Yves-François Blanchet

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Huntingdon, CHUM, HEC: Sacrifier la Loi 101 pour une poignée de comtés

Publication: 7/03/2012 16:33

Réglons l'accessoire tout de suite: le maire d'Huntingdon s'offre un coup de publicité avant de passer du statut de maire et animateur à celui d'animateur seulement. Une dernière contribution municipale à sa publicité personnelle, ses cotes d'écoute, le cachet qui figurera à son prochain contrat, et quoi encore.... Dans le style qui lui est propre : provocateur et ordurier. Ce n'est pas important, et je ne contribuerai pas davantage à cet exercice promotionnel dont la mention est malheureusement nécessaire à la mise en contexte.

Le gouvernement est aussi responsable que la municipalité de Huntingdon dans sa décision de se soustraire à l'application de la Charte de la langue française. L'affront qu' Huntingdon se permet de jeter au visage des Québécois est rendu possible par la lâcheté du gouvernement dès qu'il s'agit de langue française.

Désormais, au Québec, le français n'est plus la langue de l'affichage commercial et institutionnel. La circonscription même de la ministre St-Pierre est un capharnaüm multiculturel et multilingue qui défie les fondements même de la Loi 101. Évidemment, les institutions à charte fédérale, le gouvernement du Canada et même nos tout nouveaux députés du NPD contribuent activement et impunément à l'anglicisation du Québec par des communications bilingues.

Le français n'est pas non plus la langue du travail : l'embauche de dirigeants unilingues anglais fait recette, les réunions se passent ainsi en anglais et les sociétés d'État sont contaminées par cette pratique. Sur le chantier du CHUM, les communications en français sont malvenues, et je ne sais plus quoi faire des plaintes de gens du réseau de la santé qui, découragés de l'inaction de l'OQLF, communiquent avec mon bureau.

Le français n'est pas davantage la langue d'intégration des immigrants : le gouvernement se félicite que la moitié d'entre eux fassent un transfert linguistique vers le français alors que l'autre moitié le fait, elle, vers l'anglais. On donne des points pour la connaissance de l'anglais à des immigrants sélectionnés en France. Les cours de francisation sont facultatifs, notamment pour des femmes qui, ne parlant ni le français ni l'anglais, sont confinées à la maison et à l'autorité du conjoint.

Le français n'est pas la langue de l'enseignement : le nombre des programmes universitaires en anglais connaît une hausse qui fait penser à celle des droits de scolarité. La connaissance est un objet de commerce assujetti aux modes, dont l'anglais n'est pas la moindre. L'enseignement intensif de l'anglais en sixième année du primaire est imposé comme un dogme de colonisateur. Enfin, quiconque en a les moyens peut s'acheter le droit de contourner la Loi 101 en recourant aux écoles passerelles.

Bref, que la ville d'Huntingdon foule aux pieds la Charte de la langue française promulguée par Camille Laurin et René Lévesque, c'est presque banal. Ce faisant, elle crée le précédent où de nombreuses autres ne manqueront pas de s'engouffrer.

Ce ne sont pourtant pas les moyens d'y remédier qui font défaut, mais bien la colonne vertébrale. La Charte de la langue française confère à l'Office québécois de la langue française (OQLF) le pouvoir de transmettre au Directeur des poursuites criminelles et pénales les dossiers des contrevenants aux dispositions de la Loi 101. La ministre St-Pierre se fend de phrases ronflantes puis se réfugie derrière l'OQLF en lui intimant, surtout, de ne rien faire. Coincé, l'organisme créé pour soutenir la ministre dans sa tâche est au contraire obligé de se prêter à une gymnastique grotesque, de gagner du temps et perdre celui des Québécois afin de ne pas compromettre la relation privilégiée entre la communauté anglophone et le Parti libéral. Le dernier bastion électoral du Parti libéral est composé d'une large part de la minorité anglaise du Québec. Rien ne sera permis qui puisse lui déplaire. Ainsi, la ville d'Huntingdon ayant voté une résolution de défi à la loi, le maire annonce déjà qu'il défiera les décisions de la Cour... et la ministre nous dit que l'OQLF enquête. Il n'y a pas matière à enquête; il y a matière à constat, et à sanction.

Le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire (MAMROT) a aussi juridiction sur les municipalités dont elles sont une créature. En vertu de la loi, le ministre peut « présenter une requête en cassation ou en annulation d'un règlement du conseil ou d'un procès-verbal, rôle, résolution ou autre ordonnance du conseil ou du comité exécutif ». Facile, expéditif, nécessaire.

On ne peut pas davantage se soustraire à la Loi 101 qu'on peut permettre de circuler à 150 km/h ou fermer les yeux sur la collusion dans la construction. Si un citoyen est pris à poser un geste illégal, on n'hésite pas à le traduire devant les tribunaux. Pourquoi ne le ferait-on pas pour Huntingdon?

Le premier ministre n'a absolument aucune espèce de légitimité pour partir à Paris faire des ronds de jambe diplomatiques sur la langue auprès du secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, pendant que le français est attaqué de toutes parts au Québec même. Le devoir de Jean Charest et Christine St-Pierre, c'est de saisir l'occasion pour envoyer un message clair : le respect de la Loi n'est pas assujetti au bon vouloir de n'importe qui. Si Huntingdon se rit de la loi et fait payer les amendes à ses citoyens, le gouvernement ne doit pas exclure la tutelle. En n'agissant pas avec la plus grande fermeté, Jean Charest et Christine St-Pierre sont complices de la ville de Huntingdon sur le dos de la langue officielle du Québec.

La Charte de la langue française n'est pas une monnaie d'échange électorale au bénéfice des bastions libéraux. Je me plais à croire que la simple élection d'un gouvernement du Parti québécois enverra ce message clair. Ça ne suffira malheureusement plus. Il faudra renforcer la Loi 101 et lui offrir la réécriture qu'appellent trente-cinq ans d'évolution de la société, mais aussi de dévastation par la Cour suprême du Canada. Nous aurons alors le devoir de nous investir autant dans son application stricte que dans la valorisation de notre langue nationale par les arts, les institutions et la qualité de notre accueil.

 

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