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Le pipeline reste pour l'heure la moins pire des solutions

08/07/2013 10:19 EDT | Actualisé 07/09/2013 05:12 EDT

Je ne reviendrai pas sur la catastrophe du Lac-Mégantic. Les grands médias québécois se sont fait un plaisir (i.e. beaucoup de capital médiatique) de couvrir abusivement tous les détails pertinents et surtout moins pertinents pour notre compréhension collective de l'évènement. Cela dit, je me pencherai davantage sur la question du transport pétrolier, ainsi que sur le sujet du pipeline Enbridge.

Je ne vous apprends rien en soulignant que les transports pétroliers et gaziers recèlent une importance géopolitique, ces ressources non-renouvelables étant fondamentales pour l'économie régionale, nationale et internationale, ainsi que pour les déplacements individuels et collectifs. En effet, l'hégémonie des moteurs thermiques (moteurs à explosion, turboréacteur, turbopropulseur, etc.) le prouve sans l'ombre d'un doute. En ce qui a trait au transport des hydrocarbures, ceux-ci se font essentiellement par navire, par train, par camion ou par pipeline.

Or, d'un point de vue intérieur, le transport national, cela est particulièrement vrai pour le Canada, se fait majoritairement par voie ferroviaire, malgré les efforts des groupes pétroliers et de certains gouvernements pour accentuer la desserte par oléoduc. Bien que cette dernière méthode soit plus sure (selon des études scientifiques ) que les trois autres, elle n'est pas exempte de tout risque. D'ailleurs, les fuites ou les déversements provenant des oléoducs ne sont pas rarissimes. Sur ce point, un coup d'œil dans l'actualité canadienne et étasunienne nous révèle la fréquence de ce type d'incident. Toutefois, plusieurs experts s'entendent pour dire que le transport par canalisation de fluides constitue la meilleure solution pour l'instant.

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Devant ces faits, doit-on donner le feu vert à l'inversement du flux pétrolier sur la ligne 9 (pipeline Enbridge)? La question est plus que jamais pertinente, surtout depuis la tragédie du Lac-Mégantic et lorsque l'on s'interroge activement sur les dangers écologiques - reliés entre autres aux transports maritimes et ferroviaires - et physiques. Certes, plusieurs nous rappellerons que la solution est d'abandonner complètement les énergies fossiles pour se tourner vers des énergies propres et renouvelables. Je suis effectivement d'accord avec cette perspective de développement et de transport durables. Je suis ainsi favorable à l'abandon des combustibles fossiles tels que le pétrole et le gaz afin de céder la place à des méthodes plus vertes et sécuritaires comme l'électricité et le solaire. Cependant, bien que plusieurs avancées technologiques aient été effectuées dans ce domaine au cours des dernières années, il est encore trop tôt pour une mutation complète du parc de transport québécois.

Le billet se poursuit après la galerie

Explosion d'un train à Lac-Mégantic


Ainsi, devant l'horreur vécue par la population québécoise et, plus spécifiquement, par les Mécanticois et les Mécanticoises, ne serait-il pas judicieux d'autoriser collectivement le projet d'inversement du flux pétrolier entre l'Alberta et le Québec? Je ne dis pas qu'il faut octroyer carte blanche à une compagnie comme Enbridge ou encore aux divers gouvernements, mais bien d'autoriser le projet à l'intérieur d'une temporalité fixe (par exemple, pour une durée de 10 ans ou 15 ans), le temps de procéder à des transformations qui permettront de réduire notre dépendance au pétrole.

Plusieurs me feront remarquer que la solution n'est guère idéale. Mais, à l'heure actuelle, avons-nous vraiment le choix? Réalistement - et surtout en prenant en considération l'importance du transport motorisé pour des millions de Québécois, que ce soit pour les déplacements ou pour l'approvisionnement en besoins essentiels (transport des marchandises) - pouvons-nous complètement renoncer au pétrole? La réponse me semble évidente, même si elle m'attriste. J'estime donc, à cet égard, que l'oléoduc (que ce soit Enbridge ou un autre) représente un compromis raisonnable compte tenu des circonstances prévalant actuellement. Je le répète, la solution n'est certes pas idéale, mais elle est tout de même optimale. D'ailleurs, elle nous permettra de fixer des objectifs réalistes à court et moyen termes.

Cela étant dit, plutôt que de s'acharner naïvement à critiquer tout un chacun, pourquoi ne pas travailler ensemble dans l'élaboration d'une véritable solution de rechange aux hydrocarbures? Effectuer un changement de mode de consommation et de transport énergétique n'est pas une solution, mais une idée; une vraie réponse adéquate à un problème nécessite une modification dans la structure, les mentalités et dans les façons de procéder (opérationnalisation). Une telle vision doit obligatoirement reposer sur un schéma temporel et une réflexion a priori. Alors que plus de 90% des transports mondiaux dépendent du pétrole, comment assurer une telle transition, si ce n'est par l'investissement dans la recherche et le développement ?

Alors que la construction et la gestion d'un pipeline requièrent des évaluations environnementales et un permis d'exploitation, en plus d'être soumis à une règlementation stricte, le transport par rail lui est synonyme de peu de contraintes et d'obligations. La catastrophe qui s'est produite au Lac-Mégantic est la conséquence d'une série de facteurs dont l'état déficient des voies ferrées au Québec et au Canada, le manque d'entretien des infrastructures sur rail, le laisser-faire dans ce domaine des transports et le non-sens des trajets et parcours (plusieurs passant au cœur des municipalités).

La dangerosité et les risques environnementaux associés au transport pétrolier par train ne sont plus à faire. En plus des changements climatiques, des menaces pour la santé humaine, animale et végétale, la preuve est aujourd'hui claire: les énergies fossiles sont nuisibles à tous les points de vue. Or, avant de se débarrasser entièrement de ce fléau, il nous faudra un certain temps. Un temps, pendant lequel, le pipeline représente la solution la plus sensée pour l'ensemble des Québécois.

Mes pensées vont à tous les Mécanticois et toutes les Mécanticoises