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La propagande du racisme

07/05/2014 12:21 EDT | Actualisé 06/07/2014 05:12 EDT

Samedi, le 3 mai, 12h30. J'arrive au Buzz (nom fictif), un bar-taverne d'un petit village de Lanaudière, afin d'écouter le deuxième match de la série Montréal-Boston. Je venais de m'enfuir un peu sournoisement d'un déjeuner familial, alors que j'étais en visite dans un chalet, pour m'adonner à mon vice télévisé : le hockey des Canadiens. Du pain et des jeux... Hey oui!

Entrant dans l'établissement à toute vitesse afin de ne rien manquer de l'action, je me dirigeai vers le bar, m'assis au comptoir, regarda la barmaid et passa ma commande.

Moi : «Un Ginger ale!»

Barmaid : «Y'en a pu, c'est Adolf qui a pris le dernier.»

La barmaid me pointa mon voisin de comptoir qui était en train de siroter l'équivalent d'un Jack and Coke, mais avec du Ginger ale pour remplacer la boisson gazeuse brune. Au même moment, le jeune homme, dans la mi-vingtaine et faisant de la calvitie, me regarda et me dit...

Adolf : «Hey, cé moé qui a pris le dernier Ginger ale... Écoute moé bin, m'a faire une affaire avec toé ; prends c'que tu veux pis je t'le paye.»

Moi : «C'est très gentil. Merci!»

Je me retournai alors vers la barmaid et commanda un 7up. Rene Rancourt, le célèbre interprète des hymnes nationaux de Boston, entamait à peine le Star Spangled Banner. J'en profitai donc pour remercier à nouveau l'inconnu qui venait de m'offrir mon breuvage sucré.

Moi : «Merci encore!»

Adolf : «De rien man, de rien!»

Moi : «Comme ça tu t'appelles Adolf... C'est un drôle de nom».

Adolf : «Non non, j'm'appelle Éric (nom fictif).»

Moi : «Pourquoi la barmaid t'a appelé Adolf ?»

Adolf : «Ahahah... Cé mon surnom... ahahah!»

Moi : «C'est assez spécial comme surnom... En fait, c'est le prénom d'un sombre personnage de la Deuxième Guerre mondiale.»

Adolf : «Hey... Tu connais ton histoire man! Ahahah... Justement, cé mon surnom parce qu'Hitler cé mon idole.»

Je le regardai droit dans les yeux, m'étouffant presque avec ma lampée de 7up. Je ne savais pas quoi répondre... Je pensai immédiatement que c'était une sorte de sarcasme, une forme de troll. Il avait l'air sérieux comme un pape. Je me retournai vers la télévision en espérant que le match débute au même instant. Malheureusement, ce n'était pas encore le temps... Vous savez, Rene a le don d'étirer ses performances de l'hymne américain avec quelques simagrées à la fin... (sic). Je me retournai donc vers Adolf pour lui répondre...

Moi : «Tu sais que tu es la première personne qui me dit une chose pareille.»

Adolf : «Wow, cé cool ça!»

Il se leva de sa chaise d'un seul bond, se retourna vers moi et me fit un salut fasciste digne de Joseph Goebbels tout en s'époumonant : «HEIL HITLER!»

Alors qu'il se prenait pour un véritable partisan du Parti national-socialiste des travailleurs allemands, je faillis m'étouffer avec ma paille. Le 7up venait de passer de travers! Heureusement que nous étions seuls dans le bar (avec la barmaid qui semblait habituée à son zèle nazi). Je le fixai comme on fixe incrédule le prédicateur d'évangélisation 2000, soit en se disant : « Non, mais quel crétin! ». Il commença à me parler (tentative évidente de propagande) de la doctrine du Führer, de sa vision idéale de la société, d'un monde sans race, sans rapace... un monde pur, délivré de frontières, de choix et d'immigrants.

Il ne semblait pas comprendre qu'aux yeux du Führer il n'aurait été rien de plus qu'un simple immigrant. Bref...

Il continua sur sa lancée éducative, faisant le panégyrique du leader du Troisième Reich. Je m'étais pourtant retourné vers la télévision ; le match avait enfin débuté. Ô grand soulagement. Il papotait toujours (seul), mais le son disgracieux de ses paroles infâmes s'était éloigné de mes oreilles, préférant me concentrer sur le match de hockey. Go Habs Go! Il cessa de babiller lorsqu'il s'aperçut que je ne l'écoutais plus depuis quelque temps déjà.

Je croyais ainsi avoir mis fin à une discussion - qui avait tourné en monologue fasciste - que je ne voulais guère m'associer. Diantre, la fin de la période le réveilla, comme les mouches se réveillent abruptement quand revient le soleil printanier. Alain Crête avait à peine entamé son sommaire de la première période qu'Adolf se tourna vers moi.

Adolf : «Tu cé tu pourquoi j'aime Hitler ?»

Assis sur sa chaise, il me fit à nouveau un salut hitlérien. Je ne répondis pas ...

Adolf : «Parce qu'y'aimait pas lé « immigrés » ! Moé j'haïs lé nègres, lé arabes... pis toute s'te gang-là!»

Je bondis instinctivement de ma chaise, lâchant simultanément un juron...

Moi : «Crisse... tu es un vrai raciste!»

Adolf : «Hey, merci man!» (Il avait un large sourire)

Moi : «Non, je veux dire... Tu es un xénophobe, un raciste, un intolérant, un dérangé quoi! Pis tu en es fier à part de ça.»

Adolf : «Heeyyy, toé ch't'aime! Tu me comprends... Enweille, prends quelque chose... J'te paye une bière...»

Il avait l'air niais. C'était pourtant un vrai empaffé. Il ne comprenait aucunement ce que j'essayais de lui dire, soit que c'était un imbécile, un véritable ignorant, sans classe, sans éducation. À l'évidence, sa compréhension sociohistorique était déficiente, un peu comme lui. En même temps, je n'osais pas pousser les limites, ne sachant guère comment un siphonné pareil pouvait réagir. Il faut dire qu'en plus il avait ingurgité quelques onces de Jack! Je décidai donc de quitter l'établissement et de finir le match à la radio dans ma voiture.

Aurais-je du rester pour entreprendre une argumentation ? En toute honnêteté, j'estime qu'aucun argument n'aurait possiblement pu le raisonner. C'était clairement un convaincu, un inculte, un philistin.

Or, après l'épisode de la banane d'Alves en Espagne, de l'affaire Sterling à Los Angeles, des tweets racistes à Boston, voilà qu'un fanatique hitlérien est venu en rajouter dans un petit bar de Lanaudière.

C'est donc une autre semaine qui se conclut comme elle s'est entamée. Le racisme n'est pas mort, loin de là! La lutte est plus que jamais nécessaire et je suis convaincu qu'elle débute avec l'éducation.

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