Récemment, Christine St-Pierre réduisait le Forum mondial de la langue française, la semaine prochaine à Québec, à une occasion de redorer notre blason entaché par « la violence et l'intimidation » imputés au mouvement étudiant, conformément au PowerPoint du premier ministre coulé au Parti québécois. À la veille de la visite de mille cinq cents jeunes francophones de partout, c'est plutôt de l'exemple qu'elle donne en matière de préservation de la langue française dont elle doit avoir honte. Et au contraire, outre des abus aux marges comme en connaissent tous les mouvements, le Printemps étudiant doit enorgueillir tout le Québec d'une jeunesse en éveil alors qu'on la croyait léthargique.
La semaine dernière, au hasard d'une fuite étonnante aux médias, la ministre se faisait soudain vindicative à l'encontre de commerces qui demandaient des compléments d'information au bout de quelques semaines d'échanges avec l'OQLF en matière d'affichage. Elle a brandi avec passion la menace de ces poursuites dont elle s'est montrée si avare depuis son entrée en poste, alors que certains commerces de son propre comté sont en contravention depuis des années... À moins de trois mois des élections supposées, le procédé met en lumière qu'il faudra davantage que cette vulgaire récupération pour faire oublier un bilan bien peu montrable à la face du monde.
Enfin, le Conseil supérieur de la langue française publiait vendredi dernier une étude particulièrement intéressante sur la perception qu'ont les Québécois de la situation linguistique et leurs aspirations à ce sujet.
Dans ce contexte apparu à la veille de notre Fête nationale, rappelons qu'environ un demi milliard de citoyens du monde vivent dans des pays dont la langue commune est principalement l'anglais : Angleterre, États-Unis, Irlande, Écosse, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, plusieurs îles des mers du sud... C'est considérable, mais moins que la population des pays dont la langue commune est le mandarin, l'hindi ou l'arabe. Ce ne sont toutefois pas des langues internationales comme le sont l'anglais et dans une moindre mesure le français.
Il est incontestable que l'anglais est la langue franche à l'échelle planétaire. Même si on nous emplit de balivernes quant au fait que tout le monde sauf les petits Québécois parlent couramment anglais, c'est faux. Même dans les milieux touristiques européens, l'anglais n'est pas si répandu, et dans un pays comme l'Inde dont c'est une langue officielle, assez peu de gens le parlent. Ainsi, malgré quelques nuances, il est pertinent pour les Québécois de maîtriser l'anglais, surtout dans l'environnement américain. L'anglais est essentiel pour ceux qui nous représentent dans les secteurs du commerce, des télécommunications, du tourisme, de la finance, de la haute technologie et quelques autres. Il est un complément utile pour ceux qui, au quotidien, travaillent dans des domaines qui ne le requièrent pas. Il va de soi que la préférence personnelle ou l'unilinguisme de l'employeur ne devraient pas définir cette pertinence.
De façon générale, l'étude du Conseil supérieur de la langue française, Importance et priorité du français pour la population québécoise, suggère que les Québécois, y compris ceux d'expression anglaise, sont attachés au français dans leur vie sociale, culturelle ou identitaire. En revanche, le français est perçu comme d'importance égale ou moindre que le bilinguisme ou l'anglais en matière d'économie, d'emploi ou même de relations avec nos institutions et notre immigration. Il importe, sans jugement de valeur, d'en prendre acte. Tendance lourde, fortement implantée chez les jeunes, on répugne à y opposer la contrainte, confiants que nous sommes que dans un avenir prévisible au moins, le français ne disparaîtra pas. L'étude révèle un Québec sans complexe à bien des égards, mais aussi sans inquiétudes jusqu'à l'imprudence à certains autres, tant dans sa relation avec le français que l'anglais.
Cette insouciance apparaît relativement récente, et pas du tout irréversible. Les scrupules des Québécois, historiquement reflétés par ceux de leurs élus, suggèrent que tant que le français est un trait distinctif du Québec, les mesures davantage perçues comme coercitives en regard des services en anglais aux immigrants ou de l'application de la Loi 101 au niveau collégiale heurtent la bonne conscience. Pour l'État, enseigner dans la langue officielle avec la générosité que ce soit pratiquement gratuit, recevoir les immigrants dans la langue officielle, traiter avec les entreprises dans la langue officielle, tous des comportements normaux dans tous les pays du monde, sont vus comme des contraintes par beaucoup de ceux-là mêmes dont ces choix visent à perpétuer la langue, la culture et l'identité.
Lors de la prochaine campagne électorale, deux visions s'affronteront. Même si le format de nos campagnes s'y prête peu, le gouvernement du Parti libéral devrait justifier la permission accordée de recourir aux écoles passerelles. Il se ferait rappeler son incohérence dans sa négation, puis son aveu timide et enfin sa soudaine attitude vindicative en matière d'affichage. Il devrait expliquer la perpétuation d'une approche en effet schizophrène dans l'accueil des immigrants en matière linguistique. Il serait questionné sur la tolérance dans la nomination de cadres unilingues anglophones dans nos propres sociétés d'État. Il porterait le poids du doute pour son application intransigeante d'une mesure d'enseignement intensif de l'anglais soumise aux attentes d'intérêts particuliers, mais contraire aux recommandations des enseignants et des experts en termes pédagogiques et de ressources disponibles.
Le gouvernement actuel aura été en poste près de dix ans. Il en aura fallu bien moins à celui de René Lévesque pour transformer et franciser dans l'enthousiasme le visage du Québec. Le gouvernement de Jean Charest ne peut plus imputer au Parti québécois son piètre bilan en matière linguistique.
Je soumets pour ma part que le message, voulu ou non, qu'a communiqué ce gouvernement est justement celui de l'importance plus grande de l'anglais que du français en économie, en emploi, en relations internationales, reléguant toujours un peu plus le français aux domaines plus légers mais bien visibles des arts et de la culture. Il n'y a qu'un pas pour conclure à une renonciation passive au français, une tolérance complaisante des reculs, un aveuglement et un mensonge à soi-même qui facilite celui servi aux autres, et au bénéfice d'intérêts politiques à plus court terme: financement, espoir de victoire électorale, obstacle à la souveraineté en n'affrontant pas le fédéral... Le prix à payer pour éviter ce qui, partout ailleurs, est une aspiration normale.
Le message implicite mais insistant de cette politique ne peut qu'avoir été une raison importante de ce que révèle l'étude du CSLF : l'anglais, c'est la vraie affaire, le français, c'est sympa. Vous voulez le bien de vos enfants, assurez-vous d'abord de leur maîtrise de l'anglais, au détriment s'il le faut du français, des mathématiques, des sciences et surtout de l'histoire. En revanche, les arts se déployant singulièrement bien dans l'adversité, ils seront un bouillon fertile pour préserver au français une image de dynamisme invincible. Or l'ambiguïté pas très courageuse ne rend service ni aux francophones, ni aux Anglais, ni aux immigrants. Elle entretient une confusion coûteuse, nuisible aux objectifs d'intégration, et génératrice de conflits. L'amour de la langue peut devoir aussi s'exprimer par une salutaire fermeté.
En revanche, sans cet amour de notre langue, de notre culture et de nos arts, rien n'est possible, et le consensus autour de ce sentiment est, lui, un héritage formidable de messieurs Laurin et Lévesque qu'il faudra chérir à travers les réflexions à venir. Parmi celles-ci, la nôtre suggère que bien des tergiversations seront désuètes si comme tous ceux qui le peuvent, le peuple québécois s'empare enfin et bientôt de sa souveraineté politique.
Le duo St-Pierre-Charest a tiré bien fort sur l'élastique linguistique, croyant les Québécois engourdis comme ils l'ont crû des étudiants en créant un affrontement d'autant plus odieux qu'il a été calculé. Je parie que cet élastique-là aussi va casser, mais que l'échéance électorale leur évitera que la cassure ne s'exprime autrement que par un vote de débarras et un vote de remplacement par une équipe qui sait que définir le changement, c'est aussi définir au profit de qui il s'imposera. Ce qui nous ramène à la langue, la culture, les valeurs, l'identité, et le pays.
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Oui oui je suis préoccupé, mais 12 mois par années, pas juste lors des élections.
Pour vivre et se développer, une langue doit servir dans tous les domaines d'activité.
C'est pourquoi le français, langue officielle du Québec, doit être la langue normale du travail et la langue de communication entre tous les Québécois, particulièrement entre l'État et tous les citoyens ainsi qu'avec les entreprises.
Cela n'empêche aucunement l'usage d'autres langues entre citoyens qui les parlent.
Non plus qu'une bonne connaissance de l'anglais et d'autre langues de communication internationale. Mais cette connaissance ne doit pas être imposée.
C'est ainsi que l'imposition d'une demi-année en anglais en 6e du cours primaire est une pure aberration, alors que les élèves ne possèdent que des rudiments de leur propre langue. Pour apprendre correctement une langue étrangère sans devenir un aliéné culturel, il est essentiel de maitriser sa langue maternelle.
Pour conclure des ententes internationales, il n'est nul besoin de renier sa culture et sa langue. Est-ce que l'Allemagne cesse d'être allemande parce qu'elle signe un traité avec la France? Est-ce que le Mexique cesse d'être hispanophone parce qu'il traite avec les USA et le Canada?
Comme nation, rien ne nous empêche ou ne nous empêchera de négocier des ententes avec d'autres, quelle que soit leur langue.
Vous avex raison. Notre culture québécoise francophone est noyée dans une mer anglophone. Il est tout-à-fait normal alors de la protéger pour assurer sa pérennité. C'est essentiel. Ou bien c'est l'assimilation, accepter de disparaître.
"le Québec ne peu vivre isolé du reste du continent, c'est ça que le PQ propose?"
Pourquoi est-ce que tu affirme une tel chose! c'est faux, même que c'est à l'opposé de ce que le mouvement indépendantiste Québecois propose depuis plus de 20 ans! S'affirmer comme peuple dans le Monde ce n'est pas s’isoler, au contraire c'est participer au monde!
Franchement, vous les fédéralistes vous êtes vraiment à court d'arguments!
Vivre dans l'un des pays les plus riche, les plus libre, le plus ouvert
Oui et ça c'est le Canada le pays bâtit par nos ancêtres
Comme chaque individu doit nécessairement le faire pour sortir de son adolescence, un peuple aussi doit prendre conscience de lui-même. C'est la plus profonde des révolutions puisque c'est cesser de se fondre dans un milieu social englobant pour finalement pleinement s'assumer.
Cette culture qui est nôtre, reçue en héritage d'un peuple vaincu mais jamais conquis, est noyée dans une mer anglophone. D'où la nécessité, pour assurer sa pérennité, de la bien protéger.
Sinon, ce sera l'assimilation inéluctable.
Et ceci n'empêche aucunement d'apprendre l'anglais comme langue seconde...ou le mandarin qui a de fortes chances de devenir la langue prépondérante dans notre univers en changement.
Je suis d'accord avec. L'aboutissement logique de notre démarche d'émancipation qui dure depuis deux cent cinquante années passe par le passage obligé à l'indépendance. Aurons-nous la force et l'audace, en tant que peuple, de poser ce geste décisif? Ou allons-nous accepter de disparaître car, que nous le voulions ou non, nous sommes et serons de plus en plus minoritaires en ce Canada anglophone et multiculturel.
Les petites règles linguistiques vexatoires, ce n'est pas la solution.
Il faut donner aux immigrants des raisons de devenir québécois et d'utiliser le français.
Vous voulez défendre le français en disant que Mme St-Pierre doit avoir honte de la langue française?
Est-ce que vous voulez dire qu'elle doit avoir honte de son français parce qu'il s'est abâtardi?
Est-ce que vous voulez dire que c'est «de l'exemple qu'elle donne […]» qu'elle doit avoir honte?
Ce qui n'est pas clair n'est pas français, disait Boileau...
Pour le reste : si une langue a besoins d'un gouvernement pour être protéger, alors ça montre le peu d'intérêt que les gens ont
Possiblement admettez-vous le fait que le gouvernement légifère pour protéger nos routes en limitant la trop grande lourdeur de chargement; que le gouvernement légifère pour protéger la santé de notre population en interdisant certaines coutumes comme l'excision, la mutilation, la torture; que le gouvernement légifère pour protéger certaines de nos industries comme la forêt ou l'agro-alimentaire.
Et vous refuseriez que le gouvernement ne prenne aucune mesure pour protéger l'instrument essentiel de notre culture, de notre héritage, notre langue?
Ou, peut-être, ai-je mal saisi le sens de votre propos.
Les routes devraient être laissées au privé
" que le gouvernement légifère pour protéger la santé de notre population en interdisant certaines coutumes comme l'excision, la mutilation, la torture"
Légifération du gros bon sens, puisque chacun a droit à l'intégrité de son corps
.que le gouvernement légifère pour protéger certaines de nos industries comme la forêt ou l'agro-alimentaire."
pour quoi faire?
"Et vous refuseriez que le gouvernement ne prenne aucune mesure pour protéger l'instrument essentiel de notre culture, de notre héritage, notre langue?"
Oui. La langue anglaise s'est très bien débrouillée sans académie