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Demain, un pied dans l'aube

27/07/2016 08:00 EDT | Actualisé 27/07/2016 08:00 EDT

J'étais au cégep à l'époque, et nous étions nombreux à ne pas comprendre ces gouvernements dont les décisions allaient à l'encontre des intérêts de leur population. Tous ensemble, nous refusions d'abandonner notre société aux impératifs financiers de multinationales qui concevaient la planète par millions et par milliards, l'exploitant sans soucis de lendemains qui, apparemment, ne les concernaient pas. Comme si l'avenir n'appartenait pas à l'espèce humaine et qu'il valait mieux dilapider la vie que d'en prendre soin. Take what you can and leave the rest behind!

C'était en 2003, année de sortie du film The Corporation qui, souscrivant à l'article de la Constitution des États-Unis qui reconnaît les compagnies comme une «personne morale», se prête à leur étude psychologique, utilisant le DSM-IV. Le documentaire conclut que les agissements d'une multinationale sont les mêmes que ceux d'un psychopathe dangereux.

Je me souviens qu'à la fin du film, très peu de gens avaient quitté la salle, profitant du générique pour absorber ce qu'ils venaient d'encaisser. Bientôt, nous nous sommes trouvés devant un écran noir, et en nous levant, nous étions nombreux à nous regarder, inconnus les uns les autres, mais nous reconnaissant néanmoins, inspirés et convaincus d'être plus forts: nous connaissions désormais notre ennemi.

Il y en a toujours pour dire que la jeunesse est ainsi: indocile et fougueuse, désireuse de changer le monde. Ceux-là disent encore qu'avec le temps arrive la sagesse et qu'avec l'âge, le désir de se battre s'estompe. Pourtant, s'il est vrai que la maturité apporte une paix, le désir de combattre les injustices, d'habiter un monde meilleur et de laisser en héritage un monde habitable, lui, ne meurt jamais. Affirmer le contraire est une paresse de l'esprit, une résignation qui relève du cynisme et de l'abdication. Ainsi, treize ans après The Corporation, treize ans de plus de maltraitance multinationale et de gouverne en dérive, le monde a toujours besoin d'un coup de barre et de notre appétit à le remodeler. À ce cégépien qui jadis militait pour un avenir meilleur s'adoube aujourd'hui un adulte qui refuse ce monde où les enfants n'auraient plus d'espace pour vivre, faute de terre à habiter. Et c'est avec cette posture obstinée qu'hier, je suis allé voir Demain.

Sommes-nous prêts à faire ce qu'il faut pour ne pas mourir?

Cyril Dion et Mélanie Laurent, réalisateurs de Demain, ont peut-être vu The Corporation. Après tout, leur film reconnaît l'obstacle de ces multinationales qui, contre toute raison et toute empathie, au nom de leur compte en banque, détruisent ce que tant de gens essaient de bâtir. Mais plutôt que de chercher à les combattre, le film s'attarde à ceux qui osent, contre toute probabilité, lutter. Et au contraire de tous ces documentaires qui mettent en lumière la catastrophe écologique qui nous attend, Demain propose d'utiliser ce moment charnière de notre existence sur Terre comme levier pour, enfin, réformer notre manière d'être et rendre notre vie pérenne et harmonieuse.

Le film se divise ainsi en cinq thèmes (alimentation, énergie, économie, démocratie et éducation), citant nombre d'initiatives citoyennes de par le monde qui, plutôt que d'attendre des changements de gouvernance de nos élus, ont adopté des attitudes, mis en place des projets, modulé leurs structures sociales et économiques, afin de renverser le cycle aliéné qui nous mène droit dans le mur. On y introduit notamment la permaculture comme alternative à la monoculture, de nouveaux modèles pour dynamiser nos démocraties, on nous propose des moyens de diversifier notre économie pour la protéger de ses failles, toutes autant d'idées qui nous sont soumises pour éveiller un potentiel en latence dans nos sociétés.

Le fil narratif qui lie les thèmes est habile, créant des liens de causalité et orchestrant une pensée qui se révèle lumineuse. Les solutions proposées y semblent alors organiques les unes aux autres, et se liant ensemble, s'inscrivent dans une pensée globale. Il n'y est pas question de révolution, mais de plusieurs réformes cruciales. En incarnant ainsi un avenir qui a trouvé ses solutions, le film souscrit à une prérogative énoncée dans son introduction, c'est-à-dire le criant besoin de rompre un imaginaire pessimiste, nourri par la consommation, la fin du monde et la quête absolue de profits. Demain compose ainsi les premiers chapitres d'une nouvelle histoire: celle d'un avenir rayonnant.

Sommes-nous prêts à faire ce qu'il faut pour ne pas mourir?

Le film ne nous pose pas cette question de front, mais en nous donnant les outils pour sortir l'humanité de sa crise, pour ramener une harmonie dans notre rapport à la terre, dans nos rapports les uns aux autres et éviter ainsi la catastrophe naturelle annoncée, Demain nous confronte à nous-mêmes. Les solutions existent. Elles sont là. Elles ne passent pas par les générations futures, mais par nous-mêmes. Aurons-nous le courage, la volonté et l'amour qui animent les intervenants du documentaire? Ce qu'il faut pour nous mettre à l'ouvrage, prendre les choses en main et offrir un demain lumineux.

Aux suivants.

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