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Les voitures électriques: <em>buzzword</em> ou solution réelle?

01/12/2014 12:02 EST | Actualisé 01/02/2015 05:12 EST

La Norvège est reconnue mondialement pour ses revenus tirés d'un pétrole sagement exploité. Ce pays se distingue aussi par son grand nombre de voitures électriques en circulation. J'ai appris cela en juin dernier lorsque j'assistais à une conférence sur l'électrification des transports. L'ancien maire adjoint d'Oslo et député norvégien, Ola Elvestuen, expliquait avec enthousiasme les résultats impressionnants obtenus dans son pays grâce à de généreuses subventions pour encourager l'achat de voitures électriques.

Mes premiers soupçons

Après sa présentation, j'ai été au micro pour poser une question toute simple à M. Elvestuen. Sachant tout l'argent dépensé en subvention diverses, est-ce qu'il savait combien de tonnes de GES avaient été évitées et combien avait été dépensé par tonne ainsi évitée? Malheureusement, le conférencier ne connaissait pas la réponse. Surtout, sa réponse hésitante (qui n'avait rien à voir avec son niveau d'anglais) m'a comme laissé un soupçon à l'esprit. Il me fallait voir de quoi il en retournait.

Plusieurs mois plus tard, j'ai enfin la réponse à ma question et je la partage avec vous dans une Note économique que j'ai faite avec la précieuse collaboration de mon collègue Guillaume Tremblay. La Norvège subventionne chaque voiture électrique en partie au moment de l'achat et aussi à l'utilisation (parking gratuit, exemption de péages, pas de taxe annuelle). En additionnant les deux, on obtient l'équivalent de 5324$ par année de subvention pour chaque voiture électrique.

Personnellement, ça me semble beaucoup. Mais c'est peut-être justifié par les importants bénéfices environnementaux d'un véhicule électrique? Là, Guillaume et moi avons eu toute une surprise. En moyenne, chaque auto électrique roulant sur les routes norvégiennes ne permet d'éviter que 0,77 tonne de GES par année. Même pas une tonne au complet! Ce constat signifie que chaque tonne d'émissions de GES évitée coûte au gouvernement norvégien 6925$!

Vous pensez peut-être que la lutte aux changements climatiques n'a pas de prix! Eh bien au contraire, elle en a un. Sur le marché du carbone en Europe, une tonne d'émission de GES coûte l'équivalent de 7,84$. En d'autres mots, aussi incroyable que cela puisse paraître, les Norvégiens paient 883 fois trop cher!

Un modèle... à ne pas suivre

L'électrification des transports est sur toutes les lèvres. Ce « buzzword », comme ils disent, n'est pas très bien défini et désigne parfois l'ajout de transport en commun électrique, mais fait aussi référence à ceux qui veulent davantage de voitures électriques sur nos routes avec l'aide massive du gouvernement (Équiterre ou le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement, par exemple).

Déjà, le Québec est la province ou le nombre de véhicules électriques est le plus élevé. On en compte un peu plus de 5000, soit la moitié de tous les véhicules électriques qui roulent au Canada. Bien que la croissance des ventes se fasse à un rythme impressionnant, les voitures électriques représentent une infime portion du parc automobile québécois de 4,5 millions de véhicules personnels. , et ce malgré une subvention allant jusqu'à 8000 $ par voiture , en plus d'un rabais à l'installation d'une borne de recharge.

Avec le niveau de subvention actuel, le coût d'éviter l'émission d'une tonne de GES est de 414 $. Si on veut atteindre un objectif plus ambitieux, de 300 000 voitures électriques en 2020 comme proposé dans le Plan d'action 2011-2020 sur les véhicules électriques du gouvernement québécois, il faudrait plutôt accorder une subvention équivalente à celle octroyée en Norvège.

Dans ce cas, il en coûterait 1560 $ par tonne de GES évitée. Puisqu'on obtient le même résultat avec l'achat d'un droit d'émission d'une tonne de GES, qui vaut environ 11,39$ sur le marché du carbone québécois, ces subventions seraient 137 fois trop chères pour leurs bénéfices environnementaux.

Une recommandation pour la Commission Robillard

Même dans le cadre du programme actuel, le fait de subventionner les achats de voitures électriques coûte 36 fois trop cher. La Commission de révision permanente des programmes qualifierait certainement cette initiative d'inefficace, puisque ce programme n'atteint pas ses objectifs, d'inefficiente , puisqu'il serait possible d'atteindre les mêmes résultats avec une solution moins coûteuse par l'achat de droits d'émission sur le marché du carbone.

Le rapport de cette Commission présidée par Lucienne Robillard nous apprenait que très peu d'évaluations systématiques étaient menées au gouvernement. Le résultat de notre analyse est sans équivoque : il n'y a pas de raison sur laquelle justifier une telle subvention. Nous partageons notre étude volontiers avec tous ceux que cela intéresse, y compris les calculs.

Dans le contexte actuel de lutte aux déficits, l'on devrait non seulement abandonner l'idée d'un plan d'électrification des transports ambitieux, mais aussi abolir les subventions actuelles, totalement inefficaces d'un point de vue environnemental. La Norvège aussi devrait se questionner. Probablement que si elle ne bénéficiait pas de la manne de son pétrole, elle aurait depuis longtemps mis de côté ses subventions pour favoriser les voitures électriques.

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