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17/01/2012 05:24 EST | Actualisé 18/03/2012 05:12 EDT

L'honneur est très important pour Mohammad Shafia, affirme son demi-frère

KINGSTON, Ont. - L'honneur est très important au coeur de Mohammad Shafia, mais il n'aurait jamais pu tuer ses trois filles et l'une de ses femmes, a affirmé son demi-frère mardi, au tribunal.

Mohammad Anwar Yaqubi a perdu ses moyens à quelques reprises au cours de son témoignage, clamant haut et fort que les accusés étaient certainement innocents. Il a ajouté que ce sont les policiers et les procureurs de la Couronne qui devraient être derrière les barreaux pour ce qu'ils font subir à Mohammad Shafia et sa famille.

M. Yaqubi, médecin de profession, a tenté d'expliquer les accès de colère de son demi-frère. Il a notamment affirmé que Shafia avait qualifié ses filles mortes de «putains» parce qu'il était en deuil et sous le choc.

L'écoute électronique réalisée par les policiers plaide même en faveur de Mohammad Shafia, a avancé Mohammad Anwar Yaqubi, puisqu'il n'y admet jamais explicitement avoir commis le crime.

«Si vous les écoutez adéquatement et que vous les analysez réellement, vous arriverez à la conclusion qu'il ne devrait pas être ici», a dit M. Yaqubi de son demi-frère. «Je crois que (les trois accusés) devraient être libérés, et que les responsables de l'enquête et des interrogatoires n'ont pas fait leur travail correctement. C'est eux qui devraient être ici.»

Mohammad Shafia, âgé de 58 ans, sa deuxième femme Tooba Yahya, âgée de 42 ans, et leur fils Hamed, âgé de 21 ans, ont tous trois plaidé non coupable à quatre accusations de meurtre prémédité. lls sont accusés d'avoir assassiné les soeurs Zainab, âgée de 19 ans, Sahar, âgée de 17 ans, et Geeti, âgée de 13 ans, dans le but de «restaurer» l'honneur de la famille. Ils sont aussi accusés du meurtre de la première épouse du bigame Shafia, Rona Amir Mohammad, âgée de 52 ans.

La Couronne prétend que les quatre victimes, qui avaient exprimé à un moment ou l'autre le désir de quitter le domicile familial, ont été tuées pour protéger l'honneur de la famille Shafia. Le chef du clan aurait été particulièrement fâché en apprenant que ses filles fréquentaient des garçons, selon la Couronne.

Les quatre corps ont été découverts le 30 juin 2009 à bord d'une voiture submergée dans une écluse du canal Rideau à Kingston, en Ontario. Les Shafia rentraient alors à Saint-Léonard, après un voyage à Niagara Falls.

Le concept d'honneur est «subjectif»

L'honneur était primordial pour Mohammad Shafia, a admis M. Yaqubi en contre-interrogatoire mardi. «Comme je le connais, la sauvegarde de l'honneur était très importante pour lui. Mais nous devons être prudent, car le concept d'honneur est subjectif», a-t-il affirmé en dari, via un interprète.

Les expressions utilisées par Shafia et enregistrées par les policiers à son insu sont courantes chez les hommes afghans lorsqu'ils sont particulièrement fâchés, a affirmé son demi-frère.

«Que le diable défèque sur leur tombe», avait clamé l'accusé quelques semaines après la mort de ses filles et de sa première épouse.

«Dans la culture afghane, pour corriger (un membre de la famille), vous devez parfois utiliser des mots terribles, pour que ces personnes connaissent leurs limites», a expliqué M. Yaqubi.

La Couronne a ensuite soutenu que Mohammad Anwar Yaqubi ne connaissait pas bien Mohammad Shafia, puisque leurs contacts se limitent depuis 1994 à des appels téléphoniques sporadiques, souvent lors de fêtes importantes.

Le juge Robert Maranger a donné congé aux jurés pour la journée à la fin de l'avant-midi, mardi, leur demandant d'être de retour le lendemain à 9 h pour l'interrogatoire du dernier témoin.

Le procès, qui a attiré chaque jour un auditoire important, a débuté le 20 octobre dernier au palais de justice de Kingston. Depuis, le jury a entendu 57 témoins et vu 160 pièces à conviction. Le juge Maranger a déjà prévenu les jurés que l'affaire devrait être terminée d'ici la fin janvier.