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15/01/2012 03:05 EST | Actualisé 16/03/2012 05:12 EDT

La question du français est de retour à l'avant-scène, selon l'OQLF

MONTRÉAL - Des cadres unilingues anglophones à la Banque nationale et à la Caisse de dépôt et placement du Québec, un entraîneur unilingue anglophone derrière le banc du Canadien de Montréal: le dossier du français est revenu à l'avant-scène au Québec, croit l'Office québécois de la langue française (OQLF).

Alors que doit débuter ce lundi la deuxième vague de publicités de sa campagne de sensibilisation sur l'affichage commercial, qui se terminera le 13 février, la présidente-directrice générale de l'OQLF, Louise Marchand, estime que le nombre de plaintes déposées d'ici la fin de l'année se terminant le 31 mars 2012, devrait dépasser les 3661 déposées en 2010-2011.

En entrevue à La Presse Canadienne, elle a expliqué que les Québécois semblent maintenant plus sensibles en ce qui a trait au respect de la Charte de la langue française.

«La population remarque plus facilement les dérogations à la loi lorsque des dossiers linguistiques font la manchette dans l'actualité», fait remarquer Mme Marchand.

Selon elle, une hausse du nombre de plaintes a été observée concernant l'affichage commercial qui représentait 26 pour cent des plaintes formulées à l'Office en 2010-2011.

Mme Marchand défend également l'approche de l'Office concernant l'affichage commercial des entreprises qui prône la sensibilisation plutôt que la coercition.

«Nous prenons le pari de convaincre les entreprises», rappelle la pdg de l'Office. «Il est clair que cette approche a ses limites et qu'il faudra envisager d'autres moyens si nous ne sommes pas en mesure d'atteindre notre objectif.»

Elle rappelle du même coup que l'OQLF n'hésitera pas à recourir aux tribunaux si des entreprises refusent de respecter la loi concernant l'affichage des marques de commerce utilisées comme noms d'entreprise.

«Nous sommes obligés de passer par le directeur des poursuites criminelles et pénales dans seulement deux pour cent des dossiers de plaintes, ce que nous n'hésitons pas à faire», dit Mme Marchand. «Mais le processus judicaire ne représente pas toujours la solution idéale pour faire avancer la francisation.»

Encore sceptique

Satisfait de constater une augmentation du nombre de plaintes, le président du Mouvement Québec français (MQF), Mario Beaulieu, croit cependant que l'Office devrait cesser de sensibiliser et plutôt faire respecter la Charte de la langue française.

«Il ne serait pas plus simple de tout simplement appliquer la Charte, et imposer les sanctions nécessaires aux entreprises et organismes qui contreviennent à la loi?», se questionne-t-il.

La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, ne partage pas ce point de vue, notamment en raison des ressources à la disposition de l'Office.

«Nous avons augmenté les budgets et avons eu l'autorisation pour combler 26 postes à l'OQLF», explique-t-elle. «Ces décisions devraient lui permettre d'effectuer les suivis nécessaires et de prévenir les contrevenants avant d'émettre des constats d'infraction.

Une responsabilité commune

La question linguistique ayant fréquemment défrayé la manchette récemment, la pdg de l'OQLF a tenu à faire appel à la vigilance de la population en général dans ce dossier.

«Ce n'est pas un combat qui peut être mené uniquement par l'Office ou les mouvements de défense du français, mais par l'ensemble des individus», croit Mme Marchand.

Elle déplore que dans plusieurs cas, beaucoup de francophones n'exigent pas d'être servis dans la langue de Molière lorsqu'ils sont accueillis en anglais dans certains commerces.

Mario Beaulieu, lui, remarque que plusieurs semblent «se réveiller» en ce qui a trait à la place du français, mais rappelle que plusieurs études publiées au cours des dernières années ont suggéré un recul de la langue au Québec, notamment à Montréal.

«Les gens doivent exiger de se faire servir en français avant de faire des achats», estime le président du MQF. «Si la population utilise l'argument économique, on devrait voir plus de résultats.»