Yanick Barrette

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La crise n'a pas affecté le complexe militaro-industriel mondial

Publication: 20/03/2013 09:51

Malgré la crise économique mondiale, les ventes et, plus particulièrement, le bénéfice net relié aux ventes d'armes dans le monde sont en croissance. En fait, c'est ce qui ressort du dernier rapport du Stockholm International Peace Research Institute paru lundi dernier. Le SIPRI, un institut de recherche indépendant qui figure parmi les cinq plus importants think tank au monde, explique que, loin de s'être essoufflée comme plusieurs le prétendent, l'industrie de l'armement est en nette progression à travers la planète.

Effectivement, le complexe militaro-industriel mondial, que ce soit la fabrication, la distribution ou la promotion, a encore une fois gagné du terrain. À cet effet, de 2002 à 2009, les ventes d'armes dans le monde ont bondi de 59 % pour atteindre 401 milliards de dollars (USD), dont près du 2/3 (247 milliards $) sont venues accroître le bénéfice de quarante-cinq entreprises étasuniennes. Veuillez noter que nous parlons ici des ventes considérées comme légales par le SIPRI. Or, en additionnant les ventes illégales, qui représentent la part la plus importante de ce commerce, les ventes d'armements représenteraient, selon les plus récentes estimations, plus de 1000 milliards de dollars américains. Ce chiffre, bien entendu très conservateur, est multiplié par 1,5, voire 2 selon d'autres sources qui chiffrent la valeur totale des ventes à environ 2000 milliards $.

Le rapport divulgué par le SIPRI démontre, sans aucune surprise, que les États-Unis et la Russie dominent encore le palmarès des plus grands exportateurs d'armes au monde. Toutefois, parmi les nouveautés, la Chine a réussi à chasser le Royaume-Uni du top 5 pour l'exportation, en plus de se classer deuxième au niveau des importations, juste derrière l'Inde (12%), avec un peu plus de 6 % du marché mondial.

D'ailleurs, la lecture du rapport confirme clairement un déplacement des acteurs dans l'industrie de l'armement, autant au niveau des achats que des ventes, mis à part les deux grandes puissances, qui demeurent au sommet. Ainsi, le rapport dénote sans ambigüité une diminution du rôle de l'Europe (baisse des ventes/achats) et un déplacement soutenu du marché vers la région de l'Asie-Pacifique (Océanie) qui symbolise près de la moitié de la valeur des importations pour la période 2008-2012 (47 %).

Mais d'où viennent toutes ces armes? En fait, la vente et l'achat d'armements découlent principalement des budgets militaires des pays, certains souhaitant se débarrasser des surplus ou tout simplement vendre des armes, tandis que d'autres souhaitant (re)militariser leur territoire. Sous ce rapport, les budgets liés à la défense, malgré une baisse perceptible après la chute de l'Union soviétique, se sont accrus sous l'impulsion d'un nouvel ordre multipolaire avec entre autres l'émergence des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Ainsi, en 2010, la totalité des budgets de défense représentait 1630 milliards $. Sans étonnement, avec un budget de 698 milliards $, les États-Unis arrivent en tête de ce classement. Suivent dans l'ordre, la Chine (119 G$), la France (65 G$), le Royaume-Uni (59,6 G$) et la Russie (58,7 G$).

À la lumière de tous ces chiffres et de toutes ces dépenses militaires, une question surgit: «Pourquoi investir autant d'argent dans l'armement, quand le monde est confronté à trois préoccupations cruciales qui, pourtant, ne nécessitent aucun investissement en terme militaire?».

Premièrement, avec une population frôlant les 7 milliards, la planète est confrontée à des problèmes alimentaires et de mal nutrition; c'est principalement le cas dans les pays du Tiers-monde, mais également dans les pays industrialisés. Deuxièmement, les nations, depuis la crise financière de 2008, sont confrontées à de graves problèmes de chômage, qui conséquemment entraînent inévitablement des problèmes sociaux et politiques. Nous l'avons vu aux États-Unis, en Grèce, en Espagne, en France... bref, rares sont les pays qui furent immunisés contre les contrecoups du crash, ce qui ne manqua pas de faire ressortir l'écart croissant entre les riches et les pauvres. Finalement, la dernière préoccupation est environnementale. Encore aujourd'hui, beaucoup de dirigeants nationaux refusent de reconnaître les changements climatiques et les dangers qui y sont associés. L'heure est pourtant grave ! Les perturbations climatiques qui affectent le nord comme le sud viennent, de facto, remettre en question la pérennité de nombreuses espèces animales et végétales, mais également la survie de l'Homme.

Dans cette optique, plutôt que de jouer à un amalgame de Risk et Monopoly, dans lequel les égos se confrontent sans raisons valables, les État-nations devraient unir leur force afin de s'attaquer aux trois préoccupations principales, qui rappelons constituent les défis actuels de la planète. Malheureusement, la question du pouvoir, plutôt que d'être appréhendée comme le résultat de conflits nécessaires et souhaitables dans lesquels se développent des relations sociales, sera toujours perçue et traitée comme la conséquence de la force (physique et psychologique), ce qui par extension mène à la militarisation.

VOIR AUSSI: Les dates clés du débat sur le contrôle des armes aux États-Unis

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  • 1981: La tentative d'assassinat de Ronald Reagan

    <blockquote>Le 30 mars 1981, le président Ronald Reagan et trois autres sont victimes d'une tentative d'assassinat perpétré par John Hinckley Jr. à la sortie du Washington Hilton Hotel à Washington. Le responsable presse de Reagan, Jim Brady, est grièvement blessé et restera paralysé. Cet épisode permettra de voter une loi plusieurs années plus tard <em>(voir photo suivante)</em>.</blockquote>

  • 1993: Adoption sous Clinton du "Brady Handgun Violence Act"

    <blockquote>Le "Brady Handgun Violence Act" de 1993, adopté sous la présidence de Bill Clinton, demande une vérification complète des antécédents de toute personne souhaitant acheter une arme à feu chez les revendeurs fédéraux. La loi est baptisée Brady en hommage à James Brady, abattu lors de la tentative d'assassinat du président Reagan.</blockquote>

  • 1994: Adoption sous Clinton du "Violent Crime Control and Law Enforcement Act"

    <blockquote>Signé également par le président Clinton, en 1994, cette loi interdit 19 types de fusils d'assaut, dont les fameux Uzis et AK-47. </blockquote>

  • 2004: Retour sur l'interdiction d'avoir une arme permettant de tirer plus de 10 coups sans reccharger.

    <blockquote>Dix ans après l'adoption de loi, le Congrès autorise à nouveau la détention de chargeurs "à haute capacité". Cette loi interdisait les chargeur permettant de tirer plus de 10 coups sans recharger afin d'obliger les éventuels tireurs à perdre du temps à recharger leur arme. Ce qui laissait le temps à la police d'intervenir, ou aux cibles de fuir.</blockquote>

  • 2007: Le district de Colombia autorise un agent de sécurité à ramener son revolver chez lui

    <blockquote>La Cour d'appel de Colombia autorise Dick Heller, un agent de sécurité, à ramener son arme chez lui. En effet, depuis la loi de 1975, il faut avoir un permis pour détenir une arme à feu dans le district de Colombia, sauf que la ville n’en délivre plus. Seules les personnes ayant obtenu un permis avant cette date sont donc autorisés à avoir une arme à la maison. Le cas de Dick Heller, qui a le droit de détenir une arme dans le cadre de son travail, est donc épineux. Le puissant lobby des armes défend Dick Heller qui finit par obtenir gain de cause. L'affaire sera ensuite portée au niveau de la Cour suprême.</blockquote>

  • 2008: Le "NICS Improvement Amendments Act"

    <blockquote>A la suite de la fusillade mortelle à dans une Université de Virginie, le congrès adopte une législation initiée par Carolyn McCarthy et John Dingel, et signée par George W. Bush, renforçant la loi Brady. En plus du casier judiciaire et autres antécédents concernant des délits, des données médicales individuelles doivent être centralisées afin de ne pas accorder le droit de porter une arme à une personne mentalement instable.</blockquote>

  • 2008: La Cour suprême tranche dans l'affaire Heller

    <blockquote>Dans l'affaire, "Heller contre Colombia", la Cour suprême instaure le droit fondamental à l'autodéfense et confirme que le Deuxième Amendement garantit un droit individuel de posséder une arme à feu non liée au service militaire. Le district de Colombia qui appliquait sa propre législation est donc dans l'illégalité.</blockquote>

  • 2011/2012: Fusillade de Tucson et Trayvon Martin

    <blockquote>Les partisans du contrôle des armes avait bon espoir que les efforts de réforme allaient s'intensifier après les événements tragiques ont récemment secoué le pays. <br>Une fusillade avait eu lieu janvier 2011 à Tucson en Arizona, durant une manifestation de la députée Gabrielle Giffords, tuant 6 personnes et en blessant 13 autres (dont la députée). Une fillette et un juge fédéral faisait partie des victimes. Le tireur a finalement plaidé coupable afin d'échapper à la chaise électrique et a été condamné à perpétuité sans possibilité de libération anticipée.<br> Autre fusillade très médiatisée: l'adolescent Trayvon Martin, un adolescent qui ne portait pas d'arme, a été abattu par George Zimmerman, qui faisait des rondes dans le quartier. En vertu de la loi sur la légitime défense et le droit à l'auto défense, le tueur n'a pas été arrêté ni inculpé. La suspicion d'un crime raciste reste d'actualité et les manifestations pour protester contre ce tueur en liberté se sont multipliées.</blockquote>

  • 2012: Colorado Movie Theater Shooting

    <blockquote>En juillet 2012, un tireur débarque à la séance de minuit du troisième Batman, à Aurora, une petite ville du Colorado. 70 personnes sont blessées et 12 tuées. Le tireur, <a href="http://www.huffingtonpost.fr/2012/07/20/james-holmes-tueur-denver-colorado-portrait_n_1690131.html">James Eagan Holmes</a>, portait sur lui plusieurs revolvers et un AR-15, un fusil d'assaut capable de tirer 100 cartouches sans avoir à recharger.</blockquote>

 

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