Yves-François Blanchet

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Le français au Québec: alarmistes? Vraiment?

Publication: 2/04/2012 08:33

Un citoyen québécois peut préconiser en toute légitimité que l'on renonce à nos efforts de mise en valeur du français comme langue commune au Québec. C'est un choix. Un citoyen peut faire le pari qu'une anglicisation, passive et progressive ou voulue et accélérée, est une option préférable à la tension linguistique qui semble ne pas vouloir se résorber. On peut même croire que la question de la souveraineté serait réglée du même souffle.

Ce n'est pas mon choix. Comme nation, nous avons les mêmes devoirs de dignité envers nous-mêmes, et les mêmes devoirs envers la diversité culturelle à l'échelle planétaire, que nous avons à l'endroit de nos nouveaux citoyens de toutes origines. Je crois qu'un peuple qui se reconnaît tel a le devoir de se doter de tous les outils de son plein épanouissement, de son progrès, et seule la souveraineté est porteuse de tous ces instruments.

Alors, au moins, ne nous mentons pas! Le plus important chantier de l'état québécois, celui du CHUM, se permet d'exiger de fournisseurs québécois des soumissions en anglais. Une ville peut effrontément défier la Charte de la langue française sans autre semonce qu'un refus de changer la loi, et surtout sans détermination du gouvernement à l'appliquer. L'organisme chargé de faire respecter la Loi 101 semble sous directive de ne pas susciter de mécontentement parmi ses opposants. En plus d'une tendance nette au sein des grandes entreprises, même des sociétés de l'État québécois embauchent des dirigeants unilingues anglais. On ne s'insurge pas devant les multiples nominations d'unilingues anglophones par le gouvernement fédéral. On vend le droit de contourner la Loi 101 en matière d'enseignement. Dans son propre comté, la ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française tolère et défend des contraventions grossières à cette même charte. L'état québécois offre un large éventail de services en anglais à qui veut à peine le demander. Un hôpital de Montréal est en défaut d'offrir des soins en français au péril de la santé et de la sécurité des patients. Selon la ministre, on devrait célébrer que seulement la moitié des immigrants qui font un transfert linguistique le fasse vers l'anglais, et que 16% des entreprises de plus de 50% ne soient pas francisées. La ministre annonce des augmentations de ressources humaines à l'OQLF alors qu'en vérité les effectifs diminuent... N'y a-t-il pas un constat de recul du français à faire?

Le récent sondage de L'actualité est essentiellement révélateur de deux choses. D'une part, les deux communautés historiques que sont les Français et les Anglais se sont dotées d'outils d'échanges accrus et observables : une maîtrise de la langue de l'une par l'autre dans des proportions exemplaires, et une communion artistique florissante. En revanche, malgré les succès de la Loi 101 en matière d'enseignement, de travail et d'affichage, avant que la négligence coupable du gouvernement du Québec et les assauts systématiques de la Cour Suprême du Canada ne les compromettent, le français est menacé de reculs graves dans la grande région de Montréal, et quoi qu'on en dise, le reste du Québec n'est pas à l'abri de cette concurrence de plus en plus vive de l'anglais.

En conséquence, on peut croire qu'une loi qui a trente-cinq ans - trente-cinq ans au cours desquels la société a évolué, trente-cinq ans au cours desquels on a pu en mesurer les succès et les lacunes, et trente-cinq ans où, affaiblie de l'extérieur, elle n'a pas pu livrer ses pleines promesses - demande à être l'objet d'une réécriture. Cette réécriture devra en restaurer l'esprit et les moyens, être animée d'une détermination à la mettre en application avec rigueur et sensibilité, et être soutenue par un gouvernement qui n'hésitera pas à recourir, sans frivolité, mais au besoin et en attendant la souveraineté, à la clause dérogatoire.

Pierre Curzi, avec beaucoup de détermination et peu de moyens, a déposé à l'Assemblée nationale une proposition à cet effet. J'ai salué le geste, et constaté que nous partageons les mêmes inquiétudes, les mêmes objectifs, et à plusieurs égards les mêmes solutions.

J'ai aussi constaté que la réponse de la ministre pourtant responsable de l'application de la Charte de la langue française a été immédiate, étroite et méprisante. Nous y sommes habitués. Il y a maintenant près de dix ans que chez ce gouvernement et pour seule réponse, on traite tout le monde qui s'inquiète d'alarmiste. Les constats sont pourtant d'une évidence à crever les yeux. Je ne crois plus que les termes négligence, laxisme ou même indifférence puissent suffire encore longtemps à définir l'attitude du gouvernement du Québec. On devra bientôt considérer la possibilité que Jean Charest, Christine St-Pierre et les vrais patrons du PLQ aient plutôt fait le choix de fermer les yeux alors que le Québec, de façon passive et progressive, reprend le chemin de l'anglicisation.

Nous avons le pouvoir qu'il en aille autrement. Il suffit d'être plus nombreux à faire le choix du français, et mieux encore, du pays.

 

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