Yanick Barrette

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Ponts à péage: une bonne idée pour Montréal?

Publication: 27/02/2013 12:07

Saviez-vous que les autoroutes et les ponts du Québec ont été payants jusqu'à 1991, soit au moment de l'abolition du dernier péage, celui du Pont Champlain? Aujourd'hui, avec les problèmes financiers auxquels sont confrontés les divers gouvernements, il semble que la tendance à la gratuité des infrastructures soit sur le point de s'estomper. En 2011, vingt ans après la fin du dernier péage sur les routes du Québec, le pont de l'autoroute 25 fut inauguré avec la présence d'un droit de passage. Pour l'instant, mis à part le nouveau tronçon de l'autoroute 30, le pont de la 25 constitue l'unique structure de transport qui demande un droit d'accès aux automobilistes. Toutefois, comme le laissait entendre dernièrement le ministère fédéral des Transports, la situation risque d'évoluer considérablement dans les prochaines années. Sur ce point, le gouvernement conservateur a récemment demandé à la firme IBI Group d'étudier les impacts, ainsi que de soumettre des suggestions quant à la possibilité de mettre en place des systèmes de péage sur plusieurs ponts de la métropole québécoise.

Connectée au reste de la province grâce à sa vingtaine de structures de rattachement à la périphérie, la ville de Montréal est une île isolée qui requiert ce genre d'infrastructures afin de garantir les déplacements vers l'intérieur et l'extérieur de son territoire, ainsi que la fluidité de la circulation entre l'est, l'ouest, le nord et le sud. De fait, quiconque veut entrer ou sortir de Montréal doit obligatoirement emprunter un pont ou un tunnel. Dans ces circonstances, un système de péage serait-il bénéfique ou représenterait-il plutôt un inconvénient?

Si les gouvernements décident d'adopter le péage sur les ponts reliant la métropole aux municipalités riveraines, il importe, à première vue, de se questionner sur le choix du système. Actuellement, il existe trois formes de péage. Tout d'abord, il y a la formule à l'ancienne, nécessitant l'installation de structures physiques comme pour le Lincoln Tunnel à New York. Il y a également le modèle électronique qui n'exige aucun arrêt (autoroute 25) et, enfin, la forme hybride, comme pour l'autoroute 30. De ce fait, une formule hybride peut paraître intéressante, mais pourrait néanmoins entraîner des problèmes, dont celui de la congestion automobile à l'entrée et à la sortie de l'île. Les péages électroniques représentent donc une solution plus adéquate, dans l'optique où ce système certifie une meilleure fluidité (aucun délai d'attente, circulation continue, etc.), ainsi qu'une gestion supérieure.

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Une fois le système adopté, une autre interrogation nous vient à l'esprit: «Qui assurera les coûts de construction et de gestion?». Les gouvernements étant menottés par les déficits budgétaires et les nombreuses dépenses dans d'autres domaines d'importance - comme la santé, l'éducation, la défense, etc. -, il va sans dire que la forme qui risque d'être priorisée est celle des PPP. Or, les partenariats publics-privés ont des avantages, mais représentent également un risque. Par exemple, comment obtenir la certitude qu'un projet réalisé en PPP ne tournera pas au vinaigre (corruption et collusion, dépassements de coûts, inefficacité pour le citoyen)? Quoi que, depuis les révélations entendues à la commission Charbonneau, nous pourrions nous demander la même chose pour un projet entièrement financé par le public.

Cela établit, quels sont les avantages et les inconvénients à choisir le péage? Les bénéfices d'adopter un système qui prélève des droits de passage sont nombreux. D'abord, instaurer un péage assure généralement une meilleure efficacité au niveau des infrastructures (construction, entretien, condition). De plus, un tel système permettrait sûrement de freiner, du moins en partie, le problème de l'étalement urbain ou d'opérer un certain retour à la ville pour plusieurs individus ou familles. Les péages, par ailleurs, assureront, hors de tout doute, un plus grand contrôle des passages et des véhicules, plus particulièrement les poids lourds qui, rappelons-le, sont en grande partie responsables de l'état de décrépitude de nos infrastructures de transport. Ainsi, les tarifs pourraient être fixés en fonction du type de véhicule (personnel, commercial, etc.) et du poids de celui-ci. Enfin, l'avantage le plus probant serait, sans contredit, le fait de diminuer l'utilisation individuelle de la voiture. Un péage aurait, en ce sens, un effet de dissuasion et inciterait, par conséquent, à la responsabilisation individuelle, amenant davantage les citoyens à emprunter les transports collectifs (bus, métro, trains) ou à adopter des pratiques de covoiturage. Cela aurait donc pour effet d'assurer un développement durable, en plus de diminuer considérablement l'empreinte écologique. Le péage nous permettrait ainsi de devenir des citoyens conscients et responsables.

Dans un autre ordre d'idées, ces avantages sont certes intéressants, mais la création de péages comporte aussi des inconvénients. Dans un premier temps, plusieurs citoyens, autant les banlieusards travaillant sur l'île, que les Montréalais travaillant à l'extérieur, deviendront des otages du système de péage. Ainsi, après les frais et les taxes reliés à la possession d'un véhicule motorisé (immatriculation, permis, taxes sur l'essence, etc.), le contribuable verrait encore son pouvoir d'achat diminuer à cause d'un gouvernement qui, pour une énième fois, déciderait de piger dans ses poches déjà dégarnies. Dans un second temps, un système de droit de passage créerait également des iniquités entre les citoyens, dans l'optique où un travailleur A, qui partirait de Brossard pour se rendre au centre-ville (parcours d'environ 12 km), devrait obligatoirement passer par un péage, tandis qu'un travailleur B, se rendant au même endroit, mais partant de Pointe-aux-Trembles (parcours environ 20 km), n'aurait pas à débourser un sou. Bien plus, les péages sont actuellement étudiés exclusivement pour la région de Montréal, ce qui s'apparente à de la discrimination. Personnellement, je suis favorable à l'établissement d'un droit d'accès sur les ponts de la métropole, mais il faut cependant être conséquent et juste. En ce sens, ne faudrait-il pas tout autant prioriser des péages à Québec, Gatineau, Saguenay, etc.?

Somme toute, les péages sont présents dans de nombreuses villes du monde, constituant, dans cette optique, une norme qui semble bien établie. Alors, pourquoi Montréal devrait-elle faire différemment? À mon humble avis, la solution du péage constitue une idée plus qu'intéressante pour la métropole. Elle devrait néanmoins faire l'objet d'une étude approfondie à laquelle participeraient les gouvernements, les entrepreneurs, les professionnelles, ainsi que la société civile. Trop de fois, malheureusement, avons-nous, en tant que citoyens, subi les contrecoups d'une prise de décision hâtive au détriment d'une véritable réflexion sur l'avenir collectif de notre ville...

Un péage est une bonne idée, mais pas à n'importe quel prix!

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