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Président Donald Trump: non nova, sed nove

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« Nous ne pouvons continuer à signer des accords commerciaux injustes tels que l’ALÉNA, qui placent les intérêts de quelques-uns au-dessus de ceux des travailleurs. Un million d’emplois ont été perdus en raison de l’ALÉNA, dont près de 50 000 en Ohio seulement. Je ne crois pas que l’ALÉNA ait été bon pour les États-Unis, et je ne l’ai jamais pensé ». Par ailleurs, « les Chinois aiment le libre-échange, mais sont de vrais durs en affaires, n’est-ce pas ? Ils résistent à tous les appels les enjoignant de cesser de manipuler leur monnaie, et il n’est plus un secret qu’ils aient systématiquement violé nos propriétés intellectuelles. Nous devrons nous assurer que nos intérêts et nos valeurs soient plus adéquatement défendus lors de nos négociations commerciales. »       

Voilà ce que disait, devant le Council on Foreign Relations et dans une entrevue accordée au Fortune Magazine, le candidat démocrate Barack Obama en 2008. Depuis, selon les études de l’Economic Policy Institute, plus d’un million d’emplois additionnels ont été perdus, au net, sous l’effet du commerce avec la Chine. En remontant à 2001, année d’adhésion de la Chine à l’OMC, c’est bien au-delà de trois millions d’emplois qui ont été perdus en raison de l’accroissement du commerce avec l’empire du Milieu. Les secteurs et les emplois touchés ne se limitent d’ailleurs pas au manufacturier traditionnel : environ un quart de tous les postes perdus l’ont été dans le secteur des services et un autre 40 % dans l’électronique et les technologies de pointe, ces dernières comptant pour plus du tiers de la valeur du déficit commercial américain avec la Chine.    

On peut en dire autant du libre-échange avec le Mexique, lequel a engendré, au final, largement au-delà d’un demi-million de pertes d’emplois aux États-Unis depuis 20 ans. Plus de 40 % des emplois touchés l’ont été dans les secteurs de l’électronique et des services, une proportion bien supérieure à celle de l’industrie automobile. En moyenne, les sept États ayant directement conduit à la victoire de Trump (Caroline du Nord, Floride, Iowa, Michigan, Ohio, Pennsylvanie, Wisconsin) auront chacun perdu plus de 2,5 % de tous leurs emplois au profit de la Chine et du Mexique depuis la fin du 20e siècle. Dans tous ces États, le vote démocrate a systématiquement chuté de 2008 à 2012, puis de 2012 à 2016 : au total, de 2,5 % en Caroline du Nord, 3 % en Floride, 6,5 % en Pennsylvanie, 8 % en Ohio, 10 % au Michigan et au Wisconsin, puis de 12,5 % en Iowa.

Des études récentes ont pourtant montré que les enjeux raciaux, migratoires et de genre ont été plus déterminants que l’insatisfaction économique quant aux résultats de la présidentielle. Or, dans la majorité des cas ces études présentent deux failles cruciales : d’abord, elles sont fondées sur des données nationales, qui ne reflètent pas nécessairement les motivations des électeurs à l’échelle des États et surtout des comtés clés. Que Clinton ait récolté plus d’appuis à l’échelle nationale ne change rien au fait que Trump ait remporté la présidentielle grâce aux votes électoraux que lui ont fournis ces États. C’est sur cette base qu’il est permis d’affirmer que son discours protectionniste a fait la différence. Ensuite, ces études définissent l’insatisfaction économique comme étant limitée à la situation professionnelle ou financière personnelle des électeurs, évacuant ainsi des variables comme l’empathie et, surtout, l’idéologie.

Même les tendances nationales du vote basées sur le sexe ou l’origine ethnique, tout comme celles liées au revenu familial, montrent d’ailleurs un mouvement défavorable aux démocrates. D’abord, le vote républicain chez les électeurs « blancs » n’a pas bougé : 59 % en 2012, 58 % en 2016. À l’inverse, le vote démocrate chez les électeurs afro-américains (de 93 % à 88 %), hispaniques (de 71 % à 65 %) et asiatiques (de 73 % à 65 %) aura chuté de 2012 à 2016. Sans nier, deuxièmement, que le sexisme ait joué un rôle dans la défaite de Clinton, il demeure que les proportions de femmes ayant voté pour cette dernière (54 %) et d’hommes ayant choisi Trump (52 %) sont demeurées identiques à celles de 2012 (55 % des femmes pour Obama, 52 % des hommes pour Romney).

Chez les jeunes (18 à 40 ans), le vote démocrate a également plongé, si bien que les 65 ans et plus sont la seule cohorte chez qui Clinton a bonifié les appuis d’Obama. Trump, lui, aura fait régresser le vote républicain chez les 65 ans et plus, mais l’aura conservé chez les 18 à 40 ans. Enfin, le vote démocrate a chuté de pas moins de 10 %, entre 2012 et 2016, chez les électeurs au revenu familial sous les 30 000 $, alors que le vote républicain y a augmenté de 6 %. Clinton aura mieux fait qu’Obama, d’ailleurs, chez les électeurs les plus riches (100 000 $ et plus ; 250 000 $ et plus) alors que Trump y aura fait reculer le vote républicain, de plus de 7 % dans le cas des Américains au revenu familial de plus de 250 000 $. Quoique ces tendances en disent déjà long, les États clés en révèlent toutefois davantage.

Contrairement à la majorité des Américains à ce jour, une forte majorité d’électeurs de la Floride, de l’Iowa, du Michigan, de la Caroline du Nord, de l’Ohio, de la Pennsylvanie et du Wisconsin considèrent que le libre-échange leur a été préjudiciable. C’est l’opinion de pas moins de 75 % des électeurs du Michigan et de l’Ohio. Voilà pourquoi il n’est pas particulièrement étonnant que tous ces États et, au sein de ceux-ci, plusieurs comtés périurbains aient pu voter Trump après avoir voté Obama en 2008 puis en 2012 (à l’exception de la Caroline du Nord où Romney l’avait emporté). L’inaction d’Obama quant à la mitigation des effets délétères du libre-échange non seulement sur l’emploi, mais aussi sur les conditions de travail en général y aura créé, chez beaucoup d’électeurs syndiqués y compris, un terreau fertile pour un nationalisme plus radical.  

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