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18/01/2012 02:00 EST | Actualisé 19/03/2012 05:12 EDT

Le gouvernement américain rejette le projet Keystone, pour l'instant

WASHINGTON - Coincé par un délai intenable imposé par le Congrès, qui exigeait une prise de décision d'ici le 21 février, le président Barack Obama a rejeté le projet d'oléoduc Keystone XL de 7 milliards $ US soumis par TransCanada (TSX:TRP), une importante société énergétique de Calgary.

Il semblerait toutefois que le projet soit davantage retardé que mort et enterré: la décision annoncée mercredi permet en effet à la Maison-Blanche de reprendre le contrôle du processus d'approbation de la proposition controversée.

TransCanada pourrait ainsi soumettre un tracé révisé pour son gigantesque oléoduc visant à transporter du pétrole brut des sables bitumineux albertains vers des raffineries américaines en bordure du golfe du Mexique.

En présentant un trajet modifié, l'entreprise pourrait maintenant contourner un aquifère fragile au Nebraska.

Le premier ministre Stephen Harper s'est aussitôt dit «profondément déçu» de la décision de Washington.

Son porte-parole, Andrew MacDougall, a indiqué que le président Obama avait appelé le premier ministre pour lui annoncer la nouvelle, mais aussi pour lui préciser que TransCanada avait toujours le loisir de soumettre un projet modifié.

«Le président (Obama) a expliqué que la décision n'était pas basée sur les mérites du projet, et qu'elle avait été prise sans préjudices, ce qui signifie que TransCanada peut présenter une nouvelle version de son projet», a indiqué M. MacDougall.

«Le premier ministre Harper a fait part de sa déception. Il a aussi dit au président Obama qu'il espérait que ce projet aille de l'avant, compte tenu de l'important potentiel de création d'emplois et de croissance économique qu'il signifierait pour les États-Unis et le Canada.»

L'entreprise TransCanada a indiqué ne pas être surprise par la décision.

«Cette éventualité faisait partie des scénarios que nous anticipions», a déclaré le président-directeur général Russ Girling par voie de communiqué.

«Bien que nous soyons déçu, TransCanada désire toujours fortement construire Keystone XL. Nous demanderons un nouveau permis présidentiel et nous nous attendons à ce qu'une nouvelle demande soit traitée rapidement pour permettre une mise en service d'ici la fin 2014.»

Des réactions à l'opposé

L'organisme pro-environnement Greenpeace a salué la décision de l'administration américaine. Mike Rudema, responsable de la campagne Climat-Énergie, a déclaré que «la victoire [de mercredi] est celle de gens ordinaires qui ont fait entendre leur voix haut et fort devant une industrie qui accélère les changements climatiques, contamine l'eau et menace la santé de la population».

«Ces gens se sont dressés devant certaines des plus puissantes et polluantes compagnies pétrolières et ils ont remporté une importante victoire aujourd'hui», a-t-il ajouté.

«Par ce refus, l'administration Obama a fait un grand pas vers la fin de ce que le Président qualifie lui-même de 'tyrannie du pétrole'. Greenpeace est persuadée que, malgré les opérations de relations publiques du gouvernement Harper en faveur des sables bitumineux, le peuple n'est pas dupe : dire non aux pipelines de pétrole sale, c'est dire oui à un avenir énergétique durable.»

Le ministre fédéral des Ressources naturelles Joe Oliver, s'est dit «évidemment déçu» de l'annonce de mercredi concernant Keystone XL.

S'il affirme que le Canada respecte le droit des États-Unis de prendre leurs propres décisions, M. Oliver soutient que le processus n'est pas encore terminé et que le gouvernement canadien espère que ce projet «sera approuvé selon les mérites dans le futur».

«Quatre-vingt-dix-neuf pour cent de nos exportations de pétrole vont actuellement aux États-Unis. La décision prise aujourd'hui par l'administration Obama souligne l'importance de diversifier et d'étendre nos marchés, y compris vers le marché asiatique en pleine expansion, pour aider à assurer la sécurité financière des Canadiens et de leurs familles pendant les décennies à venir», a ajouté le ministre.

La première ministre de l'Alberta, Alison Redford, a elle aussi exprimé sa déception, mais elle s'est dite confiante que TransCanada aura plus de succès avec un nouveau tracé.

S'exprimant à partir d'Edmonton, Mme Redford a révélé avoir parlé à TransCanada d'une aide que la province pourrait apporter pour une nouvelle proposition de tracé.

«L'une des choses dont nous avons parlé est l'utilité, dans ces circonstances, de mettre au point un plan auquel nous pouvons tous deux contribuer», a-t-elle dit.

La première ministre envisage de retourner à Washington pour discuter de l'oléoduc. Selon elle, la décision ne signifie pas que l'Alberta se concentrera davantage sur le marché américain ou un autre marché pour son pétrole issu des sables bitumineux.

Au sud de la frontière canadienne, les candidats à l'investiture républicaine Mitt Romney et Newt Gingrich ont profité de l'opportunité politique pour condamner la décision du département d'État.

«La décision du président Obama de rejeter l'oléoduc Keystone XL est aussi choquante que révélatrice», a lâché Mitt Romney dans un communiqué.

M. Gingrich, quant à lui, a qualifié l'annonce de «incroyablement stupide», et a ajouté que cette décision forcerait le Canada à établir des partenariats énergétiques avec la Chine.

L'autorisation du département d'État est requise parce que l'oléoduc traverse la frontière entre les deux pays, et TransCanada s'attendait tout d'abord à obtenir le feu vert avant la fin de 2011. Le département d'État a toutefois annoncé en novembre qu'une décision ne serait annoncée qu'après la présidentielle de novembre, en raison de la levée de boucliers suscitée par le projet.

En début d'après-midi mercredi, le titre de TransCanada perdait 99 cents, à 41,37 $, sur le parquet de la Bourse de Toronto.