Yves Mailloux

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Démystifier les vins biodynamiques

Publication: 17/08/2012 09:39

J'ai eu le plaisir de m'entretenir le 29 février dernier durant une vingtaine de minutes, lors de son passage à Montréal, avec M. Nicolas Joly, propriétaire du réputé domaine la Coulée de Serrant (Val de Loire) et co-fondateur en 2001 de la Renaissance des Appellations, un regroupement qui compte maintenant environ 175 membres de plusieurs pays, vignerons pour la plupart et pratiquant la culture en biodynamie. Les personnes désirant devenir membre de ce regroupement doivent être au préalable être unaniment acceptées par un Comité de Direction sur lequel siège M. Joly. Les membres s'engagent à respecter par la suite les bases incontournables mentionnées dans la Charte de Qualité du regroupement.

Introduction

Pour fins de vulgarisation, mentionnons tout d'abord que la biodynamie a vu le jour au début du XXième siècle alors que le philosophe autrichien Rudolf Steiner en a établi les principes de base. Si les viticulteurs qui pratiquent la culture agrobiologique réduisent de beaucoup la quantité de produits chimiques de synthèse par rapport à l'agriculture conventionnelle, les biodynamistes vont encore plus loin.

Considérant le domaine agricole comme un organisme vivant, les biodynamistes travaillent sur la prévention en privilégiant les défenses internes de la plante plutôt que les traitements externes. Leur approche vise la dynamisation, la valorisation ainsi que la pérennisation des sols à l'aide entre autres de préparations faites à base de matières végétales, animales et minérales. De plus, tout au cours de l'année, les différentes opérations des vignerons biodynamistes sont influencées par les rythmes lunaires, planétaires et zodiacaux. Les lecteurs désirant se familiariser davantage sur l'agriculture biodynamique pourront en apprendre davantage (ici).

Entrevue

2012-08-02-MoietNicolasJoly.jpegSur la photo ci-contre se trouve à droite M. Nicolas Joly, co-fondateur du mouvement biodynamiste "Renaissance des Appellations" ainsi que moi-même à gauche.

Y. M. : À quoi servent les différentes préparations (ex: bouse de vache insérée dans une corne de vache que l'on enterre) utilisées en biodynamie?

N. J. : Chaque préparation a été conçue pour des fins spécifiques; certaines servent à développer le système immunitaire naturel de la vigne, d'autres à favoriser la culture microbienne de l'humus dans le sol. On peut considérer ces préparations comme des récepteurs-émetteurs d'énergie servant à dynamiser les sols et la vigne et ce, sans aucune pollution, car tous les ingrédients sont naturels. Le but est de produire des raisins les plus sains possible tout en respectant l'équilibre naturel de la faune et de la flore.

Y. M. : Vous avez parlé d'énergie, que voulez-vous dire exactement?

N. J. : On peut considérer la vigne comme une sorte d'usine à produire du raisin; toute usine requiert de l'énergie pour assurer sa production. Or, il y a dans l'Univers une quantité inépuisable d'énergie, propre et gratuite; il suffit de savoir comment se l'approprier et l'utiliser.

Y. M. : Et comment la vigne capte-t-elle cette énergie invisible?

N. J. : De différentes manières; par ses feuilles, la vigne réagit au climat, à l'air, la chaleur, la luminosité, le soleil, la pluie, etc. Les feuilles doivent donc être exemptes de produits chimiques qui pertubent la photosynthèse et l'ensemble du développement de la vigne. Par ses racines profondes également, lesquelles vont nourrir la vigne en puisant dans la vitalité du sol. Ainsi, les raisins d'une vigne cultivée naturellement portent en eux les gènes du terroir dont elle est issue. Lorsque la vigne est en relation harmonieuse avec les énergies (ou vibrations) naturelles qu'elles captent, elle fait son travail de production dans les meilleures conditions qui soient.

Y.M.: Et pour créer ces conditions favorables, la biodynamie a considérablement diminué la quantité de produits chimiques de synthèse, je crois?

N. J. : À part le soufre et le cuivre, on a éliminé les produits chimiques. Ainsi on utilise aucun herbicide, pesticide ou insectide; on se sert d' engrais organiques pour fertiliser; des produits naturels sont choisis pour lutter contre les maladies de la vigne (on peut par exemple traiter l'oïdium en vaporisant sur les feuilles un mélange d'eau et de lait écrémé); dans le chai, on utilise uniquement les levures indigènes du vignoble.

Y.M. : Les grosses sociétés qui vendent des produits chimiques aux agriculteurs ne doivent pas apprécier beaucoup votre mode de production?

N. J. : Elles n'apprécient surtout pas que notre manière d'aborder l'agriculture fait de plus en plus de nouveaux adeptes; elles auraient plutôt intérêt à ce que rien ne change et à empêcher l'information de circuler. Mais à l'ère de l'internet, cette information au contraire, circule maintenant plus rapidement, surtout chez les jeunes vignerons qui représentent l'avenir. Ceux-ci sont très conscients des effets secondaires néfastes à long terme des produits chimiques sur l'environnement.

Y. M. : On dit que pour les biodynamistes le vin doit se faire tout seul dans le chai; quels sont les techniques et produits parfois utilisés par les viticulteurs conventionnels qui ne peuvent pas être utilisés en biodynamie?

N. J. : Le relevurage (il y a plus de 350 levures aromatiques souvent obtenues par la génétique qui sont permises dans le cadre de la viticulture industrielle), les enzymes, le phosphate, les gras, les gommes, les copeaux de chêne, l'acidification, la désacidification, etc., etc. Nous disons que le chai doit revenir ce qu'il était : une maternité où le vin vient au monde et non un hôpital ou l'on pratique la chirurgie esthétique!

Y.M. : La viticulture et l'agriculture se transforment donc peu à peu?

N. J. : Oui, et pour le mieux; dans 50 ans, on rigolera des soit-disantes méthodes "modernes" de production de masse d'aujourd'hui. L'agriculture doit redevenir un art, celui de produire des aliments sains, qui goûtent bon et ce, sans épuiser ou détruire l'environnement naturel duquel ils proviennent.

Y. M. : Selon vous, les vins élaborés en agriculture biodynamique sont-ils meilleurs que les autres pour lesquels ont a utilisé les méthodes préconisées par l'oenologie de 50 dernières années?

N. J. : J'aime à croire que oui. On peut en tout cas certainement affirmer que les vins produits en biodynamie sont vrais; ils possèdent une authenticité de goût évidente; ils reflètent fidèlement leurs terroirs d'origine, sans utiliser les artifices et les maquillages que l'oenologie "moderne" a développé pour corriger les déficiences de goût qui immanquablement surviennent lorsque la viticulture ne respecte pas complètement la nature. Tous les vins produits en biodynamie ne sont pas nécessairement tous excellents, mais ils sont par contre toujours vrais.

Y.M. : La vigne cultivée en biodynamie produira donc des fruits qui seront en adéquation avec son milieu naturel?

N. J. : Exactement. Lorsque la nature est bien comprise, respectée et stimulée de manière à ce que son énergie circule harmonieusement, il en résulte des fruits avec une pureté et une complexité dans le goût que l'on n'aurait pu obtenir autrement. Mieux que l'homme, la nature sait comment transmettre la vie.

Y. M. : Les consommateurs y gagnent donc sur tous les plans?

N. J. : Oui, et ce sont les consommateurs par leurs choix de vins qu'ils achèteront dans l'avenir qui feront en sorte que la tendance à cultiver en biodynamie s'accélèrera et ce, pour le bien de tous. Lorsqu' un grand nombre de consommateurs réclameront de tels vins, les grandes sociétés viticoles de ce monde n'auront d'autres choix que d'opter pour des méthodes de culture moins préjudiciables à notre planète et à ses occupants.

Y. M. : M. Joly, je vous remercie et vous souhaite un agréable séjour à Montréal.

N. J.: C'est moi qui vous remercie de m'avoir ainsi donné l'occasion d'expliquer la philosophie des membres de notre regroupement aux Québécois et Québécoises ainsi qu' à vos lecteurs francophones du monde entier.


Notes importantes
1) Vous n'avez jamais goûté à un vin, rouge ou blanc, dont les raisins ont été cultivés en biodynamie? Je m'en doutais car on ne fait rien pour que cela se produise; après m'être renseigné auprès du servive à la clientèle de la SAQ, on m'a informé que sur les quelques 7,000 produits inscrits à la SAQ (soit ~1,100 produits réguliers et ~ 6,000 produits de spécialités), il y en 166 qui ont été produit en culture biologique (soit ~ 2.4%) et seulement 10 (oui, vous avez bien lu, 10) issus de la culture en biodynamie (soit moins de 0,14% ou 1 sur 700 si vous préférez).

2) Dans l'une de ses vidéos (voir ici), M. Joly fait la suggestion suivante : "Prenons d'abord conscience des forces d'un endroit avant de les tuer!" Principalement guidé par le profit à court terme, il ne semble pas que ce soit demain que l'ensemble de l'agriculture actuelle de type industrielle emboîtera le pas, tuant progressivement les sols, l'environnement et notre planète à petit feu.

Suggestions de vins pour cette semaine:

Une circulaire de 14 pages de la SAQ porposant une cinquantaine de vins intitulée Sortez vos verres sous le soleil est présentement en vigueur du 9 au 26 août prochain.

J'ai publié un peu plus tôt cette semaine sur mon blog les 10 vins qui me paraissent les plus intéressants. Puisqu'il serait trop long de le repoduire ici en entier, vous pourrez consulter ces recommandations simplement en cliquant ICI.

Bonnes dégustations!

Voir le blogue du Club des Dégustateurs de Grands Vins

 

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