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18/01/2012 04:04 EST | Actualisé 19/03/2012 05:12 EDT

Une organisation dénonce les onéreux fonds de pension des députés fédéraux

OTTAWA - Charité bien ordonnée commence par soi-même: alors que le gouvernement considère sabrer dans les régimes de pension des fonctionnaires fédéraux, il devrait donner l'exemple et réduire celles de ses ministres et députés, suggère la Fédération canadienne des contribuables.

Car leurs pensions sont disproportionnellement financées par les Canadiens, a dénoncé mercredi la Fédération.

Les Canadiens contribuent 23 $ pour chaque dollar versé par un député fédéral dans son fonds de retraite, a calculé l'organisation qui surveille les dépenses du gouvernement.

«Les contribuables placent plus d'argent dans le régime de retraite des députés qu'ils ne les paient en salaire à chaque année», précise le président de la Fédération, Gregory Thomas.

Et selon lui, le coût pour les pensions des 308 députés de l'actuel Parlement — s'ils devaient tous quitter en 2015 — serait d'au moins 277 millions $.

Il a qualifié cette situation d'«abus à grande échelle» et de «honte nationale».

La Fédération demande aux députés de renoncer à leur pension dorée en faveur d'un régime plus modeste. Ils pourraient ainsi opter pour un régime à contribution d'un dollar par député pour chaque dollar investi par l'employeur.

Dans un rapport de son cru dévoilé mercredi lors d'un point de presse à Ottawa, la Fédération a calculé que les contribuables versent chaque année 248 668 $ dans le fonds de retraite de chaque député.

Pendant ce temps, les députés fédéraux n'y mettent que quelque 10 000 $ chacun, a dénoncé l'organisation qui surveille les dépenses gouvernementales.

Selon la Fédération, la version officielle du gouvernement est que les contribuables ne paient que 5,80 $ pour chaque dollar versé par un député. Mais ces chiffres camouflent le fait que le gouvernement ajoute de l'«intérêt» dans le régime de retraite à un taux garanti de 10,4 pour cent par année. Et cela, même si les fonds de pension des députés ne sont pas investis sur le marché comme la majorité des autres. Ces fonds ne sont donc pas aussi risqués que ceux qui subissent les fluctuations des marchés financiers et leur rendement est «fictif», selon M. Thomas.

Selon l'organisation, il s'agit du régime de retraite «le plus généreux au monde». Ses représentants n'étaient toutefois pas en mesure de préciser comment le fonds de pension canadien se comparait à ceux mis en place pour les parlementaires d'autres pays.

M. Thomas espère que le gouvernement conservateur donnera l'exemple.

«Le gouvernement Harper se prépare à faire des choix très difficiles: réduire les dépenses, restreindre les salaires et les pensions des employés du gouvernement et abolir les emplois gouvernementaux non nécessaires. Ils gagneraient en autorité morale en réduisant leurs propres pensions s'ils veulent réduire les dépenses en réduisant les pensions des employés du gouvernement», a-t-il déclaré.

Questionné à ce sujet mercredi, le ministre des Finances, Jim Flaherty, s'est dit en faveur de régimes de retraite «raisonnables» pour tous, y compris pour les députés. Il n'a toutefois pas précisé ce que constitue une pension «raisonnable».

«Je crois que nous devons tous être raisonnables dans toutes nos structures de rémunération, incluant les salaires, les bénéfices et les pensions, et cela inclut la fonction publique, que ce soit les politiciens ou ceux à l'emploi du gouvernement du Canada», a déclaré M. Flaherty à Gatineau, à l'occasion de l'une de ses consultations prébudgétaires.

Il a ajouté que sa propre opinion de député à ce sujet n'est pas cruciale, puisque ce sont tous les parlementaires qui doivent décider de ce qu'il advient du régime, et non pas uniquement le gouvernement.

Au Conseil du trésor, on a jugé bon de rappeler que les salaires des députés et des ministres ont été récemment gelés.

Une revue des pensions des députés est aussi en cours, comme c'est le cas de toutes les dépenses du gouvernement actuellement, a indiqué la directrice des communications du Conseil du trésor, Jennifer Gearey.

L'opposition officielle néo-démocrate croit que le moment est venu de revoir le montant et les contributions de chacun aux pensions des parlementaires.

Le député du Nouveau Parti démocratique (NPD) Joe Comartin rappelle que la dernière révision remonte à une dizaine d'années. À ce moment, les pensions d'autres professions avaient été examinées, tout comme les systèmes en vigueur dans d'autres pays.

Mais il aimerait que cette étude soit faite «sans partisanerie».

«On est prêts à regarder les recommandations d'une commission indépendante pour les pensions des députés», a expliqué M. Comartin.

Il insiste sur la formule, car il croit que les conclusions et les suggestions d'une telle commission externe auraient plus de légitimité aux yeux des Canadiens.

Le salaire de base des députés est de 157 000 $. Ils n'ont qu'à siéger six ans au Parlement pour pouvoir bénéficier de cette retraite, dès l'âge de 55 ans.

«Les enseignants, les chauffeurs d'autobus, les fermiers, les policiers et les propriétaires de PME aimeraient tous obtenir une pension à 55 ans après seulement six années de service», a souligné M. Thomas de la Fédération.

L'organisation en a profité pour saluer les ex-députés — membres du Parti réformiste — qui ont refusé leurs pensions: Preston Manning, Werner Schmidt et Lee Morrison. Le rapport leur est d'ailleurs dédié.

La Fédération canadienne des contribuables dit avoir utilisé les données provenant de deux rapports du gouvernement pour effectuer ses calculs, dont celui de l'actuaire en chef du Canada.