Yanick Barrette

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Les « Fraternités »: au-delà du mythe

Publication: 06/02/2013 12:15

Qu'est-ce qu'une fraternité ? Pourquoi sont-elles secrètes ? Pourquoi cette idée d'homogénéité, donc de non-mixité des sexes ? La réalité de ce type d'organisation (GLO*) peut-elle être assimilée au mythe et au mystère que lui accorde la presse ou encore le cinéma américain ? Voilà quelques questions qui refont continuellement surface lorsque l'on aborde la question des sociétés étudiantes. Certes, les films - comme les Skulls, Van Wilder, Animal House et bien d'autres - ou encore les téléséries (notamment, Greek et Glory Daze) n'aident certainement pas à atténuer le caractère énigmatique de ces sociétés. Pire encore, ce genre de médiatisation axée sur le sensationnalisme n'aide guère à revigorer une image trop souvent dévalorisée par les fabulations.

Nées au XIXe siècle dans les universités allemandes sous le nom de « Studentenverbindungen », les fraternités furent exportées sur le sol étasunien avec, entre autres, la création du chapitre 322 à Yale, aussi connu en tant que les Skulls and Bones. Après 1850, la croissance fut fulgurante, voyant émerger une panoplie d'organisations à lettres grecques (Alpha Delta Phi, Sigma Chi, Tau Kappa Epsilon, etc.). Aujourd'hui, les fraternités, bien que majoritairement concentrées sur le territoire des États-Unis, sont également présentes en France, au Canada et au Québec. D'ailleurs, Montréal compte plus d'une quinzaine de GLO, notamment la plus importante fraternité francophone au monde: Sigma Thêta Pi.

Cela dit, les fraternités et les sororités, leur penchant féminin, sont au cœur d'une multitude de légendes urbaines souvent fondées sur des mythes hollywoodiens. Les images de beuveries et de débauches, d'humiliations physiques et psychologiques, de décrochage et de non-respect d'autrui constituent les éléments principaux de l'orientation des récits cinématographiques. En effet, la représentation qui en est faite met en scène un univers étudiant où le manque de sérieux, l'idée de la fiesta perpétuelle et le concept de YOLO sont louangés au détriment des études, d'une vision d'avenir et d'une philosophie basée sur la tolérance, les manières et le respect. Mais, qu'en est-il réellement ?

Au-delà du mythe et des stéréotypes, les fraternités et les sororités sont, pour la plupart, chapeautées par une autorité nationale - dans la mesure où chaque organisation locale est soumise aux règles du Conseil national (ou international) -, ainsi que par un organisme « transorganisation » qui surveille et règlemente les chapitres locaux affiliés à une institution collégiale ou universitaire. Dans cette optique et à la lumière de cette structure, les écarts de conduite, bien que réels, n'ont rien à voir avec les extrêmes et les fantaisies dionysiaques qui alimentent la mythologie. Le système hiérarchique et le code de conduite imposé - qui, soit dit en passant, est très strict, que se soit sur le plan académique, personnel ou collectif - prouvent que ces organisations n'ont rien d'un environnement « free-for-all » où règnent les rituels débridés et le bizutage. Bien au contraire, les fraternités et les sororités ont une longue tradition philanthropique, athlétique, académique. De fait, les statistiques officielles* - par exemple, les 850 000 heures de bénévolat ou les 7 millions de dollars récoltés en charité annuellement - démontrent que la vie grecque est beaucoup plus qu'un gros party !

Étymologiquement, la notion de fraternité découle du latin « fraternitas », signifiant une relation fraternelle, donc par extension une relation amicale et d'égalité, respectueuse et d'entraide. Sur ce point, les concepts de fraternité et d'égalité dénotent la philosophie démocratique de ce genre d'organisations, où chaque membre (frère ou sœur) est égal devant les autres et les règles et ce, peu importe le statut officiel de l'individu. L'implication, l'altruisme, la solidarité, la tolérance, l'humilité constituent tous des qualités recherchées par les sociétés du système grec. Loin d'être portés vers les excès et l'intempérance, les membres sont plutôt orientés vers la création de liens forts et d'un réseau socioprofessionnel durable. Ils sont appelés à faire usage de modestie, de discrétion, de sagesse, ainsi que de sobriété... le tout basé sur l'honnêteté et l'honneur. Bref, l'emphase est donc mise sur le respect des coutumes, des lois et des autres. En d'autres termes, les fraternités ont comme mission de faire de leur membre des « gentleman », tandis que les sororités ont pour objectif de former des femmes fortes et indépendantes.

Enfin, il est vrai que ces clubs étudiants sont élitistes (quotas, tests, etc.), mais comme toute organisation ou institution, les GLO ont une pratique de recrutement qui s'appuie sur les compétences et le dévouement, voire sur les caractéristiques individuelles. Or, ce microcosme, quelque peu en marge, n'est pas parfait... loin de là ! Mais, il n'en demeure pas moins que les fraternités et les sororités constituent des laboratoires importants pour plusieurs jeunes garçons et jeunes filles. Somme toute, ces organisations s'avèrent donc des environnements pertinents pour l'enseignement et, par conséquent, l'assimilation des convenances de la vie sociétale, ainsi que des pratiques de la quotidienneté. Au-delà du mythe, il y a effectivement la réalité...

NOTE:
* GLO est l'abréviation pour « Greek Letter Organization », soit les organisations à lettres grecques.
** Statistiques officielles : http://www.whygogreek.com/stats.html

 

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