Yves-François Blanchet

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Marques de commerce en français et médias sociaux

Publication: 31/07/2012 05:21

Lorsqu'un sondage suggère une hausse des appuis au Parti québécois, on nous explique du haut d'une érudition qui ne souffre pas le doute que « tout se peut. Ce serait sûrement un gouvernement minoritaire... ». En revanche, un sondage prétend-il à une hausse des appuis à la CAQ ou au PLQ, et c'est un constat net, clair : le Parti québécois recule. On a orchestré la débâcle du Bloc québécois avec ce genre de procédés. « Tout se peut » est devenu emblématique de quelques-uns de ces statisticiens dont le client ne veut pas tant mesurer une vérité que vendre du papier et de la cote d'écoute. Ça augmente le prix de la publicité. Entretenant le suspense, ces sondeurs se font psychiatres de notre âme collective par croisement de colonnes de chiffres aux méthodologies parfois incertaines... Je ne mentionne même pas de possibles motifs encore moins nobles. Tout se peut, donc...

Depuis l'adoption de la loi 101 le 26 août 1977, les pratiques commerciales ont beaucoup évolué. De plus en plus d'espace commercial est occupé par des entreprises regroupées en vastes chaînes de dizaines de succursales au Québec seulement, mais présentes sur tout le continent. Ces chaînes sont réticentes à renoncer à leur image de marque pour le seul marché québécois, environ 2% du continent. La menace n'ayant pas été jugée significative en 1977, les marques de commerce dans une autre langue que le français et sans descriptif en français ont bénéficié d'exceptions réglementaires et de tolérance. Aujourd'hui, nous constatons tous, comme l'OQLF, que l'espace d'affichage de ces chaînes, leur impact sur le visage français du Québec et le message implicite exigent que l'esprit initial de la Loi 101 embrasse désormais ces entreprises.

Ces chaînes de commerces, pour la plupart représentées par le Conseil canadien du commerce de détail, demandent alors à l'OQLF des avis juridiques et des rencontres. L'OQLF se montre vindicatif, lance des messages contradictoires et refuse de transmettre au CCCD des avis juridiques qu'il affirme pourtant d'une absolue clarté. Enfin, la ministre St-Pierre se découvre inopinément un engagement suspect, mais sans compromis en faveur de l'affichage français, et affirme que les contrevenants seront traduits devant les tribunaux! Étonnante vindicte de la Ministre alors que des centaines d'entreprises de son propre comté sont en flagrante contravention de la Loi 101 depuis des années sans être inquiétées.

J'ai dénoncé la manœuvre grossière. À quelques jours des élections, l'OQLF et Christine St-Pierre stigmatisent les grandes chaînes pour alimenter le spectacle électoral. Après neuf ans de négligence intéressée, on brandit la loi. Cependant, rien de cet élan militant ne peut se réaliser avant le vote, et aucune intention crédible ne le suggère pour après... C'est un autre show de boucane, de la poudre aux yeux, un exercice de marketing.

Lors d'une rencontre avec le bureau québécois du Conseil canadien du commerce de détail, les échanges sont brefs, fructueux et absolument clairs. Sous un gouvernement du Parti québécois, les grandes chaînes franciseront leurs marques de commerce. Je propose la mise en place d'un groupe de travail avec une obligation de résultats à l'intérieur d'une échéance brève et ferme. Que ce soit par l'atteinte d'une interprétation consensuelle de la Charte de la langue française, par voie réglementaire ou par intervention législative, les grandes chaînes devront assortir leur marque de commerce d'un descriptif français.

Le CCCD affirme sa volonté de se conformer à la Loi sous réserve d'une lecture claire et accepte de participer à l'exercice. Une lettre m'est acheminée à cet effet. Le Parti québécois publie un communiqué. En clair, après 35 ans de tergiversations, les grandes chaînes s'inscrivent dans une démarche allant, dès les prochains mois, assurer la francisation de l'affichage des marques de commerce qui ne sont pas déjà conformes à la Loi 101.

Naïf, j'anticipe une réaction média considérable. Nous l'attendons au moins équivalente à la couverture initiale du conflit d'abord créé par le gouvernement à des fins électorales. Rien. Pas un entrefilet. Le grand vide des vacances... Les rappels sont vains. Le journaliste qui a été le premier à lever l'histoire refuse tout net d'en reparler. Inexplicable... En tout cas, il n'existe pas d'explication honorable.

Ma réflexion associe cette déception au fait que les Québécois sont au seuil d'une grande décision. Une décision qui déterminera leur avenir collectif non seulement en matière de langue, de culture, d'identité et de valeurs, mais aussi en termes de développement économique, d'emploi, de ressources naturelles, de respect de l'environnement, d'agriculture, d'éducation, de santé, d'aînés, de famille et du choix de leur futur pays. Je me répète alors qu'ils ne doivent pas s'en remettre seulement à la présentation, à l'analyse et aux recommandations qu'imposent les médias conventionnels.

Je ne dis pas du tout que les journalistes sont vendus, biaisés ou malhonnêtes. Au contraire. J'envie leur position d'observateurs actifs et de points de convergence de l'information. Ces professionnels oeuvrent dans des conditions de plus en plus difficiles. Ils sont confrontés à la concurrence des médias sociaux qui font un tri volatile de ce qui ira ou non au public, et de quelques chroniqueurs souvent mercenaires et prêts à tous les raccourcis intellectuels pour faire sensation. Les médias sociaux sont le portrait fluide d'un état d'âme, un exutoire de passions, l'incubateur des pires travers comme des plus nobles aspirations, le moteur du Printemps étudiant et le champ de bataille d'un chef de parti désemparé.

Or rien ne nous empêche d'en faire un véhicule de souveraineté et de social-démocratie, et rien n'empêche nos adversaires d'en faire tout l'opposé. On peut y porter les ordres de marche fédéralistes d'André Pratte comme les y ridiculiser. Sur les imparfaits et chaotiques médias sociaux, l'information appartient aux usagers, et sa multiplication est au bout du doigt, là où on clique, trop rarement encore, sur « partager » ou « retweeter ». Avec eux, tout se peut, pour de vrai. Leur effervescence est une promesse jetée aux audacieux, et la gueule du requin pour les imprudents. C'est donc par ce procédé, le seul qu'il me reste, que je tente de faire connaître ce succès du Parti québécois en matière linguistique.

Les citoyens nous demandent une campagne positive, porteuse d'idées, une campagne qui fasse rêver. Rappelons-nous que tout se peut lorsque viendra le temps, bientôt, de nous choisir un gouvernement, puis un pays où sertir cette langue mieux protégée et promue... Pour ce faire, les gens doivent s'approprier l'information avec le plus nouveau, mais le plus puissant de ses véhicules, et ainsi, au besoin, compléter ou contourner des médias qui ne nous servent pas toujours de façon juste.

 

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