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Quand la loi du <em>like</em> est perçue comme la voix du peuple

29/01/2014 12:28 EST | Actualisé 30/03/2014 05:12 EDT

Le désir de reconnaissance nous affecte tous. De la reconnaissance familiale à celle au travail, en passant par notre reconnaissance intrinsèque comme individu, la nécessité d'être reconnu est devenue, dans la société actuelle, une prétention. Tout comme l'indifférence aux yeux des autres est souvent perçue comme un vecteur d'isolement et de repli sur soi, ne pas être reconnu revient en quelque sorte à ne pas exister. La quête pour la reconnaissance est donc considérée par plusieurs comme essentielle au développement et à l'épanouissement individuel.

Au sein des z'internets, la situation n'est guère différente. Beaucoup d'internautes sont à la recherche d'une légitimation personnelle. Or, ce cautionnement virtuel s'effectue essentiellement par la force du nombre, c'est-à-dire par la quantité de fans, de followers et surtout de likes. Autrement dit, la mention «j'aime» est devenue une sorte de branding personnel nécessaire pour assurer notre reconnaissance par autrui. En outre, le cautionnement revêt dorénavant un caractère tellement important que certaines entreprises proposent même leur commercialisation. En gros, vous n'avez pas assez de suiveux? Bah, ce n'est pas grave, achetez-en! C'est grave.

Par exemple, l'entreprise Boostic, qui vend ce genre de services virtuels, propose divers slogans publicitaires comme « Devenez le seigneur des réseaux sociaux » ou encore « Mettez les projecteurs sur votre profil ». Wow, le S-e-i-g-n-e-u-r des médias sociaux ... C'est big! Tellement big que c'est à se demander s'il n'y a pas un peu de mégalomanie dans tout ça.

Le succès d'un individu, d'un projet, d'un texte ou d'une entreprise passe maintenant par la taille de sa communauté virtuelle et par le nombre de likes reçus. Plus que jamais, la mention «j'aime» constitue une forme de mobilisation de l'opinion numérique. La validité d'une information, ainsi que sa pertinence, ne sont plus légitimées par la qualité du travail, mais plutôt par la forte activité de la fan base et son habitude, pour ne pas dire conditionnement, à liker tout et rien, sans même remettre en question ce qui est posté. Faut dire que l'art de réfléchir n'est pas une activité très prisée pour une gang de suiveux. Bêêêêêê!

Cette hyperactivité du clic a engendré une guerre du like sur les z'internets. De fait, les médias sociaux représentent, à l'heure actuelle, de véritables scènes d'affrontements, des espaces virtuels d'influence sociétale où la quantité constitue la norme, voire un paradigme qui permet à n'importe quel imbécile de croire en la légitimité de son attitude, de ses propos et ses actions. Or, cette pseudo légitimité est la conséquence de la reconnaissance, car, à la base, il y a, pour la star du web, une nécessité d'être aimé, autant virtuellement que réellement, par les autres. C'est d'ailleurs de cette façon qu'elle peut justifier son existence et sa présence numérique, qui finissent par se transformer lentement en narcissisme éhonté. Faut croire que Boostic avait vu juste lorsqu'elle proposait de faire de vous le « seigneur » des réseaux sociaux! (sic).

Toutefois, cette autojustification n'est pas pérenne, ce qui oblige les stars du web à toujours rechercher le like. Telle une drogue, la mention «j'aime» devient peu à peu une nécessité jugée vitale, assurant la reproduction de la reconnaissance et en somme l'existence virtuelle.

Certes, pour certains individus (journalistes, chroniqueurs, artistes, vlogueurs, blogueurs, etc.) les réseaux sociaux représentent des plateformes primordiales pour la diffusion de leur travail. La recherche de likes peut donc être, jusqu'à un certain point, normale. L'idée n'est donc pas de critiquer le like comme tel, mais davantage le principe du cautionnement individuel de l'œuvre, surtout lorsque celle-ci est de mauvais goût, par le biais de la quantité. En d'autres termes, ce que je pourfends essentiellement c'est, d'une part, l'activité (ou plutôt l'hyperactivité) de la fan base de certaines stars du 2.0 qui abusent de la mention «j'aime» sans aucune raison et, d'autre part, la tendance de certaines stars à l'auto légitimation par l'intermédiaire d'une attitude narcissique, issue directement du nombre de followers ou de likes. C'est absurde!

Lorsque chaque connerie postée attire des centaines, voire des milliers de mentions «j'aime», il ne s'agit plus de reconnaissance, mais de suivage sans valeur réelle, sans réflexion. C'est de l'idolâtrie pure, au même titre qu'un culte sert à vénérer sa religion et son Dieu. Dans cette optique, le like devient un réflexe, une espèce de rituel obligatoire pour assurer la reconnaissance du gourou virtuel. Définitivement, la loi du « like » est présentée et perçue comme la voix de Dieu. Après tout, vous me direz, ce sont les Seigneurs du web! En effet, en effet... (sic!)

Mais, ce qu'il y a de pire c'est leur prétention à retirer une quelconque notoriété de leurs actions, et ce en se basant exclusivement sur la quantité. Je trouve cette logique boiteuse et certainement peu fiable. Par exemple, ce n'est pas parce que 50 000 Français homophobes ont marché dans les rues de Paris afin de dénoncer le mariage gai qu'ils représentent des gens équilibrés ou encore que leurs propos sont justifiables et légitimes. Bien au contraire... Non, le nombre n'est pas un bon indicateur. Si c'était le cas, le Klu Klux Klan, avec ses milliers de followers et de fans, serait une organisation acceptable avec une vision sociétale fondée. Ce n'est certainement pas le cas. En fait, la loi du like permet à beaucoup trop de morons de se conforter dans leur existence, tout en participant au cautionnement d'autres morons.

L'autre problème c'est l'utilisation de leur communauté (fan base) pour mener à terme des actions considérées comme peu nobles. Cela dit, lorsque ces gourous du monde virtuel se servent de leurs fans pour sanctionner ou même parfois ordonner des comportements déviants comme l'intimidation, cela devient un véritable problème. Tu veux être narcissique ? Tu as le droit... Cependant, lorsque ton narcissisme affecte la vie d'autres personnes, ça devient un problème qu'il faut résoudre. Je ne nommerai pas de noms, car le but n'est pas de faire le procès de quelqu'un sur la place publique, mais davantage de dénoncer une pratique, pour ne pas dire un nouveau rituel sur les z'internets.

Sur ce point, poster des statuts à répétition pour se moquer ou dénigrer un individu c'est de l'intimidation. Poster le numéro de téléphone d'un gars sur ta page Facebook et demander à tes fans de s'occuper de lui, c'est de l'intimidation. En fait, c'est du harcèlement et de l'incitation au harcèlement. C'est aussi un crime qu'il faut punir.

Après ça, si tu oses te complaire et te vautrer dans l'idiotie de tes actions et de ta bêtise inhumaine, en te disant que tu es le king du web, bien j'ai des petites nouvelles pour toi... Peut-être tomberas-tu de ton piédestal, mais tu n'es pas le seigneur des z'internets. Ton nombre de followers ou la panoplie de mentions «j'aime» qu'a reçu ton dernier post ne t'octroient pas la légitimité nécessaire pour agir comme un crétin ; ils te permettent encore moins d'inciter à la violence ou à l'intimidation. Comme tu es un gars populaire, du moins c'est ce que tu crois, utilise donc ta fan base pour faire quelque chose d'utile à la société, pour faire une bonne action au lieu d'agir comme un gamin en manque d'attention et de reconnaissance. Incite tes suiveux à faire du bénévolat, à venir en aide à une personne dans le besoin et invite-les surtout à dénoncer l'intimidation. Essaye de rentrer dans ta tête que tu n'es plus au secondaire. Réalise que tu as une influence sur des milliers de personnes. Utilise donc ton jugement!

Bien que tous les mafieux vivent par la loi du silence, ce ne sont pas toutes les stars du web qui vivent par la loi du like, quoique la plupart entretiennent un désir de reconnaissance. En fait, beaucoup d'entre eux utilisent leur tribune pour diffuser des choses pertinentes et intéressantes. En fait, même certains gourous virtuels, à qui se billet s'adresse indirectement, proposent parfois des capsules ou des articles fort captivants. Le seul hic? Ce bon travail ne permet malheureusement pas d'éliminer les moins bons coups. Il y a néanmoins une lueur d'espoir, car, après tout, il n'est jamais trop tard pour se racheter...

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