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Commissions scolaires, intrigues politiques et écoles privées

28/09/2015 10:23 EDT | Actualisé 28/09/2016 05:12 EDT

Au Québec, tout coûte trop cher. C'est ce qu'on nous répète. Personne ne dit toutefois que si les services de l'État sont plus chers, c'est parce que nous sommes moins nombreux à y contribuer de nos impôts, et qu'ils sont plus nombreux à ne plus en payer autant. Nous voudrons tout comme nos aînés, à notre heure, jouir d'une retraite méritée et du retour sur l'argent confié au gouvernement pour notre pension. Alors, par tête, ou par poche, les mêmes services semblent plus coûteux. On y reviendra, notamment pour parler de politique industrielle, de création d'emplois, donc de payeurs d'impôts et de créateurs de richesse.

Revenons aux commissions scolaires. Cette structure coûterait trop cher, et - disons-le - des congrès luxueux, des relations publiques maladroites et des disparités dans les taxes n'ont pas aidé à cette perception. Ces arrogantes erreurs de jugement ont totalement occulté les efforts et la rationalisation que la plupart des commissions scolaires ont déployés. Donc abolissons les commissions scolaires! propose l'ADQ de Mario Dumont. La CAQ, tout naturellement, reprendra le mantra, qui tentera même les péquistes et les libéraux.

C'est ainsi qu'il faut croire que ce qu'on abolit ne coûte plus rien. Si on met la clé dans la porte des commissions scolaires, les services qu'elles rendent deviendront... gratuits?

À défaut de mener à bien cette révolution dont la portée bousculerait jusqu'à la constitution canadienne, Yves Bolduc tente un simpliste redessinage de la carte des commissions scolaires.

Tergiversations, reculs, coups d'efface et mutisme devant les plus banales questions, il aura la bonne idée de se retirer, non sans avoir annoncé que son coup de crayon allait économiser un demi-milliard de dollars. Rien de moins.

Son successeur François Blais, pourtant du même parti, affirme que pas un sou n'allait être sauvé par le dessin d'Yves Bolduc, en annule la mise en œuvre, et s'attaque à deux autres morceaux d'une réforme qui se voulait globale. On aurait voulu sentir une intention politique claire, des objectifs et une démarche crédibles. Rien de tout ça. On reverra le mode de taxation - attendons les détails - et on remplacera les commissaires élus par des gens nommés - attendons les détails...

D'abord, les services que rendent les commissions scolaires ne cesseront pas d'être requis, quelle que soit la réforme appliquée : répartition des programmes entre les institutions pour éviter de coûteux doublons, transport scolaires bien sûr, ce qu'il reste des services spécialisés aux élèves, économie d'échelle sur la gestion des immeubles... Une légende urbaine veut qu'en confiant ces responsabilités aux écoles, on économiserait. Or le lendemain de la fin des institutions régionales au profit des écoles, on verrait les écoles créer une institution régionale pour, justement, livrer des services qui ne peuvent l'être que sur une base régionale.

Oui, mais les commissaires, ils coûtent cher! Et personne ne participe aux élections scolaires.

D'une part, rien n'indique que quelqu'un qui sera nommé par Québec coûtera moins cher que quelqu'un dont Québec encadre déjà la rémunération, mais qui est élu par les gens de sa région.

Pourquoi serait-ce le cas? Ensuite, pourquoi ne pas considérer la tenue des élections scolaires au même moment que les élections municipales comme une avenue valable? Coût moindre, augmentation de la participation. N'est-ce pas le but?

On nous tient le discours de la réduction des dépenses et de la décentralisation. Pourtant, on ne nous prouve aucune économie et on centralise au contraire à Québec, comme dans la réforme Barrette en santé, des décisions qui se prennent présentement dans les régions et devraient y être maintenues.

Pendant ce temps, les services sont coupés, rognure par rognure, sur le dos de parents qui n'ont d'autre désir que de voir leurs enfants recevoir la meilleure éducation possible dans un monde de plus en plus compétitif. Tant et si bien que si j'étais encore parent de jeunes enfants, je regarderais du côté du privé pour assurer une éducation plus coûteuse, certainement, mais dotée de plus de moyens pour en assurer le succès. Et si j'étais gestionnaire d'une école privée, j'ajouterais l'offre de services spécialisés - orthopédagogie, psychologie, éducation spécialisée, en plus d'un nombre d'élèves décent par classe... - au sport d'élite ou aux arts pour attirer une clientèle de parents inquiets qui, comme tous les parents, ne toléreront pas que leurs enfants fassent les frais d'intrigues idéologiques et politiques à Québec. Une fois rendu au privé, l'impact des futures coupures réduira, dit-on, les impôts. Et cette fois, le rétrécissement de l'État aura un impact moindre sur la qualité de l'éducation des enfants que les parents auront sortis d'un système public mis à mal.

Et si, en santé comme en éducation, envoyer les gens vers le privé était justement un des buts de ce gouvernement dont le trio économique flirte avec des idées libertaires et anti-État?

Le fait est que, comme parent, on peut bien avoir été pour ou contre l'école privée tant qu'on voudra. À la fin du jour, ce qui compte, c'est ce qu'on aura su offrir à nos enfants.

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