Yolande Cohen

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Wild Hofesh Schecter!

Publication: 14/11/2012 13:49

Puissante, brutale et vociférante, telle fut la soirée offerte par Danse /Danse au public montréalais il y a la semaine dernière. Les quelques habitués et le public nombreux venus applaudir cette troupe déjà bien connue ont été comblés par cette nouvelle pièce de l'anglo-israélien Hofesh Schecter, Political Mother.

Métaphore du pouvoir suprême, cette mère/marâtre de toutes les politiques va pendant une heure dix de spectacle intense nous tirailler dans tous les sens. D'abord grâce aux cinq basses électriques et aux trois tambours battants présents continuellement sur scène, nous sommes assaillis par la musique enivrante de ce spectacle hors du commun. Rock, rave, le rythme époustouflant de cette noire saga nous envahit d'emblée et nous ravit. Un son qui ressemble à s'y méprendre au cœur qui bat la chamade dans les corps des danseurs magnifiques qui envahissent la scène donne sa pulsation au spectacle. Tantôt échevelés, tantôt résignés les quelques 12 danseurs se prosternent devant le Dieu charismatique tout puissant qui s'élève au dessus d'eux, foule d'égarés impuissants et désarticulés. La violence de ce Dieu/dictateur, fantoche mais bien réel et, à son tour démembré, imprègne ce petit monde transi de froid et de peur. Le spectacle s'ouvre sur cet acte de violence suprême qu'est le Hara Kiri et se termine par la danse macabre du dictateur ivre de son pouvoir, scandée par une musique lancinante et tonitruante.

Heureusement, et pour souffler un peu, des passages plus heureux rassemblent les danseurs dans une certaine communion humaine, une sorte de retour aux origines dont le folklore traduit l'essence. La musique se fait plus douce, et les corps déliés rappellent l'existence des autres sens, une certaine harmonie et la beauté de l'amour. Comparés à la fulgurance de la violence et à son omniprésence, ces moments ne durent pas mais rappellent l'existence de quelque chose d'autre. Quand la pression constante (de notre vie contemporaine) cesse, la musique et la danse peuvent reprendre leurs droits, et le folklore, métaphore de nos identités profondes et ensevelies, réapparait. On sort de cette expérience à la fois exaltés par tant de beauté et contrits par tant de sauvagerie! Tels seraient les profondeurs de l'âme humaine sans fards, telle que nous la révèle ce grand maître de la danse contemporaine! Accompagné par les éclairages de Lee Curran, les costumes de Merle Hensel, Schecter signe seul la chorégraphie et aussi et surtout cette magnétique musique de démiurge avec Neil Catchpole et Yaron Engler.

 
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