérubé (Matane), Mathieu Traversy (Terrebonne) et la présidente du caucus, Monique Richard (Marguerite-D'Youville).

Habituellement prompt à commenter l'actualité, surtout celle reliée au Parti québécois, l'ex-premier ministre Bernard Landry s'est refusé lui aussi à tout commentaire.

D'autres députés péquistes sont en vacances à l'étranger, comme Maka Kotto (Bourget), qui a lui aussi travaillé auprès de M. Duceppe à Ottawa, et Guillaume Tremblay (Masson), à qui on prêtait cet automne des intentions de remettre en question le leadership de Mme Marois.

Un député qui se considère un ami de longue date de M. Duceppe, Sylvain Simard (Richelieu), est en mission en Israël et dans les territoires palestiniens. Il a été impossible de le rejoindre.

Le député de Johnson, Étienne-Alexis Boucher, est placé dans une situation délicate. Son père, l'ancien député de Johnson, Claude Boucher, vient de réclamer la tête de Pauline Marois.

Mais le fils n'ira pas dans cette direction. «Je suis solidaire de ma chef qui est Mme Marois», a-t-il dit, ajoutant que son père avait droit à son opinion.

Pour la première fois depuis que le nom de M. Duceppe circule comme prétendant au trône, la chef péquiste rencontrera les médias vendredi, pour annoncer que l'environnementaliste Daniel Breton ferait partie de son équipe de candidats.

La chef péquiste devra passer deux tests importants au cours des prochains jours, un caucus de deux jours, à Joliette, les 25 et 26, suivi du conseil national les 27-28-29, à Montréal.

À cette occasion, certaines associations de comté pourraient en profiter pour remettre en question son leadership. Celle de Rosemont, par exemple, orpheline depuis le départ de Louise Beaudoin, a adopté le mardi 10 janvier une résolution en ce sens.