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Entre Kid Kodak, la saveur du jour, le gestionnaire et le visionnaire: pour qui voter ?

28/10/2013 11:57 EDT | Actualisé 28/12/2013 05:12 EST

Les élections municipales arrivent à grands pas et Montréal doit se trouver un nouveau maire. Pour qui voter ? Le populiste, l'économiste, l'urbaniste ou la saveur du jour ? Voilà en effet tout un dilemme pour les Montréalais. Cela dit, dans le but de démêler tout le charabia médiatique entourant cette élection municipale et avec pour objectif d'éclairer un peu mieux les citoyens de notre métropole, je présenterai les grands enjeux pour Montréal, ainsi que la position et les idées de chaque candidat sur ces sujets variés.

Tour à tour, nous abordons les questions de politique (gouvernance, démocratie, éthique et transparence), de transports (circulation et déplacements), de problématiques sociales (logements, banlieusardisation), d'environnement (perspectives futures) et de développement économique (projets et ambitions). Voici donc un bilan du programme des différents prétendants à la mairie montréalaise.

À vos marques, prêts... Partez !

Le premier enjeu de la campagne est sans contredit la question politique. En effet, les défis sur le plan de la gouvernance de la ville et de l'éthique sont nombreux, et ce encore plus depuis les révélations de la commission Charbonneau. Alors que la métropole est gangrenée par un système de corruption et de collusion complexe et bien ficelé, les principaux candidats à la plus haute fonction de la ville mettent à l'avant-plan leur désir et leur intention d'éradiquer ce fléau. À cet égard, Mélanie Joly, Denis Coderre et Richard Bergeron proposent de rendre accessibles les données de la ville et de mettre en ligne les séances du conseil municipal. De son côté, le chef de la Coalition Montréal favorise plutôt une restructuration du Comité exécutif et la mise en place d'un poste de commissaire à l'éthique (similaire au poste d'inspecteur général suggéré par l'Équipe Coderre). Mais encore ? Mélanie Joly croît que la modification du processus d'appel d'offres pourrait être une solution. Or, malgré leur pertinence, ces propositions n'ont rien de renversant. Toutefois, Projet Montréal semble vouloir se distinguer de ses adversaires avec notamment leur intention de réviser la gouvernance des arrondissements et de réduire les pouvoirs du Comité exécutif, en transférant une partie aux diverses commissions permanentes de la ville. Voilà une vision différente et intéressante.

En ce qui a trait à l'intégrité, soulignons que Coderre et Côté - qui louangent pourtant leur aptitude et leur compétence à régler le dossier de la corruption - présentent une panoplie d'anciens d'Union Montréal, recyclés pour l'occasion en individus vertueux et intègres. Pourtant, lors du vote du 3 novembre prochain l'Halloween sera passée ; il me semble qu'ils pourraient ainsi enlever leur masque! Je sais ce que vous allez me dire : ces gens ne sont coupables de rien officiellement. En effet, loin de moi l'idée de rendre responsable ces gaillards et gaillardesses par association, mais admettons tout de même que ... ça sent drôle.

>Tous les nouvelles du Huffpost Québec sur la campagne électorale à Montréal

Le second enjeu de la campagne est la question du transport. Montréal, c'est une évidence, est la plaque tournante du transport et de la circulation des individus et des biens au Québec. Avec plus de 5000 km de routes et près de 6 millions de déplacements par jour, les questions de circulation, d'infrastructure et de congestion sont primordiales. Devant un tel phénomène, la majorité des candidats sont conscients du problème et, en ce sens, proposent des projets de transport collectif afin de répondre au paradigme automobile ; ou presque! Mélanie Joly persiste et signe, elle souhaite un SRB (services d'autobus rapides) et plus de pistes cyclables. Marcel Côté flirt aussi avec cette idée d'un SRB, en plus de promouvoir une plus grande couverture territoriale du système de BIXI. Ok! Les pistes cyclables c'est bien, c'est même essentiel, mais l'hiver on n'ira certainement pas au travail en vélo. Chez Denis Coderre, les intentions sont contradictoires ; d'une part, ce cher Denis affirme vouloir tripler le nombre de voies réservées aux autobus, tandis que, d'autre part, il souhaite parallèlement accroître le nombre d'espaces de stationnements au centre-ville. Hummm ... J'y pense encore.

Les objectifs de Bergeron sont plus clairs, plus précis et surtout plus notoires. Voilà, de toute évidence, un homme qui a de l'ambition pour la métropole. Ses buts sont ciblés, soit de réduire le nombre d'automobiles sur l'île de l'ordre de 2,5% par année pour éventuellement atteindre 50%. Pour y arriver, il préconise, comme les autres candidats, les transports alternatifs notamment les trains de banlieue pour les banlieusards (accroissement des horaires et des wagons), le métro (prolongement), le vélo (augmentation des pistes cyclables), et l'autobus (voies réservées) pour les déplacements internes, sans oublier son intention d'investir massivement dans l'électrification des transports collectifs. Ce n'est pas tout, Richard recommande également de mettre en œuvre un projet phare, soit un tramway électrique qui permettrait à Montréal de s'affirmer comme métropole écologique.

Le troisième enjeu pour Montréal tourne autour des aspects sociaux. Pendant que la métropole perd annuellement 10 000 ménages (22 000 individus) au profit des villes périphériques, les prétendants à la mairie, conscients de cet ulcère qui détériore la ville de certains de ses meilleurs éléments, proposent différents projets pour retenir les familles et les jeunes professionnels. Le désir (et surtout le besoin) de rétention est donc, selon tous les candidats, une visée essentielle pour le futur de la ville. L'inexpérimentée Mélanie Joly souhaite retenir 30 000 familles sur l'île, ce qui est définitivement louable. Cependant, la jeune avocate ne donne aucune précision quant à la trame temporelle et les incitatifs pour assurer la réussite de cette rétention. Bref, quelles sont les mesures ? Elle prône, par ailleurs, une revitalisation des grandes artères commerciales, ainsi que leur piétonnisation (segmentée). Aucun mot ou très peu sur la question du logement social et sur la reconversion d'anciens sites délaissés en quartiers intégrés. Pourtant, il s'agit selon nous d'un aspect prioritaire.

Le billet se poursuit après la galerie

Les candidats à la mairie de Montréal s'amusent en campagne


Marcel Côté répond justement à la candidate du vrai changement pour Montréal avec son intention de créer 15 000 nouveaux logements sociaux et communautaires d'ici 5 ans. Voilà une mesure fort intéressante! Il préconise aussi l'adoption de mesures d'apaisement de la circulation et la création de parcs et de zones vertes, sans oublier sa volonté d'améliorer le réseau scolaire montréalais. Des idées pertinentes qui s'appuient toutefois sur aucune modélisation ou encore sur aucune clarification opérationnelle. De son côté, Denis affirme vouloir faire de Montréal une ville sécuritaire. Hey bo-boy, reviens en ville mon Denis. Montréal est d'ores et déjà considérée comme une métropole hyper-sécuritaire, pour ne pas dire la plus sécuritaire en Amérique du Nord. De fait, elle présente actuellement le plus faible taux d'homicides (1,27/100 000 habitants) parmi les 20 plus grandes métropoles d'Amérique. Kid Kodak devrait donc se concentrer sur un autre élément de sa plateforme sociale, soit la réévaluation de l'offre de services et de loisirs à la population, plutôt que de s'attarder sur des problèmes depuis longtemps résolus.

Pour finir, le chef de Projet Montréal prône le développement de quartiers urbains intégrés basés sur une articulation de l'emploi (travailler et étudier), du domicile (habiter), du commercial (magasiner) et du divertissement (s'amuser). Dit autrement, Bergeron propose un développement social axé sur la proximité. Il suggère ainsi de revitaliser certains quartiers et de valoriser de nouveaux quartiers notamment le site de l'hippodrome (nous y reviendrons). Fait intéressant, notons que les quatre candidats principaux proposent des subventions pour l'accès à la propriété (surtout pour les premiers acheteurs), mais sans pour autant chiffrer le coût ou la valeur de ce programme pour les payeurs de taxes et les bénéficiaires.

Le quatrième enjeu est celui de l'environnement. À ce sujet, la thématique environnementale est intimement liée à la réduction de l'empreinte écologique donc à une diminution drastique de nos émissions de gaz à effet de serre et parallèlement à la question du transport collectif. En d'autres termes, la pollution et les dépenses énergétiques sont intrinsèquement maillées aux déplacements et à la circulation automobile sur l'île et même dans la région métropolitaine. Cela dit, chacun des candidats a son remède miracle vis-à-vis cette problématique.

Mélanie Joly propose de planter 300 000 arbres et de transformer certaines friches urbaines en petits espaces verts. Marcel Côté prône la création de trois plages urbaines et la transformation de ruelles en espaces verts. Combien exactement ? Nous ne le savons pas! La plateforme de Denis Coderre en matière d'environnement est faible pour ne pas dire inexistante. Lorsque l'on s'attarde aux enjeux environnementaux, l'Équipe Coderre est pratiquement muette, si ce n'est l'importance de l'eau pour la métropole et de quelques espaces verts. C'est une vision triste et maussade pour Montréal. Enfin, Richard Bergeron souhaite de tout cœur diminuer le béton en transformant entre autres certaines ruelles en jardins communautaires (ou espaces verts). Simultanément, il propose de favoriser l'agriculture urbaine, ainsi que l'offre alimentaire locale. D'ailleurs, s'il est élu, Bergeron a également pour ambition d'implanter progressivement le compostage obligatoire dans les arrondissements montréalais. Mentionnons, en dernier lieu, que tous les candidats prévoient exiger que les nouveaux projets immobiliers soient dotés de toits verts ou blancs.

Le cinquième et dernier enjeu majeur de la campagne est la question du développement économique. Alors que la métropole cherche désespérément à se distinguer des autres villes québécoises et canadiennes, ainsi qu'à s'inscrire sur l'échiquier international des destinations (vivre et visiter), les principaux candidats à la mairie de Montréal nous proposent différentes représentations du présent et du futur. D'abord, la chef du Vrai changement présente très peu de projets, si ce n'est la création du SRB, la revitalisation des artères commerciales et la réappropriation de l'espace public par l'art et le design. L'aspect économique est certainement l'élément le plus faible de la plateforme de Mélanie Joly. Du côté du chef de la Coalition Montréal, il y a plusieurs éléments intéressants pour les étudiants, un point important dans une ville étudiante et universitaire comme Montréal. Or, le problème avec la plateforme économique de Marcel Côté est le retour à une conception industrielle de la ville. En effet, il suggère, à l'instar de Kid Kodak, différentes stratégies de relance industrielle.

Pourquoi ? Bordel, l'époque de l'industrialisation urbaine est révolue depuis plus de 40 ans. Pourquoi donc cet entêtement à vouloir revenir en arrière alors que nous vivons, d'une part, dans une nouvelle économie symbolique et, d'autre part, nous souhaitons diminuer l'empreinte écologique de notre ville ? Pour un économiste de renom, j'imaginais drôlement mieux! L'ami Denis lui prévoit un nouveau toit pour le stade, ainsi qu'un soutien financier pour relancer le secteur manufacturier et industriel dans la métropole. Sérieux Denis, ta plateforme fait pitié... Le stade, l'industrie manufacturière, l'industrie lourde... ce sont les années 1960 ; réveille, on est au XXIe siècle. En dernier lieu, Bergeron et son équipe proposent davantage des projets locomotifs pour rehausser l'image de la ville et consolider la notoriété et les particularités de Montréal. Voilà enfin un visionnaire, un homme qui souhaite redonner à Montréal ses lettres de noblesse. Bien que son programme économique ne se résume pas uniquement à ça, Bergeron c'est trois projets distincts : (1) L'entrée maritime, une vision reprise et copiée partiellement par Legault, (2) le recouvrement (complet ou partiel) des autoroutes afin d'accroître le nombre de propriétés à forte valeur ajoutée et (3) la reconversion du site de Blue Bonnets (hippodrome) en écoquartier.

En somme, lequel des candidats présente la meilleure plateforme de manière globale ? Le populiste ? Non, il est définitivement trop orienté vers le contenant plutôt que sur le contenu. L'économiste ? Non, il présente une plateforme trouée et sans pétillant. Un vieil homme sans saveur avec de vieilles idées. Montréal a besoin de nouveau. La saveur du jour dans ce cas ? Non, elle a peu d'expérience et son programme en est définitivement la preuve. L'urbaniste ? Il présente sans l'ombre d'un doute la meilleure plateforme, celle qui propose des idées innovatrices, une vision complète et précise pour Montréal. Je dis donc Oui !

Est-ce de la partisanerie ? Pour être franc: non! En fait, je n'avais aucune idée pour qui j'allais voter avant d'entreprendre la lecture et l'analyse des divers programmes politiques. J'avais certes plusieurs réserves à l'endroit de Denis Coderre, car je connaissais préalablement le personnage derrière la mascotte. Pour ce qui est des trois autres prétendants, je ne les connaissais pas ou très peu. Maintenant que j'ai fait cet exercice, je peux dire haut et fort que le 3 novembre prochain, je voterai pour Richard Bergeron! Que vous soyez d'accord ou pas, allez voter !

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