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17/01/2012 08:27 EST | Actualisé 18/03/2012 05:12 EDT

«Costa Concordia»: Le capitaine Francesco Schettino assigné à résidence

ROME - Un officier de la garde côtière italienne a ordonné au capitaine du «Costa Concordia», dont le naufrage le 13 janvier près de l'île italienne de Giglio a fait au moins 11 morts, de retourner sur le navire afin de superviser l'évacuation, selon un enregistrement sonore rendu public mardi.

Emprisonné depuis l'accident, Francesco Schettino a comparu mardi devant un tribunal de Grosseto où il a été interrogé pendant trois heures. Le juge a ordonné qu'il soit assigné à résidence, a déclaré son avocat, Bruno Leporatti, après l'audience.

Les médias italiens ont plus tard annoncé que le capitaine de 52 ans était retourné chez lui près de Naples.

La justice italienne devrait déposer des accusations criminelles contre le commandant du «Costa Concordia» au cours des prochains jours. Il pourrait être accusé d'avoir involontairement causé la mort de plusieurs personnes, d'avoir provoqué le naufrage en déviant délibérément de sa route pour s'approcher trop près des côtes et d'avoir abandonné son poste, un délit passible à lui seul de 12 ans de prison.

M. Leporatti a raconté que son client avait donné sa version des faits à la cour, soutenant qu'après avoir heurté les récifs, il avait manoeuvré de manière à rapprocher le navire le plus possible du rivage. Un geste qui, selon lui, avait permis de sauver des centaines voire des milliers de vies.

L'avocat a précisé que les autorités avaient prélevé des échantillons d'urine et de cheveux du capitaine, apparemment pour déterminer s'il avait consommé de l'alcool ou de la drogue avant l'accident.

Bronzé et d'allure jeune, Francesco Schettino travaille pour l'exploitant du paquebot, Costa Crociere, depuis 11 ans et a été fait capitaine en 2006. Il est originaire de Meta di Sorrento dans la région napolitaine, terre natale de plusieurs capitaines italiens. Il a fait ses études à l'école de marine marchande Nino Bixio près de Sorrento.

Par ailleurs, le bilan provisoire de la tragédie a presque doublé mardi avec la découverte de cinq nouveaux corps. Les dépouilles de quatre hommes et d'une femme âgés dans la cinquantaine ou la soixantaine ont été localisées dans la partie arrière du paquebot, près d'un point de rassemblement pour l'évacuation, a précisé un porte-parole de la garde côtière, Filippo Marini.

Les victimes, dont la nationalité n'a pas été divulguée, portaient encore leur gilet de sauvetage orange, signe qu'elles comptaient parmi les passagers et non l'équipage.

Avant cette découverte, 29 disparus étaient officiellement recensés, soit 25 passagers et quatre membres de l'équipage. Les autorités italiennes ont indiqué qu'il s'agissait de 14 Allemands, six Italiens, quatre Français, deux Américains, un Hongrois, un Indien et un Péruvien. Le gigantesque paquebot de croisière, avec quelque 4230 personnes à bord, a heurté un récif près de l'île toscane de Giglio, vendredi soir, avant de chavirer, basculant sur le côté.

Les plongeurs ont utilisé de petites charges explosives pour percer quatre ouvertures dans la coque du «Costa Concordia» et permettre aux sauveteurs d'entrer plus facilement dans l'épave, selon un porte-parole de la Marine, Alessandro Busonero, qui a expliqué que les secours livraient une course contre la montre.

D'après M. Marini, les autorités gardent encore espoir que des rescapés se soient mis en lieu sûr quelque part dans le bateau en attendant qu'on vienne à leur rescousse.

Francesco Schettino assure qu'il a été le dernier à quitter le navire, ce que contredisent les témoignages de passagers et de la garde côtière. L'enregistrement sonore d'un échange téléphonique entre le commandant et un officier de la garde côtière, le capitaine Gregorio de Falco, est également accablant pour le maître du «Costa Concordia».

La retranscription de cette conversation, diffusée par divers organes de presse italiens et dont l'authenticité a été confirmée à l'Associated Press par la garde côtière, montre que le commandant, qui avait quitté le bateau en pleine évacuation, avait refusé de remonter à bord malgré les ordres répétés du capitaine De Falco.

«Schettino? Ecoutez Schettino. Il y a des gens piégés à bord. Maintenant, vous allez avec votre canot sous la poupe (avant) du côté tribord (droite). Il y a une échelle, vous la prenez et vous montez à bord. Vous montez et vous me dites combien il y a de gens. C'est clair? J'enregistre cette conversation, commandant Schettino», lance le capitaine De Falco.

«Le bateau est en train de basculer. Commandant, s'il vous plaît...», plaide Francesco Schettino. Il se trouvait alors dans un canot de sauvetage, affirmant qu'il coordonnait de là les opérations de secours. «Vous remontez à bord. C'est un ordre!», crie l'officier de la garde côtière. «Pas de nouvelles excuses. Vous avez déclaré un 'abandon de navire' et c'est moi désormais qui commande», tranche-t-il.

Mais le commandant Schettino continue de refuser, ajoutant qu'il fait noir et qu'on n'y voit rien. «Et alors? Vous voulez rentrez chez vous, Schettino?», explose le capitaine De Falco. «Allez à la proue du bateau en utilisant l'échelle de pilote et dites-moi ce qui peut être fait, le nombre de personnes présentes et quels sont leurs besoins. Tout de suite!», poursuit-il.

«OK, commandant», finit par lâcher Francesco Schettino. Mais il n'a jamais regagné le «Costa Concordia», selon les membres de la garde côtière qui l'ont fait arrêter à terre.

Outre le bilan humain du naufrage, le paquebot représente une menace pour l'environnement. Les réservoirs du navire, qui effectuait une croisière en Méditerranée, contiennent près de deux millions de litres de gazole, de quoi provoquer une catastrophe écologique en cas de fuite.

D'après l'entreprise néerlandaise Smit, spécialisée dans le secours maritime, les réservoirs apparaissent intacts. Le pompage du gazole pourrait prendre de deux à quatre semaines, a précisé mardi à la presse le directeur des opérations, Kees van Essen.

Smit a indiqué que toute décision concernant le sort du navire, à savoir s'il devait être sauvé ou détruit, revenait à son exploitant, l'entreprise italienne Costa Crociere, et à ses assureurs.

La compagnie américaine Carnival Corp., à qui appartient Costa Crociere, a estimé qu'elle perdrait entre 85 et 95 millions $ si le «Costa Concordia» ne pouvait reprendre ses activités en 2012.