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17/01/2012 08:35 EST | Actualisé 18/03/2012 05:12 EDT

Thomas Mulcair rétorque à Stephen Harper à propos de sa double citoyenneté

OTTAWA - Thomas Mulcair affirme que le dédain apparent de Stephen Harper envers les Canadiens possédant une double nationalité a révélé l'approche bornée, étroite d'esprit et hypocrite du premier ministre en politique.

Le candidat à la chefferie du Nouveau Parti démocratique (NPD) dit se mettre en mode attaque après que M. Harper eut semblé remettre en question la loyauté de M. Mulcair envers le Canada.

Dans une entrevue avec La Presse Canadienne, M. Mulcair dit être fier d'être à la fois Canadien et Français.

M. Harper s'était intéressé à l'affaire plus tôt mardi lors d'une conférence de presse à Québec.

«Pour être bien clair, ce genre d'affaires est déjà survenue par le passé, et il en revient certainement à M. Mulcair d'exercer son jugement en la matière», a dit M. Harper.

«Dans mon cas, je le dis, je suis très clair. Je suis Canadien, et seulement Canadien.»

M. Mulcair soutient que le premier ministre semble suggérer que les centaines de milliers de Canadiens possédant la double citoyenneté sont en quelque sorte des citoyens de deuxième classe ou manquent de loyauté envers leur pays.

«Nous célébrons notre diversité, nous avons un ministre responsable du multiculturalisme. Mais lorsque vous lui laissez l'ombre d'une ouverture, le vrai Stephen Harper apparaît en suggérant 'Je suis plus Canadien que vous parce que ma famille n'a pas de racines dans divers pays'», a déclaré M. Mulcair.

«Cela démontre une pensée profondément bornée et étroite d'esprit.

Selon M. Mulcair, cette attitude n'est rien d'autre qu'une mascarade, compte tenu de la campagne intensive des conservateurs afin de gagner l'appui des communautés ethniques.

«Je crois que de nombreuses communautés culturelles qui ont été ardemment courtisées par les conservateurs au cours des six dernières années seront surprises d'apprendre que le premier ministre croit que vous êtes davantage Canadiens si vous famille n'a pas une origine double.»

La femme du politicien, Catherine, est née en France et possède la double nationalité, tout comme leurs deux enfants. En tant qu'époux d'une citoyenne française, M. Mulcair, qui est né à Ottawa, avait le droit de demander lui aussi la nationalité française.

M. Mulcair dit avoir fait ce choix il y a 20 ans après un incident troublant à l'aéroport de Madrid, où il a été séparé de sa famille pendant 30 minutes parce qu'il voyageait avec un passeport canadien alors que sa femme et ses enfants avaient tous des passeports canadiens et français.

La question de la double nationalité a créé une controverse par le passé avec l'ancien chef libéral Stéphane Dion et Michaelle Jean, qui a dû abandonner sa citoyenneté française pour devenir gouverneure générale.

Jack Layton, le défunt chef du NPD que M. Mulcair veut remplacer, avait mis son grain de sel à la controverse entourant la double citoyenneté de M. Dion, en 2006. M. Layton avait alors déclaré qu'un chef de parti ne «devrait posséder que la citoyenneté canadienne» et qu'il était «mieux de demeurer le citoyen d'un seul pays».

Bob Rae, le chef libéral intérimaire du Parti libéral du Canada, soutient que M. Mulcair a tout à fait le droit de tenter de se faire élire chef du NPD et de conserver sa double citoyenneté, mais a noté l'ironie de la situation compte tenu de l'attaque de M. Layton contre Stéphane Dion.

«Je suis sûr que les milliers de personnes possédant la double nationalité se rappelleront des conservateurs et des néodémocrates pour leur position voulant qu'ils sont d'une certaine façon moins canadiens», a-t-il déclaré par courriel.

En ce qui concerne les libéraux, M. Rae tient à spécifier qu'il «n'existe pas de Canadiens de deuxième classe. Point final.» Il a également demandé à M. Mulcair d'admettre que M. Layton avait tort à propos de Stéphane Dion.

M. Mulcair a en effet soulevé la question auprès de son ancien chef avant d'accepter de devenir son lieutenant québécois en 2007.

«Jack et moi avons parlé de ce sujet et il m'a dit... il a dit 'Ce n'est pas la réponse que j'aurais dû donner'.»