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Premier budget Leitao-Couillard: de compressions et d'espoir

05/06/2014 10:29 EDT | Actualisé 05/08/2014 05:12 EDT

Chaque campagne électorale promet sa gestion enfin rigoureuse - et sans douleur - des finances publiques. Dès le budget suivant, on renonce et en impute l'odieux au gouvernement précédent. Figure imposée. Or le Québec n'est pas dans une situation si catastrophique. Pensons à l'Ontario: 12 milliards de déficits sans perspective d'équilibre budgétaire avant 2017-18 alors que le Québec enregistrera un déficit de 3 milliards cette année et pourrait, dit-on, renouer avec l'équilibre dès 2015-16. La dette totale de l'Ontario approche les 300 milliards, celle du Québec franchira les 200 milliards à la fin de l'exercice 2014-15. Le véritable problème est en effet un déficit structurel : des dépenses qui croissent et demeurent obstinément au-dessus des revenus de l'État.

Au moment de présenter son budget, le gouvernement a voulu démontrer sa volonté et sa compétence pour nous extraire du gouffre. La preuve que les mesures adoptées seraient les bonnes est mise en lumière par des projections de revenus et de contrôle des dépenses optimistes. Ainsi, la croissance économique serait de 1,8% cette année et de 2% l'an prochain, et la croissance des dépenses de l'État serait aussi de 1,8% cette année. Ça se peut. En revanche, que les sociétés d'État - Hydro Québec, Loto Québec et la SAQ - assurent 170 millions de plus au trésor public, que la croissance des dépenses de l'an prochain soit réduite à un inimaginable 0,7%, que les consommateurs fument et boivent davantage l'an prochain alors qu'on augmente les taxes sur le tabac et l'alcool et que l'ensemble des revenus autonomes de l'État augmente de 4,7% en 2014-15 et de 4,5% en 2015-16, c'est de la pensée magique. De même, maintenir les effectifs de l'État, respecter les hausses salariales consenties, et ce en révisant les programmes de fond en comble et en réduisant la croissance des dépenses dont 60% sont constituées de salaires, c'est illusoire. Sur la seule base de ce budget, l'équilibre budgétaire ne sera pas atteint en 2015-16...!

La clé est pourtant bel et bien dans l'augmentation des revenus. Réduire les dépenses lorsque les revenus pour les financer font défaut, c'est valable. Améliorer la colonne des revenus pour maintenir les services tout en imposant l'efficacité, c'est mieux. Pour ce faire, la voie à paver est celle de l'emploi. À cet effet, le recul des Libéraux sur les investissements en infrastructures n'est pas une mauvaise nouvelle. Chaque dollar dépensé en immobilisations augmente la dette. Il provient entièrement des différents paliers de gouvernement et en général au bénéfice d'une activité économique limitée au temps de construction des équipements. En revanche, avec 15%, 20% ou 25% de ce même dollar, l'État obtient un effet de levier et suscite 75%, 80% ou 85% d'un investissement équivalent par le secteur privé, créateur d'emplois et d'activité économique durables. Il y a un véritable besoin d'équipements - l'eau à Shawinigan, le CHRTR, le campus de l'UQTR à Drummondville financé par la communauté même... - mais il ne faut pas les substituer au véritable développement économique.

C'est là le modèle de la PME axée sur l'innovation, l'exportation et souvent sur le développement durable qui doit être mis de l'avant. Le ministre Leitao a annoncé plusieurs mesures incitatives au bénéfice des PME. C'est bien, mais insuffisant. En revanche, il dispose d'outils pour soutenir les PME québécoises bien au-delà du Budget, au premier chef Investissement Québec. Répétons ici qu'avec 10% des 200 millions de dollars du Fonds de diversification de la Mauricie et du Centre-du-Québec, 76 entreprises vont créer 540 emplois. Je comprends le gouvernement de vouloir donner une couleur plus libérale et moins péquiste à l'outil, mais qu'il se prête vite à cet exercice: l'élan que s'est donnée la région doit être nourri et la confiance maintenue. J'encourage aussi le gouvernement et le ministre Girard à pérenniser le Fonds. Le coût immédiat en sera très faible, et l'effet de levier important. On nous dit craindre que toutes les régions demandent à leur tour un tel fonds. Et si ça marche, pourquoi pas? Peut-être est-ce le modèle : l'État suscite à relativement peu de frais l'investissement privé, sous la supervision de proximité des régions mêmes, avec un impact important sur la création d'emploi, oui, mais aussi sur le développement d'un entrepreneuriat local et régional qui est le cœur même d'une économie axée sur la PME.

Que ce soit par un électrochoc à la PME, l'augmentation des revenus publics ou cette version 2014 de la réingénierie de l'État que promettait Jean Charest en 2003, le budget déposé hier ne présente pas et ne pouvait pas présenter un portrait global et final. Le gouvernement n'est aux affaires que depuis six semaines. Ce sont les prochains mois qui révéleront ce que le ministre Leitao veut et peut vraiment faire pour augmenter les revenus liés à l'emploi et rendre l'État québécois plus efficace.

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