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La crise n'a pas affecté le complexe militaro-industriel mondial

20/03/2013 09:51 EDT | Actualisé 20/05/2013 05:12 EDT
AP
A mock North Korea's Scud-B missile, center, and other South Korean missiles are displayed at the Korea War Memorial Museum in Seoul, South Korea, Tuesday, March 27, 2012. The leaders of South Korea, the United States and China issued stark warnings Tuesday about the threat of nuclear terrorism during the final day of a nuclear summit that has so far been upstaged by North Korea's long-range rocket launch plans.(AP Photo/Ahn Young-joon)

Malgré la crise économique mondiale, les ventes et, plus particulièrement, le bénéfice net relié aux ventes d'armes dans le monde sont en croissance. En fait, c'est ce qui ressort du dernier rapport du Stockholm International Peace Research Institute paru lundi dernier. Le SIPRI, un institut de recherche indépendant qui figure parmi les cinq plus importants think tank au monde, explique que, loin de s'être essoufflée comme plusieurs le prétendent, l'industrie de l'armement est en nette progression à travers la planète.

Effectivement, le complexe militaro-industriel mondial, que ce soit la fabrication, la distribution ou la promotion, a encore une fois gagné du terrain. À cet effet, de 2002 à 2009, les ventes d'armes dans le monde ont bondi de 59 % pour atteindre 401 milliards de dollars (USD), dont près du 2/3 (247 milliards $) sont venues accroître le bénéfice de quarante-cinq entreprises étasuniennes. Veuillez noter que nous parlons ici des ventes considérées comme légales par le SIPRI. Or, en additionnant les ventes illégales, qui représentent la part la plus importante de ce commerce, les ventes d'armements représenteraient, selon les plus récentes estimations, plus de 1000 milliards de dollars américains. Ce chiffre, bien entendu très conservateur, est multiplié par 1,5, voire 2 selon d'autres sources qui chiffrent la valeur totale des ventes à environ 2000 milliards $.

Le rapport divulgué par le SIPRI démontre, sans aucune surprise, que les États-Unis et la Russie dominent encore le palmarès des plus grands exportateurs d'armes au monde. Toutefois, parmi les nouveautés, la Chine a réussi à chasser le Royaume-Uni du top 5 pour l'exportation, en plus de se classer deuxième au niveau des importations, juste derrière l'Inde (12%), avec un peu plus de 6 % du marché mondial.

D'ailleurs, la lecture du rapport confirme clairement un déplacement des acteurs dans l'industrie de l'armement, autant au niveau des achats que des ventes, mis à part les deux grandes puissances, qui demeurent au sommet. Ainsi, le rapport dénote sans ambigüité une diminution du rôle de l'Europe (baisse des ventes/achats) et un déplacement soutenu du marché vers la région de l'Asie-Pacifique (Océanie) qui symbolise près de la moitié de la valeur des importations pour la période 2008-2012 (47 %).

Mais d'où viennent toutes ces armes? En fait, la vente et l'achat d'armements découlent principalement des budgets militaires des pays, certains souhaitant se débarrasser des surplus ou tout simplement vendre des armes, tandis que d'autres souhaitant (re)militariser leur territoire. Sous ce rapport, les budgets liés à la défense, malgré une baisse perceptible après la chute de l'Union soviétique, se sont accrus sous l'impulsion d'un nouvel ordre multipolaire avec entre autres l'émergence des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Ainsi, en 2010, la totalité des budgets de défense représentait 1630 milliards $. Sans étonnement, avec un budget de 698 milliards $, les États-Unis arrivent en tête de ce classement. Suivent dans l'ordre, la Chine (119 G$), la France (65 G$), le Royaume-Uni (59,6 G$) et la Russie (58,7 G$).

À la lumière de tous ces chiffres et de toutes ces dépenses militaires, une question surgit: «Pourquoi investir autant d'argent dans l'armement, quand le monde est confronté à trois préoccupations cruciales qui, pourtant, ne nécessitent aucun investissement en terme militaire?».

Premièrement, avec une population frôlant les 7 milliards, la planète est confrontée à des problèmes alimentaires et de mal nutrition; c'est principalement le cas dans les pays du Tiers-monde, mais également dans les pays industrialisés. Deuxièmement, les nations, depuis la crise financière de 2008, sont confrontées à de graves problèmes de chômage, qui conséquemment entraînent inévitablement des problèmes sociaux et politiques. Nous l'avons vu aux États-Unis, en Grèce, en Espagne, en France... bref, rares sont les pays qui furent immunisés contre les contrecoups du crash, ce qui ne manqua pas de faire ressortir l'écart croissant entre les riches et les pauvres. Finalement, la dernière préoccupation est environnementale. Encore aujourd'hui, beaucoup de dirigeants nationaux refusent de reconnaître les changements climatiques et les dangers qui y sont associés. L'heure est pourtant grave ! Les perturbations climatiques qui affectent le nord comme le sud viennent, de facto, remettre en question la pérennité de nombreuses espèces animales et végétales, mais également la survie de l'Homme.

Dans cette optique, plutôt que de jouer à un amalgame de Risk et Monopoly, dans lequel les égos se confrontent sans raisons valables, les État-nations devraient unir leur force afin de s'attaquer aux trois préoccupations principales, qui rappelons constituent les défis actuels de la planète. Malheureusement, la question du pouvoir, plutôt que d'être appréhendée comme le résultat de conflits nécessaires et souhaitables dans lesquels se développent des relations sociales, sera toujours perçue et traitée comme la conséquence de la force (physique et psychologique), ce qui par extension mène à la militarisation.

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