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Le voile ou la pétasse ?

12/09/2013 02:02 EDT | Actualisé 12/11/2013 05:12 EST

Dans toute cette saga sur les signes religieux ostentatoires, un élément du débat n'a pas encore été abordé. En effet, la question de l'habillement des femmes (au sens général) a été éclipsée. Pourtant, cette Charte, bien que de manière sous-entendue, vient règlementer la façon de se vêtir pour certaines femmes, notamment les musulmanes. Voici donc quelques incohérences recensées dans les discours pro-charte et une série de questions embêtantes.

À travers mes conversations, mes entrevues et mes discussions sur les réseaux sociaux, les tenants de la Charte des valeurs québécoises affirment l'importance du principe de l'égalité entre les hommes et les femmes. En effet, ce principe est tellement déterminant, étant présenté par le gouvernement du Québec comme l'un des piliers de la Charte, que l'analyse de la majorité des (attention : utilisation d'un mot religieux ostentatoire) « fidèles » s'appuie sur ce fondement sociétal comme méthode argumentative. Voici la première erreur !

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Sans vouloir faire de comparaisons boiteuses et sachant fort bien que les deux contextes sont différents, le discours tenu par Bernard et ses adeptes me fait étrangement penser à celui que cultivait le Parti libéral pendant le printemps érable. De fait, l'information (pour ne pas dire la propagande) qui nous est actuellement véhiculée fait état de deux classes de citoyens, soit ceux qui sont pour la Charte et en l'occurrence pour l'égalité homme-femme et ceux qui sont contre le Charte donc inévitablement contre l'égalité des hommes et des femmes. Sur ce point, j'aimerais savoir « où, quand et comment » les adversaires de la Charte ont-ils proféré un désaveu à l'égard de ce principe fondamental ? Or, comme en aucun cas les contestataires n'ont remis en question ce droit primordial, j'en déduis donc que les renseignements fournis font partie d'une stratégie politique de bas étage, même démagogique.

En ce qui a trait à l'une des offensives de la Charte, celle contre le voile islamique, les partisans interrogés mentionnent qu'il n'est pas normal qu'une femme ait à se voiler ; tandis que d'autres rajoutent, dans cette optique, que c'est comme si elles [les musulmanes] avaient quelque chose à cacher. Voici la seconde erreur ! Ainsi, peut-on admettre cette réflexion comme un argument ou n'est-ce pas tout simplement la conséquence d'une crainte à l'endroit de ce qui est anormal, c'est-à-dire non conforme, non standard. Il est vrai qu'en général les gens n'aiment pas ce qui est excentrique et marginal et, en ce sens, le voile islamique (tout comme la kippa, le turban, le kirpan, etc.) ne fait pas exception, car il est issu d'une autre culture, d'une autre religion et d'une autre mentalité. À cet égard, il suffit d'inverser les rôles, les acteurs et les territoires pour comprendre le non-sens de cette psychose entourant les signes religieux ostentatoires. Revenons cependant sur le vif du sujet ; les femmes musulmanes ont-elles quelque chose à cacher ? Bien sûr que non ! Justement, lorsque j'ai entendu cette réflexion, je me suis demandé si cette critique n'avait pas une orientation quelque peu perverse... Par conséquent, j'ai donc demandé aux personnes qui avaient émis la critique : « êtes-vous en train de me dire que vous avez un faible, même une inclinaison pour les femmes qui n'ont rien à cacher, voire celles qui se dévoilent (ceci n'est pas un jeu de mots) et se découvrent ? ». Imaginez un instant la réaction... Je leur ai donné un moment pour patauger...

Suivant, les différentes réactions, je me suis permis d'autres questions pièges ... La première fut : « Dites-moi, préférez-vous une femme sobre qui recouvre ses cheveux d'un hijab ou une « pétasse » qui se trémousse de tous les côtés, affichant un style vestimentaire vulgaire et voyant ? Oh, les regards ébahis devant l'interrogation ! J'ai poursuivi : « Je vous le demande, ne croyez-vous pas qu'une femme (jeune fille et parfois moins jeune) de petite vertu - celle se trimballant avec le string sorti du pantalon et vêtit (c'est un grand mot) d'un décolleté si profond qu'un regard peut si perdre longuement - est beaucoup plus dommageable à l'image générale et, de ce fait, à la symbolique de la femme, qu'une musulmane qui porte le voile islamique (qui s'avère, à ce sujet, une excellente protection contre les regards vulgaires et grotesques) ? ». Les répondants étaient pour la plupart bouche bée, n'ayant pas pensé à cette perspective. J'ai conclu mon questionnement par : « Selon vous, laquelle des deux propose (affiche) une représentation dégradante et, conséquemment, a le plus de chance, par son habillement et ses comportements, de venir affaiblir (réellement et/ou symboliquement) le principe fondamental de l'égalité entre les hommes et les femmes ? ». Ouf, les interviewés avaient hâte que je termine ce foutu entretien !

En dernière analyse, je me demande si la Charte doit s'appliquer également aux vulgarités ostentatoires ? En somme, je m'interroge : « doit-on inclure, dans cette Charte des valeurs québécoises, une section qui interdit les signes associés au culte de la « pétasse » ? ».

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Les réactions à la présentation des principes de la Charte des valeurs