Yolande Cohen

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Un acte antisémite et raciste à Toulouse: quel sens a tout ça?

Publication: 29/03/2012 00:55

Le jour de la tuerie de Toulouse, une de mes étudiantes d'origine libanaise a éclaté en sanglots durant l'explication du texte sur les philanthropies juives qu'elle avait à commenter. Elle pleurait, car elle découvrait que des Juifs pouvaient porter assistance à de parfaits inconnus et secourir des pauvres de toutes confessions. Elle expliquait qu'élevée dans un petit village du Liban contrôlé par le Hezbollah, elle y avait appris la haine des Juifs et s'en sentait coupable maintenant...Sa découverte de la philanthropie juive a suffi à ébranler chez elle des années de matraquage antisémite!

Pourquoi est-il devenu si difficile aujourd'hui de nommer un attentat antisémite et raciste comme tel? Certains voudraient n'en parler que comme d'un attentat terroriste, d'autres comme cet expert d'Al Qaeda, ne s'y réfère que comme un acte de criminalité pure, centré sur la personnalité de l'assassin! Pourquoi cette euphémisation d'actes qui portent clairement leur nom? Au nom de l'union nationale, de l'entente entre les communautés et de la peur de la stigmatisation, les dirigeants communautaires et les candidats à la présidentielle française ont tous souligné leur solidarité face à ce deuil, à cette tragédie...qui reste innommable, parce que tellement massivement symbolique.

Mais qui n'a déjà entendu ces litanies, au cours des décennies de notre vingtième siècle barbare... où les mots ne pouvaient nommer les atrocités commises contre tous les Juifs.

Or voici qu'en France, terre de l'égalité et de la fraternité républicaine, la terreur antisémite et raciste frappe des militaires et des enfants français sur le territoire français. Et de voir la retenue/réserve de presque tous les chefs spirituels, communautaires, politiques et de certains spécialistes à nommer l'antisémitisme et le racisme de cet acte étonne!

Est-ce un silence, en forme de déni?

Sans doute peut-on y voir le parti-pris de ces chefs religieux et spirituels de ne pas rajouter des tensions au climat déjà suffisamment chargé, et où la peur est déjà installée. Mais ces enfants sont morts parce que juifs, et le premier parachutiste, tué parce que musulman honni pour son engagement dans l'armée française. Ne serait-il pas temps de dire que l'antisémitisme et le racisme existent aujourd'hui en France : cet acte, comme tous ceux qui l'ont précédé, doit être dénoncé pour ce qu'il est; et ce n'est pas faire preuve de communautarisme, cet ennemi juré de l'esprit républicain, auquel tous tiennent ici, que d'énoncer clairement l'existence non seulement d'actes antisémites et racistes isolés, mais de cet antisémitisme et de ce racisme latents qui permettent finalement de tels passages à l'acte!

Se voiler la face derrière l'unité républicaine n'aboutit finalement qu'à laisser seules face à leurs destins les communautés juives et musulmanes françaises, qui sont aussi les plus importantes d'Europe. Leurs dirigeants préfèrent sans doute proclamer leur foi républicaine que d'ouvrir un débat public sur les moyens de lutter efficacement et tous ensemble contre les gangrènes des démocraties que sont le racisme et l'antisémitisme. Mais peut-on en rester là? Cette jeune étudiante et ses nombreux camarades qui ont été élevés dans l'antisémitisme le plus primaire par la propagande du Hezbollah, des talibans et de leurs comparses à travers le monde, pourront-ils comprendre la portée de cet acte, si personne ne leur dit pourquoi ils sont inacceptables!

Cet acte doit être condamné comme un acte antisémite et raciste et le travail de deuil, mais aussi le travail de compréhension ne pourront se faire que s'il est dénoncé comme tel par tous les partis politiques et responsables religieux de toutes les confessions.