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17/01/2012 05:33 EST | Actualisé 18/03/2012 05:12 EDT

Égypte: le procès de Moubarak déchaîne les passions un an après la révolution

LE CAIRE, Égypte - L'ancien président de l'Égypte Hosni Moubarak est transporté chaque jour en hélicoptère depuis sa luxueuse chambre d'hôpital jusqu'au tribunal où se déroule son procès. Ses fils et ses coaccusés se pavanent dans des survêtements griffés et sans menottes. Son chef de la sécurité est presque traité avec déférence par les policiers dans la salle d'audience.

Pour les militants égyptiens, ces scènes ne font que confirmer l'impression que le régime du président déchu est encore bien vivant près d'un an après le soulèvement populaire de 18 jours qui l'a renversé.

Lorsque le procès de Moubarak a commencé le 3 août dernier, beaucoup d'Égyptiens espéraient que cela permettrait non seulement de punir l'ex-dictateur, mais aussi d'apporter un sentiment de victoire aux contestataires qui souhaitent faire table rase et relancer le pays sur de nouvelles bases.

La procédure judiciaire a plutôt donné lieu à un bras de fer entre les partisans et les détracteurs de la «révolution», reflet des tensions qui déchirent le pays.

Cette opposition s'est clairement fait sentir en cour mardi alors que la défense a entamé la présentation de ses arguments. Le principal avocat d'Hosni Moubarak, Farid el-Deeb, a choisi d'y aller pour un maximum d'effets de toge en décrivant son client âgé de 83 ans comme une victime injustement traitée après avoir tenté d'améliorer l'Égypte durant ses 29 ans au pouvoir.

Une explosion de colère s'est produite dans le tribunal lorsque Me el-Deeb a déclaré que, en fait, l'ancien dirigeant soutenait la révolution. L'avocat a cité un extrait d'une lettre écrite par Moubarak à son vieil ami Ahmed Shafiq, qui était premier ministre au moment du soulèvement, dans laquelle il écrit que les protestataires exerçaient leur droit de manifester pacifiquement mais qu'il y avait parmi eux des criminels et des islamistes qui détruisaient les biens publics et remettaient en question la légitimité du régime.

«Mensonges, mensonges!» et «La peine de mort pour Moubarak!» ont crié les avocats représentant les manifestants tués par les forces de l'ordre durant la révolution. Ils se sont précipités vers Farid el-Deeb et ont presque réussi à mettre la main sur lui avant que les policiers présents dans la salle ne les arrêtent.

Pendant ce temps, à l'extérieur du tribunal, quelque 300 fidèles de Moubarak scandaient des slogans en faveur de l'ex-président. Ils ont failli se battre avec une centaine de proches des victimes, mais la brigade antiémeute est intervenue afin de séparer les deux camps.

Moubarak, son ancien chef de la sécurité, Habib el-Adly, et quatre hauts dirigeants des forces de l'ordre sont accusés de complicité dans le massacre de centaines de contestataires. Ils pourraient être condamnés à mort s'ils étaient reconnus coupables.

L'ex-dirigeant égyptien et ses deux fils, Alaa et Gamal, sont également accusés de corruption, un crime qui pourrait leur valoir une peine d'emprisonnement.