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Nouvelles lois sur le vin: plus ça change, plus c'est pareil?

27/06/2013 12:43 EDT | Actualisé 26/08/2013 05:12 EDT
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General view of corks from wine bottles before the first budget after the UK lost its prized AAA rating following the recent Moody's downgrade while the economy is on the brink of an unprecedented triple-dip recession after contracting by 0.3\% at the end of 2012 putting the Chancellor under significant pressure.

Au cours des dernières semaines, le gouvernement du Québec a apporté deux modifications à sa législation sur la commercialisation du vin. La première vous permet de rapporter une bouteille de vin entamée du resto, la seconde d'acheter du vin à l'extérieur du Québec. Le hic? Vous devez aller vous-même le chercher!

Consommation du vin au restaurant

Depuis le 14 juin dernier, suite à l'adoption de la loi 25, un client de resto peut rapporter chez lui le restant de sa bouteille qu'il avait commandée.

Voici enfin un (petit) pas dans la bonne direction de la part du gouvernement du Québec. Fidèle à ses habitudes de ponctualité et de bon synchronisme, celui-ci n'a publié son communiqué officiel que le 18 juin dernier, soit 4 jours après que cette modification soit entrée en vigueur.

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Normal me direz-vous au sujet de cette nouvelle mesure puisque cette bouteille payée par le client appartient en principe à celui-ci; la plupart des restaurants acceptaient déjà de vous accommoder si vous désiriez apporter les restants d'un copieux repas à la maison (doggy bag). Sachez cependant qu'une partie du règlement très archaïque de la Régie des alcools, des Courses et des Jeux du Québec, interdisait jusqu'à tout récemment cette pratique alors que cela est permis en Ontario depuis janvier 2005.

Cette modification à la loi devrait faciliter la vente de bouteilles de vins entières pour les restaurateurs au lieu de quelques verres, plusieurs clients hésitant auparavant à le faire sachant qu'ils devaient laisser sur place toute partie non consommée de la bouteille. On permettra aussi aux personnes d'arrêter de consommer si elles le désirent, histoire d'être en de bonnes dispositions si elles ont à conduire leur automobile. Bravo.

C'est à se demander pourquoi une si bonne idée qui profite à tout le monde ait pris tant de temps à voir le jour (huit ans après l'Ontario), d'autant plus que cette mesure ne coûte rien au gouvernement (il touche les mêmes taxes).

Il y a qu'au Québec, changer une virgule dans une loi ou un règlement prend au moins deux ans, au cas où ce changement mineur ferait écrouler le château de cartes de notre société distincte. Petit à petit, dans le monde de la consommation du vin, nous nous approchons des autres nations civilisées occidentales. Mais à ce rythme de pas de tortue, il nous faudra cent ans pour les rattraper, à moins de prendre les moyens nécessaires et de cesser de voir tout changement aussi petit soit-il comme une menace existentielle à la nation.

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Commerce interprovincial du vin

Rafraîchissons-nous un peu la mémoire. En juin 2012, le gouvernement fédéral, par le biais de la loi C-311, autorisait dorénavant le transport du vin entre les provinces. Chaque province avait cependant le choix d'y consentir ou non, et au besoin, d'en fixer les paramètres. En début d'année, une pétition électronique demandant au gouvernement du Québec d'y consentir a été déposée sur le site internet de l'Assemblée Nationale du Québec, laquelle recueilli plus de 3396 signatures. Je vous avais d'ailleurs recommandé la signature dans l'un de mes billets publié le 27 février dernier (voir ici).

Le billet se poursuit après la galerie

Les 12 vins de votre été 2013


Le gouvernement québécois a-t-il emboîté le pas en profitant de l'abolition d'une partie de la loi fédérale qui interdisait aux particuliers de transporter du vin d'une province à l'autre pour leur usage personnel? Noui, c'est-à-dire à la fois oui...et non. Je m'explique.

Ce à quoi que nos miséricordieux élus provinciaux ont acquiescé (loi 25, articles 195 à 197) c'est de nous permettre d'acheter du vin de l'extérieur du Québec (Alléluia) à raison d'une limite de 9 litres, soit une caisse de 12 bouteilles de 750 ml (moins intéressant) et à la condition expresse que vous alliez la chercher vous-mêmes (vraiment pas très intéressant).

Les commandes directes aux producteurs et aux détaillants de l'extérieur du Québec sont interdites. Vous voulez acheter certains vins de la vallée de l'Okanagan de Colombie-Britannique non disponibles ici? Parfait, mais allez les chercher! On vous donne le droit de faire une chose mais à des conditions non rentables. Ce simulacre de permission additionnelle est d'un ridicule consommé.

Pour tenter de pallier à cette situation, il semblerait que l'on aurait demandé à la SAQ d'ajouter à son site internet une section où l'on pourrait placer des commandes privées vers des producteurs canadiens. Il est à prévoir que le monopole appliquera alors sa cote au passage pour avoir servi d'intermédiaire, rendant ainsi encore une fois de tels achats moins avantageux pour le consommateur, du moins sur le plan financier. Le bon petit Chardonnay de la vallée du Niagara à 14$ deviendra soudainement moins attrayant rendu à 22$. On aurait voulu vous décourager de commander du vin de l'extérieur du Québec que l'on n'aurait pas agi autrement.

Et je ne vous parle même pas de nos vignerons québécois que l'on prive ainsi de la possibilité de vendre leurs produits à des clients de l'extérieur de notre province alors que la plupart des vignobles canadiens pourront eux le faire.

Ce désir insensé de tout vouloir contrôler est voué à l'échec. Nos politiciens et nos bureaucrates sans vison ne savent-ils donc pas que l'internet existe et que Postes Canada depuis décembre dernier offre aux vignerons canadiens des facilités de livraison de leurs produits partout au Canada? Ce n'est pas parce que nous décidons de rester figés sur place que le reste du monde va comme nous cesser d'évoluer.

Le bon côté de ce changement législatif est qu'il légalise ce que bon nombre de personnes du Québec faisaient, surtout celles vivant à proximité de la province de l'Ontario, en ignorant parfois que cette pratique était alors illégale, c'est-à-dire acheter du vin dans les succursales de la LCBO (Liquor Control Board of Ontario). Parions qu'ils seront à compter de maintenant de plus en plus nombreux à le faire.

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En plus d'offrir une foule de produits inconnus ici au bataillon comme les vins de la vallée du Niagara ainsi que bon nombre de vins de toutes provenances en bas de 10$, on y pratique une politique de prix souvent moins gourmande qu'au Québec, particulièrement pour les vins vendus 20$ et moins.

Voulez-vous un exemple? Prenez le vin rosé le plus vendu au Québec, le White Zinfandel de Ernest et Julio Gallo, et bien celui-ci vous coûte 11,45$ à la SAQ (voir ici). Pas cher et presque donné croyez-vous? Faux! car on trouve celui-ci à 9,45$ à la LCBO (voir ici). C'est donc 2,00$ de moins la bouteille (17% moins cher). Puisqu'il s'en est vendu ici l'an dernier plus de 1,309,212 bouteilles, le surprofit de la SAQ pour ce seul produit a été de plus de 2.5 millions de $.

Je n'ai pas à vous dire quoi faire. Je ne fais que vous dire ce que la loi vous permet désormais de faire. À vous de voir. N'oubliez cependant la limite légale d'une caisse de vins par visite! Par contre, cette limite est individuelle. Vous pouvez toujours y aller en compagnie d'une, deux ou trois autres personnes, augmentant d'autant votre quantité totale permise pour vos achats.

Le Québec serait-il donc l'un des seuls endroits au monde où même lorsque les choses changent tout reste pareil? Si vous en connaissez un autre, faites-moi signe.

Suggestions de vins de la semaine:

Bon, tout ceci m'a donné soif! Voici donc 4 suggestions intéressantes de vins pour des circonstances variées.

Le vin blanc

Layers, Peter Lehmann, Adelaide, 2012, Australie du Sud (voir ici)

Le vin rouge de la semaine

Le Orme, Barbera d'Asti Superiore, Michele Chiarlo, Piémont, 2010, Italie (voir ici)

Le grand vin rouge de fin de semaine

Aloxe-Corton 1ier cru, La Coutière, Domaine Nudant, 2009, France (voir ici)

Le vin de dessert

Moscato d'Asti, Bera, Piémont, 2011, Italie (voir ici)


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Le blogue personnel de Yves Mailloux: Club des Dégustateurs de Grands Vins