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16/01/2012 07:27 EST | Actualisé 17/03/2012 05:12 EDT

Longuet compare Hollande au capitaine du "Costa Concordia"

PARIS - Trois jours après l'accident du "Costa Concordia", qui a fait six morts dont deux Français, le ministre français de la Défense Gérard Longuet a estimé lundi que François Hollande naviguait trop près des récifs, avant d'assurer quelques minutes plus tard qu'il n'avait pas comparé le candidat socialiste au capitaine du navire échoué près des côtes italiennes.

Insensible à ce rétropédalage, l'équipe de campagne de François Hollande a exigé des excuses formelles pour cette comparaison "abjecte".

Invité lundi matin de LCI, trois jours après la perte du triple A de la France, dégradée par l'agence Standard & Poor's, Gérard Longuet a accusé le candidat socialiste à la présidentielle de manquer de prudence vis-à-vis des déficits. "Il y a des capitaines qui frôlent trop les côtes et qui conduisent leur bateau sur les récifs", a-t-il observé. "Je trouve que François Hollande côtoie et tutoie les déficits publics avec beaucoup de complaisance", a confié le ministre de la Défense, avant d'ajouter: "c'est une leçon à méditer, il a encore le temps de l'éviter".

Quelques minutes plus tard, sur France-Inter, Gérard Longuet a affirmé qu'il n'avait "pas comparé" le candidat socialiste au capitaine du "Costa Concordia". "C'est un procès d'intention. Je dis simplement qu'il faut être extraordinairement prudent".

"La formule n'était peut-être pas la meilleure", a admis le ministre de la Défense, car "il y a la gravité de l'accident". Gérard Longuet n'a pu cependant renoncer totalement à la métaphore pour décrire François Hollande. "Il côtoie les déficits", a accusé le ministre lors de son interview radio. "Annoncer tranquillement que 60.000 emplois supplémentaires dans l'enseignement (...) ça peut se faire par redéploiement, c'est une plaisanterie".

L'ex-Premier ministre socialiste Laurent Fabius a jugé "totalement déplacée" la comparaison employée par Gérard Longuet. Lors d'une conférence de presse au siège de campagne de François Hollande, il a cité Friedrich von Schiller qui, selon lui, a dit: "Contre la bêtise, même les Dieux ne peuvent rien".

Les porte-parole de François Hollande n'ont pas manqué de réagir. "Gérard Longuet a dépassé ce matin les frontières de l'admissible, en bafouant la décence la plus élémentaire due aux victimes du naufrage du 'Concordia' et à leurs familles endeuillées", écrit Najat Vallaud-Belkacem dans un communiqué. Elle dénonce cette "ignominie à l'encontre d'un adversaire politique".

"Non seulement Gérard Longuet doit retirer ses propos sans délai et présenter ses excuses les plus formelles, mais un sévère rappel à l'ordre du chef du gouvernement - comme des instances de son parti - s'impose", exige-t-elle de François Fillon et de l'UMP.

"La polémique politique n'autorise pas toutes les bassesses", sermonne aussi Bernard Cazeneuve, un autre porte-parole, dans un autre communiqué. Il reproche aux responsables de l'UMP de multiplier les "injures à l'égard de ceux qui osent dénoncer l'échec de leur politique".

"La droite est dans la stratégie de la confusion par la haine!" déplore-t-il. "Avec François Hollande, nous aspirons à tourner la page du sarkozysme qui semble désormais se réduire à un populisme agressif, face à la gravité de la crise et à la triste réalité d'un bilan".

Ce n'est pas la première exagération de ce type. La semaine dernière, la ministre de l'Apprentissage Nadine Morano avait estimé que François Hollande était "dangereux" de par ses propositions. Le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer avait ensuite considéré qu'une victoire de la gauche aurait des conséquences comparables à celles d'une "guerre".

Au point que jeudi, la Première secrétaire du PS Martine Aubry avait demandé au président Nicolas Sarkozy de tenir ses troupes. "Si on pouvait arriver à monter le niveau de ce débat, la République et la France y gagneraient", lui avait-elle dit.

Le chef de l'Etat avait alors désavoué Bernard Accoyer. Mais il avait surtout invité la dirigeante du PS à appeler son candidat à la même retenue: "Faites partager (votre avis, NDLR) à François Hollande quand il parle de moi". François Hollande avait employé l'expression "sale mec" alors qu'il parodiait Nicolas Sarkozy devant des journalistes. AP

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