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17/01/2012 06:33 EST | Actualisé 18/03/2012 05:12 EDT

La Banque du Canada prévient que les coûts de l'emprunt resteront faibles

OTTAWA - La Banque du Canada a gardé mardi son taux d'intérêt directeur son niveau près de son creux historique — ce qu'elle devrait vraisemblablement faire pour encore un an —, même si elle a admis que cette aubaine du coût de l'emprunt aurait pour conséquence d'augmenter le niveau d'endettement de certains ménages.

Tel que prévu, le taux directeur de la banque centrale est resté à un pour cent, même si cela favorisera ce qu'elle dénonce depuis plusieurs années: les hauts niveaux de dépenses des consommateurs, l'accumulation de dettes et de forts prix dans le secteur de l'immobilier.

Mais compte tenu des perspectives lugubres des conditions économiques, la banque semble estimer qu'elle n'a pas le choix.

Dans le communiqué accompagnant son annonce de mardi, la banque centrale a averti que l'économie mondiale s'était «détériorée» depuis ses dernières prévisions émises en octobre et que les risques émanant de la crise des dettes en Europe s'étaient intensifiés.

Au Canada, la faiblesse mondiale va restreindre les exportations et les investissements des entreprises.

«Bien que l’économie (canadienne) ait fait montre au second semestre de 2011 d’un plus grand dynamisme que prévu, le taux de croissance projeté pour la période à venir est plus modeste qu’envisagé précédemment, en raison surtout de la conjoncture extérieure», a expliqué le conseil de direction de la banque, dirigé par le gouverneur Mark Carney.

Des économistes ont estimé que le ton du rapport de mardi signifiait probablement que les taux d'intérêt ne bougeraient pas d'ici 2013, et la Banque CIBC ne s'attend pas à les voir grimper avant 2014.

«La Banque du Canada est confrontée à un choix impossible», a noté le vice-président des études économiques de la Banque Scotia, Derek Holt.

«Ils ne peuvent pas modifier la politique monétaire pour régler un problème précis, soit le prix élevé des maisons, et en même temps, M. Carney doit tenir compter du plus grand portrait macroéconomique, qui comprend l'ensemble des risques mondiaux. Je crois qu'il fait le bon choix en s'enlignant sur les risques mondiaux.»

Des effets sur l'endettement

L'économiste David Madani, du groupe de recherche Capital Economics, ne voit rien dans la déclaration de la banque centrale qui lui permette de douter de sa prévision voulant que la banque diminue son taux de moitié, à 0,5 pour cent, au cours du printemps.

Depuis plusieurs années déjà, Mark Carney lance des avertissements au sujet du niveau d'endettement des Canadiens, notamment en faisant valoir que les taux d'intérêt et les frais de service de dettes n'auront d'autre choix que de commencer à grimper éventuellement.

Mais les Canadiens ne semblent pas en avoir tenu compte. La dette des ménages par rapport à leur revenu annuel disponible est déjà à un sommet historique le M. Carney s'attend maintenant à ce qu'elle grimpe davantage.

Le gouverneur de la Banque du Canada a aussi indiqué que les prix des maisons resteraient vraisemblabment élevés, en partie parce que les faibles taux hypothécaires rendent les maisons plus abordables aux yeux de plusieurs Canadiens.

«On s’attend à ce que les conditions financières très avantageuses soutiennent les dépenses de consommation et l’activité dans le secteur du logement, a précisé le conseil de direction de la banque dans son communiqué. Les dépenses des ménages devraient rester élevées par rapport au produit intérieur brut, et le ratio de la dette au revenu des ménages, augmenter davantage.»

Ottawa prêt à intervenir

Dans ce contexte, Ottawa se dit prêt à intervenir pour freiner l'activité d'achat de maison, au besoin, a indiqué mardi de son côté le ministre des Finances, Jim Flaherty.

Le ministre s'exprimait ainsi après l'annonce de la Banque du Canada. Il ne croit pas que le marché immobilier canadien soit en proie à une bulle — à l'exception du marché des condominiums à Vancouver et à Toronto —, mais il surveille la situation.

«Nous observons avec attention le marché de l'habitation et nous sommes prêts à intervenir si nécessaire. Cela étant dit, nous n'avons pas l'intention d'intervenir pour l'instant», a indiqué le ministre aux journalistes.

Ottawa a resserré les conditions des prêts hypothécaires à trois reprises au cours des quatre dernières années. À chaque fois, l'activité du marché immobilier a ralenti temporairement, pour ensuite renouer avec son rythme précédent.

Croissance de 2 % en 2012

La Banque du Canada s'attend maintenant à ce que l'économie progresse de deux pour cent en 2012, soit davantage que ce qu'elle avait précédemment prévu, même si le rythme de croissance est plus lent. Ceci s'explique par la croissance plus vigoureuse que prévu au deuxième semestre de 2011, ce qui permet à l'économie de mieux entamer la nouvelle année.

Ce point de départ plus élevé signifie aussi que l'écart de production — une mesure du moment où l'économie tournera à plein régime — se refermera trois mois plus tôt que prévu, à l'automne 2013, a indiqué la banque.

Lorsque toutes les données seront connues, la banque centrale s'attend à ce que l'économie ait crû en moyenne de 2,4 pour cent, soit trois dixièmes de plus que d'abord prévu. La croissance devrait en outre atteindre 2,8 pour cent en 2013, calcule la banque.

Mais la banque centrale est clairement préoccupée par les risques externes, particulièrement ceux en provenance d'Europe.

«La Banque s’attend maintenant à ce que la récession en Europe soit plus profonde et dure plus longtemps qu’elle ne l’avait anticipé en octobre», a indiqué la banque.

«La Banque suppose encore que les autorités européennes mettront en œuvre les mesures suffisantes pour contenir la crise, bien que cette hypothèse soit nettement entachée de risques à la baisse.»

Ailleurs, la banque reconnaît que la croissance est meilleure que prévu aux États-Unis et que celle de la Chine ralenti à des niveaux plus soutenables.