Yanick Barrette

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L'Homo-médiaticus crétinus

Publication: 18/04/2013 06:52

Il y a, depuis quelques années déjà, une tangente dans les divers circuits d'information à traiter la nouvelle sans réserve, voire comme une pâte que l'on peut manipuler afin d'en faire ce que l'on veut. Une bonne nouvelle, pour être légitime, est censée être fondée, d'abord et avant tout, sur des faits - réels, concrets et tangibles - et non sur des ouï-dire ou des impressions personnelles. Un regard rapide des divers flux informationnels nous permet pourtant de constater l'importance - de ces propos et du personnage - de l'homo-médiaticus crétinus. À la télé, à la radio, dans la presse écrite et/ou sur Internet, cette espèce, de la famille médiatique, possède une certaine notoriété à cause principalement de ses positions sociopolitiques et économiques tranchées, sans nuances et, avouons-le, sans substance.

L'homo-médiaticus, plus que jamais auparavant, souhaite se faire un capital socio-médiatique et, en ce sens, il est prêt à faire toute sorte de courbettes mentales (à ne pas confondre avec le mot intellectuel), allant même jusqu'à la spéculation et l'interprétation grotesque et absurde, dans le but exclusif de faire parler de lui. Après tout, le vieux proverbe «Parlez-en en bien ou parlez-en en mal, mais parlez-en» semble être devenu l'adage de prédilection de l'homo-médiaticus crétinus.

Plus concrètement, en lisant les articles et les chroniques ou en écoutant les propos de l'homo-médiaticus crétinus, on remarque facilement l'usage (au sens où l'entendent les fonctionnalistes) de raccourcis douteux, l'emploie de pratiques démagogiques, l'extrapolation de faits sociaux et/ou l'amalgame conceptuel et factuel relevant du sophisme... bref, pour paraphraser un grand cinéaste et intellectuel québécois aujourd'hui disparu: «Nous sommes véritablement entourés par la bêtise humaine». Et, il est là le problème (dilemme?) de notre société où, d'un côté, l'homo-médiaticus se demande pourquoi il devrait consentir à faire l'effort de réfléchir afin de présenter un discours avec un minimum de raisonnement et de pertinence, lorsqu'il peut tout simplement faire ou dire n'importe quoi sans devoir de retenue, et, de l'autre, la population préfère ce genre de propos insensés et irrationnels, au détriment d'une analyse de qualité qui lui permettrait de pousser plus profondément sa réflexion. Voyons donc, au diable la réflexion, nous voulons voir et revoir les images de sang, de terreur, de cris et de douleur en boucle, encore et encore; parce qu'au fond, c'est ça la vraie nouvelle, celle qui montre les morts, les blessés et tout le tralala... Non?

Après les images macabres et la désolation, la population doit maintenant composer avec des angles d'analyse qui frôle la diffamation ou l'ignorance. Justement, le lendemain de l'attentat de Boston, nous avons eu le privilège d'avoir une chronique, dans laquelle l'homo-médiaticus crétinus - de la sous-espèce des débilus-moronus - présentait une série de phénomènes sociaux hétérogènes sous une seule et même idée. Établissant un parallèle entre la radicalisation des discours politiques et religieux, la multiplication des actes de terrorisme et la contestation étudiante (mieux connue sous le nom de printemps érable), cet homo-médiaticus crétinus estime, en ses qualités de sociologue naïf (sic!), présenter un schéma général de la société actuelle. Voilà une pure hérésie!

Pourquoi? Parce qu'il omet premièrement de prendre en compte la question des contextes. Deuxièmement, parce qu'il emploie et, de srucroît, amalgame des concepts et des faits qui intrinsèquement ne peuvent pas être mis en relation; c'est le cas notamment de la notion de terrorisme et du phénomène survenu au Québec lors du printemps 2012. Finalement, parce qu'il ose comparer des situations de violence extrême, où il y a eu des morts et des dizaines de blessés, avec une contestation sociale - admise comme généralement pacifique -, ce qui constitue sans l'ombre d'un doute un manque de discernement et surtout de respect envers les victimes de ces évènements tragiques.

Le billet de Yanick Barrette se poursuit après la galerie

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Devant ce constat, il n'est pas tout à fait inexact d'affirmer que la raison ne constitue pas une faculté dont est doté l'homo-médiaticus crétinus. Nous le constatons à tous les jours, c'est davantage l'émotion, l'idéologie et le dogmatisme qui animent les propos et les analyses de cette espèce, et ce au détriment d'une information (ou même d'une opinion) de qualité. Dommage pour la population, mais ce genre d'attitudes, de comportements et de pensées ne sont pas que des bulles au cerveau ou encore des moments de folie passagère ; ils sont davantage la conséquence malheureuse d'une bêtise inscrite dans un stade psychologique avancé et irréversible.

Enfin, vous me ferez certainement remarquer que ces homos-médiaticus crétinus bénéficient du même privilège que tous, c'est-à-dire du droit fondamental à la liberté d'expression; j'en conviens... Mais ne devons-nous pas réclamer, en tant que citoyens, une certaine rigueur informationnelle? Pourquoi accepter de telles balivernes, de telles fourberies? Ne souhaitons-nous pas un peu plus de retenue lorsque surviennent des évènements comme ceux de Boston? N'est-il pas préférable de laisser redescendre la poussière quelque peu et d'avoir une information exacte avant de se mettre à spéculer sur ci ou sur ça?

Somme toute, il importe de le mentionner, plusieurs homo-médiaticus font de l'excellent boulot pour nous livrer des analyses de qualité; à regret, leur travail est souvent occulté par les propos aberrants de son cousin l'homo-médiaticus crétinus.

 

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